01 septembre 2009
Le Blogoclub : Jacques Poulin, La tournée d'automne, Actes Sud, Léméac, Babel, 1997.
Entre Québec et la Côte-Nord, le Chauffeur traîne son spleen dans un antique bibliobus. Il rencontre Marie, une française en tournée avec un groupe de saltimbanques et de musiciens : Marie et le Chauffeur ont « la même taille, les mêmes cheveux gris » (p. 11), une vie derrière eux et le même amour des livres et des chats. Afin de découvrir le pays, Marie et ses compagnons décident de suivre le Chauffeur dans sa tournée. Ce nomadisme moderne créé imperceptiblement un attachement ému et serein entre le Chauffeur et Marie.
Voici une histoire d’amour simple et tendre où les fougueux élans passionnels n’ont pas lieu d’être. A l’automne de leur vie, Marie et le Chauffeur prennent le temps de se connaître, de passer du temps ensemble sans se presser. Ils connaissent la valeur de l’instant présent et ne cherchent pas à forcer le destin. Leur relation est toute empreinte d’une douceur et d’une tendresse infinies, d’une simplicité rendue par des phrases courtes qui vont à l’essentiel.
L’atmosphère du bibliobus et des spectacles des saltimbanques ajoutent une tonalité à la fois intimiste et magique à des moments de vie qui restent longtemps à l’esprit. Tout comme Marie et ses amis, le lecteur découvre également les paysages québécois avec le Chauffeur pour guide.
Une belle histoire d’amour dont la simplicité pourra néanmoins sembler fade à certains lecteurs.
« Les livres sont comme les chats, on ne peut pas toujours les garder. » (p.123)
Pour d'autres avis, allez faire un tour sur le blog de Sylire qui centralise les participants du Blogoclub.
Par ailleurs, bonne rentrée à tous (sous un ciel pluvieux en région parisienne...), particulièrement à Aurélilélé qui entame aujourd'hui même un IUT Métiers du livre! Espérons que les cours lui laisseront un peu de temps pour continuer son blog ;D
Jacques Poulin, La tournée d'automne, Actes Sud, Léméac, Babel, 1997. 192 p., 6,50 €.
29 juin 2009
Helene Hanff, 84, Charing Cross Road, Autrement, Littératures, 2001.
Voici
un livre déjà bien repéré par les amoureux des livres et des librairies (la quatrième de couv’ assure même que
c’est un « livre culte » !) Ma première surprise en le
découvrant est de voir qu’il s’agit d’un échange épistolaire entre deux
personnes réelles et non d’une fiction.
Helene Hanff est une scénariste américaine. Après-guerre, elle décide de se constituer
une solide culture classique mais les librairies new-yorkaises ne lui
conviennent pas. Elle répond alors à la petite annonce de Marks and Co,
vénérable librairie sise au 84, Charing Cross Road, London. S’ensuit une
correspondance entre Helene l’américaine et Frank, l’un des libraires
londoniens qui durera de 1949 aux années 60 ! Leurs courriers soulignent
avec malice les différences culturelles entre les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne : ils ont beau parler la même langue, leur rapport à
l’autre est bien différent. Helene est rigolote, exubérante et très directe
quand Frank conserve en toutes circonstances sa réserve, sa sobriété et son
flegme.
Évidemment, comme leur correspondance porte sur les livres, les
lettres sont truffées d’allusions et de références à la culture anglo-saxonne
classique que de nécessaires notes en bas de pages viennent éclairer.
Une touchante histoire d’amitié, pleine d’humour et d’érudition, entre deux amoureux des livres.
Helene Hanff, 84, Charing Cross Road, Autrement, Littératures, 2001. 113 p., 12,20 €. Existe en Livre de Poche à 5,50 €.
28 juin 2009
Minh Tran Huy, La princesse et le pêcheur, Actes Sud, 2007.
Lam
est une adolescente taciturne, très bonne élève et dévoreuse de livres. Lors
d’un voyage linguistique en Angleterre, elle fait la connaissance de Nam, un
jeune homme séduisant et sociable dont elle tombe immédiatement amoureuse. Lui
la considère plutôt comme une petite sœur. Tout les oppose a priori sauf leur
origine vietnamienne, que tous deux vivent de façon bien différente.
Les
parents de la jeune fille ont fui le pays suite à l’arrivée des communistes au
pouvoir : à force de ténacité et d’une volonté inflexible, leur réussite
professionnelle et matérielle assure un cocon douillet à Lam. Le passé
vietnamien n’est pratiquement pas évoqué à la maison. Seule la grand-mère lui
ouvre une seule et unique fois la porte de sa mémoire en évoquant la
douloureuse histoire familiale. Nam, quant à lui, est arrivé en France
clandestinement au péril de sa vie, sur une fragile embarcation. Il vit dans
une cité et doit faire au mieux pour essayer de faire venir sa famille en
France. Pour Nam, le Vietnam est le pays de la misère mais la France ne se
livre pas si facilement à un enfant seul, sans soutien.
Au-delà du récit initiatique, La princesse et le pêcheur est un roman qui s’interroge sur les origines et sur la complexité que peuvent engendrer les émigrations. Complexité, souffrance mais aussi richesse : Minh Tran Huy transmet cette palette au lecteur notamment par l’insertion dans son roman de contes vietnamiens qui trouvent un écho dans l’histoire. Si la narration s’embrouille parfois un peu puisque de nombreuses strates temporelles sont évoquées, le charme opère et l’on ressort de cette lecture avec l’impression d’avoir un petit peu compris ce que vivent certains vietnamiens en France. La princesse et le pêcheur est à mettre en relation avec Le lac né en une nuit, un recueil de contes vietnamiens également écrit par Minh Tran Huy.
Papillon a été déçue par cette histoire tandis que Cuné a été émue.
Minh tran Huy, La princesse et le pêcheur, Actes Sud, Domaine français, 2007. 186 p., 18 €.
Le lac né en une nuit et autres légendes du Vietnam, Actes Sud, Babel, 2008. 134 p., 6,50 €.
18 mars 2009
Lire en VO
Me voilà de retour après une longue interruption. Je viens de passer une semaine dans le Dorset
en Angleterre pour un séjour linguistique en immersion totale : cours d’anglais
le matin, repas et visites de la région avec la prof…et lectures in english of
course !
Tous les apprenants sont différents mais pour moi, une chose est
certaine : les livres bilingues sont mes ennemis ! Je lorgne en effet
directement sur la page en français et, prise par le plaisir facile de la
lecture dans ma langue maternelle, j’oublie bien vite mes bonnes résolutions…
Si
vous êtes comme moi, je ne saurais que vous conseiller deux types d’ouvrages :
tout d’abord, la collection « Lire en anglais » au Livre de Poche
(cette collection existe dans d’autres langues). Ici, point de traduction mais
sur une page, le texte original et en regard, des annotations, des points de
grammaire et du vocabulaire pour aider à la compréhension. Ainsi, non
seulement, on est obligé de lire en VO (puisqu’il n’y a pas de traduction !)
mais en plus, la page d’aide permet une lecture relativement fluide sans
recours fastidieux au dictionnaire ou au livre de grammaire. Dans cette
collection se trouvent des auteurs du XXème siècle tels que Bradbury, Greene,
Joyce, Hemingway…Les recueils de nouvelles sont aussi une bonne approche :
English Ghost Stories, Nine English Short Stories…
Ensuite, et c’est ce que j’ai
lu en Angleterre, les textes en anglais « simplifié ». Pour ce type d’ouvrages,
il y a, à mon avis, des avantages et quelques petits inconvénients. Les
avantages : Penguin propose dans sa collection "Penguin Readers" un large
choix de livres anglais, américains, classiques ou contemporains. Les textes
originaux sont réécrits selon un niveau de difficulté évalué par rapport au
nombre de mots de vocabulaire que l’on connaît. Ainsi, le Level 1 (beginner)
propose des textes avec 300 mots et le Level 6 (advanced) va jusqu’à 3000 mots.
Ces différents niveaux permettent de lire dans une langue étrangère même après
2 ou 3 ans d’apprentissage et d’augmenter progressivement la difficulté. Chaque
livre propose en sus un glossaire et des questions de compréhension. Il existe
également des versions livre + CD avec le texte lu : de quoi améliorer
aussi la compréhension orale et l’accent ! Grâce à Penguin Readers et à
Macmillan Readers, j’ai ainsi pu lire The Secret Garden de Frances Hodgson
Burnett et Far From The Madding Crowd de Thomas Hardy.
Les inconvénients :
puisque la langue est réécrite et simplifiée, le style de l’auteur disparaît
complètement ! La langue est très neutre et va à l’essentiel :
descriptions courtes, beaucoup de faits et peu d’enrobages. On perd ainsi le
charme inhérent à la littérature…Mais je reste tout de même convaincue que c’est
une bonne approche de la lecture en langue étrangère pour ceux qui n’ont pas la
chance d’être polyglotte.
Un mot rapide sur les deux textes : The Secret
Garden est un classique de la littérature jeunesse. Où l’on voit l’importance de
l’amitié entre les enfants et l’épanouissement que peut apporter la nature. Un
très beau texte bucolique et plein d’espoir. Far From The Madding Crowd, publié
en 1874, est l’un des premiers textes de Thomas Hardy. Je gardais un souvenir
très fort de Jude l’Obscur et Far From The Madding Crowd m’a bien plu (le relirai-je
en version « normale » ou en français ??). Hardy avait le don de
créer des personnages masculins marquants : Gabriel Oak
est un fermier qui restera attaché toute sa vie à la même femme alors même qu’elle
le dédaigne. Un beau portrait également de la ruralité anglaise au XIXème
siècle. La traduction française Loin de la foule déchaînée parue au Mercure de France ne semble plus disponible et la BD Tamara Drewe de Posy Simmonds, parue récemment chez Denoël Graphic en est librement inspirée.
Pour plus d’informations : le site de Penguin et celui de Macmillan.
Thomas Hardy, Far From The Madding Crowd, Penguin Readers, Level 4, 60 p. + 2 CD, prix variable.
Frances Hodgson Burnett, The Secret Garden, Macmillan Readers, Level 4, 88p. + 2CD, prix variable.
09 février 2009
Alan Bennett, La reine des lectrices, Denoël, Et d'ailleurs, 2009.
Imaginez
que le plus haut personnage d’un Etat se prenne d’une passion dévorante telle
que la lecture qui l’empêcherait d’exercer correctement son pouvoir. (Hypothèse
peu probable dans notre propre pays vu les déclarations déplorables et
affligeantes que la littérature française a dû subir ces temps derniers…)
Allan
Bennet est anglais et c’est tout naturellement à la reine Elisabeth II qu’il a
pensé pour cette amusante fable sur les effets de la lecture. La Reine tombe un
jour par hasard sur un antique bibliobus : par politesse royale, elle
choisit un livre et le lit. C’est le début d’un terrible engrenage que nous
connaissons bien : un livre en appelle un autre et on ne s’arrête plus
jamais de lire ! Sauf que la Reine, vu son statut hors du commun des mortels,
ne peut pas s’abstraire du monde. Sa nouvelle passion perturbe ses proches, le
gouvernement anglais et même ses sujets.
Ainsi, la lecture aujourd’hui perçue
comme un acte inoffensif retrouve ici l’aspect subversif qu’on lui prêtait
jusqu’au 19ème siècle. Sa connaissance toujours plus grande des
auteurs la coupe également un peu plus de ses contemporains : si les
ministres et les grands personnages du gouvernement s’avèrent ignares, la seule
personne avec qui la reine peut échanger s’avère être un modeste cuisinier.
Un
court texte teinté d’une légère pointe d’humour british, qui réjouira les passionnés
de lecture. La blogosphère littéraire a beaucoup lu cet ouvrage ! Chez Cunéipage et chez Ys, on adore, Amanda Meyre a passé un bon moment.
Alan Bennett, La reine des lectrices, Denoël, Et d'ailleurs, 2009. (The Uncommon reader). Traduit de l'anglais par Pierre Ménard. 173 p., 12 €.
14 septembre 2008
Carlos Ruiz Zafon, L'ombre du vent, Grasset, 2004.
Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, Daniel, un jeune garçon, sauve de l’oubli un livre intitulé L’ombre du vent d’un certain Julian Carax. Fasciné par cet ouvrage, Daniel découvre rapidement que Carax est un auteur maudit entouré d’un épais mystère. Il se jette alors à corps perdu dans une quête qui bouleversera sa vie.
L’ombre du vent m’avait été conseillé par un chœur de lectrices enthousiastes : j’ai moi aussi été emportée par le souffle romanesque puissant de ce vent ! Ce texte possède la vigueur d’un roman-feuilleton à multiples rebondissements ; les ficelles et ressorts du dramatique sont exploités d’une main de maître avec un résultat sans équivoque : une fois le livre ouvert, difficile de le refermer. En cela, Carlos Ruiz Zafon réussit une mise en abyme parfaite : son texte est à la fois un hommage au pouvoir fascinant des livres et de la littérature et une histoire passionnante que l’on dévore. En effet, L’ombre du vent est tout à la fois une enquête policière enlevée, le roman initiatique d’un jeune homme attachant et la déclaration amoureuse faite à une ville, Barcelone. Une Barcelone mangée par les ombres, gothique en diable, qui rappellerait presque la Gotham City de Tim Burton. En somme, le décor idéal pour une myriade d’histoires grand-guignolesques où des personnages fantasques, mystiques, délirants (ou tout cela à la fois) servent de guides au lecteur. Car, assurément, nous avons besoin de guides pour évoluer dans ces jeux de miroirs et de résonnances entre les différents niveaux de l’intrigue.
L’ombre du vent apparaît comme une réussite impressionnante où divertissement romanesque et virtuosité littéraire se conjuguent au service d’un imaginaire débridé.
Carlos Ruiz Zafon, L'ombre du vent, Grasset, 2004. Traduit de l'espagnol par François Maspero, 524 p., 21, 50€.
