19 octobre 2009
Elif Shafak, Lait noir, Phébus, Littérature étrangère, 2009.
Elif Shafak, après être devenue maman pour la première
fois, a vécu dix mois au côté de Lord Poton, le djinn de la dépression
post-partum. Suite à cette douloureuse expérience, Elif Shafak essaie de
comprendre sa mélancolie avec ses propres moyens : l’écriture et l’imagination.
Ainsi, Lait noir est tout d’abord une
autobiographie centrée sur ces moments particuliers où la jeune auteure s’interroge
sur son désir d’enfant, sur la possibilité ou non de concilier maternité et
écriture et sur sa dépression. Autobiographie plaisante où le lecteur fait
connaissance avec Elif par le biais de son « Chœur de voix intérieures » :
un cortège de six femmes miniatures qui représentent chacune un aspect de la
personnalité de l’auteure. Les conflits entre les petites femmes sont cocasses
et traduisent avec humour les contradictions d’Elif : comment vivre avec
le caractère affirmé de Miss Ego Ambition, comment être heureuse avec la manie
de tout analyser de Miss Cynique Intello et comment faire que ces deux là
supportent Maman gâteau et son côté exagérément maternel ?
A l’expérience personnelle
de l’écrivain turque s’ajoute une réflexion plus générale sur le statut des
femmes écrivains : l’écriture et la création semblent en effet
difficilement compatibles avec la maternité, surtout lorsque le père laisse
toute la responsabilité de l’enfant à la mère ! Elle évoque donc en autres
Virginia Woolf, Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald et de nombreuses auteures
turques qui dessinent chacune un rapport singulier à la maternité et à l’écriture.
Un texte sincère, écrit dans une belle langue riche de métaphores, pour tous ceux qui s’intéressent aux processus de création et qui donne envie de découvrir les romans d’Elif Shafak traduits en français : La bâtarde d’Istanbul et Bonbon palace.
Amanda, après quelques réticences, ne regrette vraiment pas de l'avoir lu! Bookomaton a bien aimé, un coup de coeur pour Sylvie de Passion des livres, idem pour une autre Sylvie, celle de Sylvie-lectures.
Elif Shafak, Lait noir, Phébus, Littérature étrangère, 2009. Traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy. 352 p., 22 €.
22 septembre 2009
Inaam Kachachi, Si je t'oublie, Bagdad, Liana Levi, 2009.
Zeina est une Américaine d’origine irakienne : en
2003, lors de l’intervention voulue par le gouvernement Bush, elle propose ses
connaissances en arabe à l’armée américaine. L’occasion pour elle de revenir
sur sa terre natale et pour, comme elle le croit avant son départ, offrir la
démocratie et la liberté à son propre peuple. La désillusion sera bien entendu
cruelle : elle voit son pays livré au chaos et sa grand-mère ne peut
supporter de la savoir à la botte de l’oppresseur.
Si je t’oublie Bagdad est le témoignage d’une jeune femme écartelée
entre deux pays et ce dans un contexte on ne peut plus tragique.
L’acclimatation de Zeina à son pays d’accueil s’était plutôt bien déroulée et
elle ne souffrait pas du lancinant mal du pays que connaissent beaucoup de ses
compatriotes, les « fous d’Irak ». Mais son retour pendant la guerre
la perturbe et la bouleverse considérablement : comment se sentir
américaine, comment accepter de revêtir l’uniforme que les Irakiens regardent
d’un œil noir ? Zeina se définit d’ailleurs comme « un chien à deux
niches ».
Le sujet est absolument passionnant, riche et complexe mais le
traitement reste en deçà des promesses contenues dans un tel projet. En effet,
on reste toujours dans une superficialité psychologique qui n’aide pas à embrasser
toute la complexité de la situation et les contradictions du personnage. Une
fois de plus, voilà une journaliste qui fait un très bon « papier »
sur les relations entre Irak et Etats-Unis en prenant la destinée symbolique
d’une jeune femme mais qui néglige l’aspect romanesque.
A lire néanmoins pour le sujet et parce que l’auteur est irakienne.
Inaam Kachachi, Si je t'oublie Bagdad, Liana Levi, Littérature étrangère, 2009. (Al-Hafîda al-amirikiyya). Traduit de l'arabe par Ola Mehanna et Khaled Osman. 220 p., 20 €.
15 septembre 2009
Lieve Joris, Les Hauts Plateaux, Actes Sud, Aventure, 2009.
Lieve
Joris, belge flamande, parcourt le Congo depuis une vingtaine d’années, sur les
traces de son oncle missionnaire. Une seule région lui est encore
inconnue : les Hauts Plateaux, entre Minembwe et le lac Tanganyika, à
l’est du pays. Cette région frontalière d’avec le Burundi est dominée par les
Banyamulenge, un peuple réputé belliqueux qui a soutenu Kabila contre Mobutu.
Lieve Joris décide de parcourir les Hauts Plateaux à pied, en compagnie d’un
guide et de porteurs. Son projet suscite dans les villages traversés énormément
de curiosité : il est déjà rare de voir des Européens sur les Hauts
Plateaux mais plus encore une femme à pied. « Même [les vaches] s’étonnent
de ta venue. » p.16. Chacun veut savoir ce que veut cette femme et comment
elle vit en Belgique. Ses interlocuteurs ne sont pas sans malice et se moquent
gentiment d’elle. La question des vaches est primordiale pour ce peuple
d’éleveurs : Ruhuri, un vacher rencontré sur le chemin, lui demande si, en
Belgique, « de bons amis s’offrent parfois une vache. » Lui-même
avoue n’aimer que ses vaches : « La nuit, je rêve d’elles. » p.
85.
Au cours de son périple, Lieve Joris se retrouve dans des villages très
isolés, à plusieurs jours de marche d’une route asphaltée, et pourtant le
matin, les habitants écoutent les infos sur RFI. Elle rencontre également
d’autres peuples des Hauts Plateaux tels que les Fulero et s’aperçoit que la
cohabitation avec les Banyamulenge n’est pas simple. L’honnêteté dont fait
preuve Lieve Joris est surprenante : en effet, elle est parfois agacée par
les personnes qu’elle rencontre et ne s’en cache pas ; à certains moments,
elle se comporte en femme dominatrice, le reconnaît et le regrette. Après tous
ses voyages au Congo, il semble subsister un gouffre culturel qu’il est parfois
aisé d’oublier et parfois impossible à combler.
Son récit reste souvent dans l’allusif et n’apporte qu’un éclairage succinct sur certains événements majeurs congolais : il s’agit d’un récit de voyage subjectif fait de rencontres et de souvenirs personnels qui m’a un peu laissée sur ma faim.
Prix Nicolas Bouvier 2009.
Lieve Joris, Les Hauts Plateaux, Actes Sud, Aventure, 2009. (De hoogvlaktes). Traduit du néerlandais par Marie Hooghe. 132p., 15 €.
09 septembre 2009
Marie-Hélène Lafon, L'annonce, Buchet Chastel, 2009.
Souvenez-vous : dans Profils paysans : la vie moderne, Raymond
Depardon filme le mariage d’Alain Rouvière, paysan lozérien avec Cécile,
originaire du Nord-Pas-de-Calais, sous l’œil scrutateur et méfiant de Marcel et
Raymond Privat, les oncles octogénaires. L’annonce
reprend cette même situation (à deux ou trois détails près) et la
développe : hommage à Depardon, coïncidence ou réalité maintes fois
rencontrée chez les agriculteurs auvergnats ? Un peu de tout cela certainement.
Ainsi, Paul, paysan du Cantal rencontre Annette de Bailleul par le biais d’une
petite annonce. Tous deux ont déjà une vie derrière eux, faite de déceptions et
d’échecs amoureux, une vie qu’ils veulent transformer peu à peu en quelque
chose de plus doux et de plus serein. Marie-Hélène Lafon scrute cette relation
naissante, cet arrangement pour éviter la solitude. Elle s’immisce avec
délicatesse dans l’intimité des uns et des autres. Il en ressort une mélancolie
diffuse, l’habitude de s’accommoder des déconvenues du quotidien.
Si l’histoire
se place sous le patronage de Depardon, le style lui, doit beaucoup à Pierre Michon
et Pierre Bergounioux. La langue
travaillée, ciselée même rappelle celle des deux Pierre et sa désuétude sied au
monde qu’elle décrit. Difficile néanmoins d’égaler les maîtres. Certains
passages atteignent en effet pleinement leur but : la précision des
sentiments et la beauté des mots. D’autres au contraire apparaissent comme
besogneux. Il n’empêche : le charme opère et l’on s’attache à
ces personnages humbles qui composent un petit théâtre rural savoureux.
Un
bonheur de lecture arraché à l’âpreté du monde.
Cathulu, les libraires des mots vagabonds et Aurore ont été très sensibles à cette histoire.
Marie-Hélène Lafon, L'annonce, Buchet Chastel, 2009. 195 p., 15 €.
08 juin 2009
Laurie Colwin, Frank et Billy, Autrement, Littératures, 1999.
Pourquoi
tombe-t-on amoureux ? Parce que l’autre est notre alter ego ou au contraire
notre exact opposé ? Le sait-on un jour ?...Frank et Billy parle de
ce sentiment à la fois commun, mystérieux, futile et profond qu’est l’amour, à
travers l’histoire d’une relation adultérine. Frank a la cinquantaine, une vie
comblée, une femme raffinée. Pourtant, le voilà au lit avec Billy, sa
maîtresse. Elle, c’est tout l’inverse de Vera, la femme de Frank. Billy s’habille
comme l’as de pique, n’a que faire de la décoration intérieure et déteste les
mondanités. Comme Frank, elle s’épanouit dans son mariage. Pourtant, Frank et
Billy sont attachés l’un à l’autre. « Pour elle, notre liaison était
possible que parce que nous nous fréquentions à petites doses. Une tranche de
vie ordinaire nous serait fatale. » p. 23
Laurie Colwin cherche à capturer
l’insaisissable, les battements de cœur, dans une prose précise, nostalgique et
tendre. Elle y parvient justement en soulignant tout ce qui reste étranger chez
l’autre, tout ce qui peut encore surprendre. Dans le premier chapitre, Frank
parle de sa maîtresse et c’est là que le ton est le plus doux. Puis, le
narrateur devient extérieur et en prenant de la distance, on voit les nuances sentimentales
apparaître : l’inquiétude est permanente, l’agacement point parfois et la
dépendance à l’autre est obsédante. « Il
avait souvent l’impression qu’être amoureux, c’était avoir un oiseau pris dans
les cheveux. »p. 80 Le portrait de Billy, femme à la fois attachante et
revêche est aussi un aspect très réussi du roman.
Une lecture que l’on fait le
sourire aux lèvres et le cœur un peu serré.
Clarabel est une spécialiste de Laurie Colwin puisqu'elle a lit tous ses livres!
Laurie Colwin, Frank et Billy, Autrement, Littératures, 1999. (Another Marvelous Thing). Traduit de l'anglais par Elishéva Marciano. 146 p., 14,95 €. Existe en livre de poche à 6 €.
04 mai 2009
Jorgen-Frantz Jacobsen, Barbara, Babel, 2009.
Barbara est l’unique roman, resté inachevé, de
Jorgen-Frantz Jacobsen, poète des Iles Féroé. Barbara est une femme-enfant
impétueuse : elle suit ses désirs et les inclinations de son cœur sans
jamais écouter sa raison. La vie irradie en elle et chacun à son approche se
sent immédiatement séduit. Parfois naïve et inconsciente de son pouvoir,
parfois enjôleuse et manipulatrice, Barbara tourne toutes les têtes masculines.
Elle est évidemment le grain de sable, la pécheresse de la communauté :
sur les Iles Féroé au début du siècle, les habitants sont loin de tout et
vivent en vase clos ; une telle femme ne peut que susciter de vives
réactions. Après avoir déjà épousé deux prêtres, la voilà mariée à Monsieur
Paul, le nouveau prêtre fraîchement débarqué. Homme faible et insignifiant,
Monsieur Paul est envoûté par sa femme qu’il peine à comprendre et à garder
près de lui.
Barbara est le très beau portrait d’une femme fascinante, à la fois
merveilleuse et agaçante. Son trop-plein d’amour et de liberté ne peut que lui
nuire : Barbara est une héroïne de tragédie, artisane de son propre
malheur.
Si Barbara est évidemment la figure centrale du roman, Monsieur Paul par
son inconsistance et son impuissance en devient un personnage également majeur.
La communauté des Iles Féroé est rendue avec beaucoup de réalisme et les
notables, tout comme les marins ou les petites gens importent dans l’histoire.
Ce roman est aussi complètement lié à son environnement et les descriptions de
paysages sont tour à tour effrayantes, mélancoliques ou apaisantes.
Le très beau portrait d'une femme hors du commun.
Jorgen-Frantz Jacobsen, Barbara, Babel, 2009. Traduit du danois par Karen et André Martinet (Barbara). Préface de Dominique A. 376 p., 8,50€.
Andrea Maria Schenkel, Un tueur à Munich, Josef Kalteis, Actes Sud, Actes noirs, 2009.
Un tueur à
Munich s’inspire de faits réels et retrace le parcours de Josef Kalteis, tueur
en série allemand qui a sévi dans les années 30. Le récit est organisé autour
du portrait de Kathie, une jeune campagnarde venue tenter sa chance à Munich et
qui sera la première victime de Kalteis. Parallèlement à la destinée funeste de
Kathie (qui est donc présente tout au long du roman), des extraits du procès de
Kalteis se mêlent à la description des derniers instants de jeunes femmes
également victimes du tueur de Munich.
Cette narration complexe qui entrecroise
différentes temporalités et de nombreux points de vue permet d’appréhender de façon originale la
personnalité et le parcours de Kalteis. Néanmoins il ne s’agit pas tant d’évoquer
le tueur que sa menace : il est comme le grand méchant loup caché dans la forêt
qu’on redoute mais qu’on ne voit presque jamais. La montée en tension est
implacable et se fait subtilement : le récit est tout entier tendu vers
son but, le meurtre de Kathie.
Le style détaché et presqu’impersonnel produit
une ambiance glaciale et inconfortable. A cela s’ajoute évidemment le contexte
historique (l’arrivée au pouvoir des nazis) qui accentue le malaise.
Un polar efficace où la violence est plus psychologique que factuelle.
Andrea Maria Schenkel, Un tueur à Munich, Josef Kalteis, Actes Sud, Actes noirs, 2009. Traduit de l'allemand par Stéphanie Lux (Kalteis). 166 p., 16€.
Mark Safranko, Putain d’Olivia, 13e Note Editions, 2009.
D’entrée de jeu,
Safranko se place sous le patronage artistique de ses maîtres : Henry
Miller, Bukowski, John Fante et plus surprenant pour un auteur américain,
le Philippe Djian des années 80 et de 37°2 le matin (Djian qui s’est lui-même
largement inspiré, à cette période, des auteurs précédemment cités.)
Putain d’Olivia
réunit sans peine les ingrédients que l’on trouve habituellement dans cette
littérature de la déglingue et du désespoir. Max le narrateur,
apprenti-écrivain, tombe sous la domination d’Olivia, une femme fatale
capricieuse, volcanique et imprévisible. Leur relation, essentiellement fondée
sur le sexe, se heurte rapidement aux aléas du quotidien : comment trouver
de l’argent et avoir assez de temps pour écrire ? Leurs conditions de vie
se détériorent jusqu’au sordide mais ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre.
Putain d’Olivia est une succession de scènes de sexe, d’enguelades avec
chapelets d’injures et de descriptions de petits boulots alimentaires. Max
déverse à longueur de pages son amertume, son désespoir et son incompréhension
face à l’impuissance qu’il ressent à s’extirper de l’enfer dans lequel il s’est
lui-même plongé. Le style, très oral, est relâché afin de rendre au mieux la
désinvolture désenchantée du narrateur.
Autant dire que si l’on a déjà lu
Bukowski et les autres, Putain d’Olivia n’apporte aucune surprise, aucune
nouveauté aux thématiques éculées des losers dépressifs. Pourquoi alors
continuer à écrire ce genre de prose ? A lire la présentation de l’éditeur,
on s’aperçoit que ce récit puise allègrement dans la vie même de l’auteur. A
mon sens, néanmoins, rien de proprement littéraire ne vient transcender cette
base autobiographique. Un style plus ouvertement argotique ou imagé aurait pu
sauver le texte.
Putain d’Olivia pourra tout de même plaire à ceux qui sont
fascinés par le cauchemar américain et ses chantres (même s’il me semble
préférable de lire les originaux !...)
Mark Safranko, Putain d'Olivia, 13e Note Editions, 2009. Traduit de l'anglais par Nadine Gassie (Hating Olivia). 319 p., 19€.
20 avril 2009
Marguerite Abouet, Clément Oubrerie, Aya de Yopougon, Gallimard, Bayou, 2005-2008.
Lire Aya, c’est
aller avec bonheur à la découverte de Yopougon en Côte-d’Ivoire et faire
connaissance avec Aya, une jeune fille sérieuse qui veut devenir médecin, et
ses copines, Adjoua et Bintou, de vraies fêtardes. Lire Aya, c’est aller à la
rencontre de l’ « Afrique enchantée », telle qu’elle est décrite
dans l’émission de France Inter du même nom (Aya, c’est de toutes façons plus RFI que TF1...).
Plongé dans le quotidien de familles ivoiriennes, le lecteur découvre les
histoires de cœurs des jeunes et des moins jeunes ou la vie sociale et
économique du quartier. Le ton est résolument léger même si certaines
histoires, comme l’infidélité d’un papa, apporte une touche de gravité.
Marguerite Abouet veut clairement donner une image différente de son pays sans
pour autant faire l’impasse sur les difficultés.
On se prend bien
vite d’affection pour tous les personnages de Yopougon et on suit leurs
aventures avec le même plaisir qu’un bon feuilleton ! Les dialogues sont
particulièrement savoureux puisque le français parlé est truffé d’expressions
locales ; quant au dessin de Clément Oubrerie, il parvient à rendre avec une grande
finesse les expressions et le maintien des personnages : certains ont
vraiment une sacrée classe !
Sourires et dépaysement assurés avec Aya de Yopougon !
L'avis de Florinette qui a lu les 4 tomes.
Marguerite Abouet (scénario), Clément Oubrerie (dessin), Aya de Yopougon, Gallimard, Bayou. 4 tomes publiés entre 2005 et 2008. Entre 15€ et 16,50€ le volume.
14 avril 2009
Hafid Aggoune, Rêve 78, Joëlle Losfeld, 2009.
Regardez bien
la couverture de Rêve 78 : c’est
cette photo qui a inspiré à Hafid Aggoune ce court texte, c’est cette photo qui
a tenu lieu de madeleine. Le fil des souvenirs se déroule et le petit
garçon de la photo s’anime. Rêve 78
est le récit d’une déchirure, d’une absence : tout petit, ce garçon à la
casquette est arraché à sa mère pendant deux ans pour être confié à la famille
algérienne. Là-bas, personne ne parle la langue maternelle, personne ne montre
d’affection pour lui. C’est le père, un « monstre », qui est à l’origine
de cette blessure. Comment alors, devenir papa à son tour ?
Dans ce texte
manifestement autobiographique, Hafid Aggoune raconte son amour de la
littérature, des femmes et en premier lieu de sa mère car ce sont elles qui l’ont
sauvé après ce traumatisme enfantin. Par ce texte intimiste, il se met à nu, répare
sa mémoire et peut alors envisager sa propre paternité. On le voit, l’écriture
fonctionne comme un baume : Rêve 78
tient plus du journal intime dévoilé que du roman, ce qui peut au choix toucher
le lecteur ou le laisser extérieur au récit.
Le beau commentaire de Kenza sur son blog Un thé au jasmin.
Hafid Aggoune, Rêve 78, J.Losfeld, Littérature française, 2009. 63 p., 9,50€
