04 mai 2009
Andrea Maria Schenkel, Un tueur à Munich, Josef Kalteis, Actes Sud, Actes noirs, 2009.
Un tueur à
Munich s’inspire de faits réels et retrace le parcours de Josef Kalteis, tueur
en série allemand qui a sévi dans les années 30. Le récit est organisé autour
du portrait de Kathie, une jeune campagnarde venue tenter sa chance à Munich et
qui sera la première victime de Kalteis. Parallèlement à la destinée funeste de
Kathie (qui est donc présente tout au long du roman), des extraits du procès de
Kalteis se mêlent à la description des derniers instants de jeunes femmes
également victimes du tueur de Munich.
Cette narration complexe qui entrecroise
différentes temporalités et de nombreux points de vue permet d’appréhender de façon originale la
personnalité et le parcours de Kalteis. Néanmoins il ne s’agit pas tant d’évoquer
le tueur que sa menace : il est comme le grand méchant loup caché dans la forêt
qu’on redoute mais qu’on ne voit presque jamais. La montée en tension est
implacable et se fait subtilement : le récit est tout entier tendu vers
son but, le meurtre de Kathie.
Le style détaché et presqu’impersonnel produit
une ambiance glaciale et inconfortable. A cela s’ajoute évidemment le contexte
historique (l’arrivée au pouvoir des nazis) qui accentue le malaise.
Un polar efficace où la violence est plus psychologique que factuelle.
Andrea Maria Schenkel, Un tueur à Munich, Josef Kalteis, Actes Sud, Actes noirs, 2009. Traduit de l'allemand par Stéphanie Lux (Kalteis). 166 p., 16€.
13 avril 2009
Pascal Garnier, Lune captive dans un oeil mort, Zulma, 2009.
Bienvenue aux Conviviales! Résidence ultra-sécurisée,
maisons en toc et identiques à perte de vue, soleil cuisant toute l'année,
ennui assuré!
Dans cette résidence où les enfants, les étrangers et les chats sont malvenus,
Martiale et Odette viennent d'emménager pour y couler une retraite heureuse
dans une atmosphère de vacances éternelles. Viennent ensuite un autre couple et
une femme seule (Tiens, c'est dérangeant, ça, une femme seule! Veuve? Célibataire?).
D'apéros dinatoires sympas en excursions touristiques, les résidents se
découvrent et se jaugent. Peu à peu, imperceptiblement, l'atmosphère
s'alourdit. Insidieusement, les sourires forcés deviennent encore plus crispés
et lorsque les masques tombent, une violence stupéfiante se déchaîne.
Tous ces
retraités ont beau se laisser prendre aux pièges du jeunisme, pas de doute, les
voilà bien tombés dans les travers ancestraux des communautés repliées sur
elles-mêmes et coupées de l’extérieur : espionnages, ragots, haine de l’étranger,
individualisme forcené. Ou comment notre cerveau primitif, « reptilien »,
reste toujours présent malgré la civilisation…La montée en tension est
admirablement maîtrisée et captive le lecteur.
Une parabole politique, une observation sans concession des mœurs humaines et un humour cynique implacable : on rit jaune, mais on rit beaucoup !
Aurélilélé est la première à m'avoir donné envie de le lire, puis Jeanjean de Moisson Noire, et Cathe ont confirmé mon envie!
Pascal Garnier, Lune captive dans un oeil mort, Zulma, Littérature française, 2009. 156 p., 16, 50€.
07 avril 2009
Jonathan Raban, Surveillance, Christian Bourgois, 2009.
Surveillance commence par l’explosion d’une bombe qui plonge
Seattle dans le chaos : blessés hagards, cadavres ensanglantés et
contamination presque visible. Sauf que tout est faux, mis en scène et bien sûr
filmé par le ministère de la Sécurité intérieure à des fins de sensibilisation.
Dans un monde où la représentation de la réalité importe souvent plus que la
réalité elle-même, il devient quasiment impossible d’accéder à la vérité des
choses, des personnes, des faits. Chaque personnage détient sa propre version
de la réalité et qui peut dire qu’elle est moins vérace que celle de son
voisin ? Surveillance ausculte
ce jeu de dupes permanent à travers le quotidien de quelques habitants de
Seattle : Lucy, la journaliste qui réécrit la vie des autres, Ted,
l’acteur qui participe aux simulacres du gouvernement tout en le dénonçant, August
Vanags, l’écrivain qui réinvente sa propre vie jusqu’au malaise.
L’autre aspect
central du roman est le processus de la peur : Surveillance démonte les mécanismes de la peur et de la paranoïa pour
mieux les mettre à nu. Une typologie de la peur s’établit même grâce aux
personnages : August Vanags, le conservateur pro-Bush, estime que le monde
est engagé dans une nouvelle guerre mondiale entre Américains et terroristes, Monsieur
Lee, l’émigré chinois, veut sécuriser et aseptiser les rares lieux qui ne le
sont pas encore, Lucy, la progressiste démocrate, épie tout de même tout
inconnu un peu trop suspect…Chacun s’enferre dans ses obsessions, ce qui donne
lieu à de longs débats et autres discours intérieurs.
L’analyse de la société américaine qui est développée dans ce roman est certes pertinente mais les moyens romanesques mis en œuvre pour la présenter peuvent ennuyer à la longue. A mon humble avis, ce texte par moment bavard aurait gagné à être (beaucoup) plus court et plus dense. De plus, l’écriture insipide n’aide pas vraiment à soutenir l’attention du lecteur. Dommage…
Jonathan Raban, Surveillance, C.Bourgois, 2009. Traduit de l'anglais par Antoine Cazé. 412 p., 26 €.
