08 octobre 2009
Cécile Ladjali, Ordalie, Actes Sud, 2009.
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale en Europe, Ilse
et Lenz sont deux êtres hors du commun taraudés par leur génie poétique et leur
vision personnelle d’un monde qui ne s’accorde pas avec leur sensibilité. Ilse
et Lenz s’aiment mais ne peuvent vivre ensemble. Ilse et Lenz sont les doubles
d’Ingeborg Bachmann, artiste autrichienne et de Paul Celan, poète né en
Bucovine et s’exprimant en allemand. Ordalie
est selon le mot même de Cécile Ladjali un palimpseste de leurs œuvres.
Cette
histoire d’amour impossible est racontée par Zak, le cousin d’Ilse qui en est
amoureux fou. Et c’est bien là peut-être le principal problème de ce livre :
en effet, ce procédé narratif nous éloigne non seulement du sentiment amoureux
des deux artistes mais également de la genèse de leur travail poétique. Tout cela
paraît bien distant et l’empathie n’est guère possible.
Zak est de surcroît un
narrateur antipathique, autrefois fasciné par le nazisme et qui n’éprouve aucun
sentiment de repentance. Il passe des années à se complaire dans une fascination
délétère envers sa cousine qui lasse et paraît peu crédible.
Pour finir, la
langue de Ladjali est toute entière marquée par son érudition classique :
son style est recherché, précieux et parfois trop maniéré. En définitive, Ordalie est écrasé par le poids de ses
modèles et des (trop ?) nombreuses références qui parsèment le texte.
Avis contrastés dans la blogosphère! Les enthousiastes : Sabine, Lilly, Lou, la mitigée : Stephie, les déçues : Malice, Bellesahi...dont je fais partie!
Cécile Ladjali, Ordalie, Actes Sud, 2009. 201 p., 18 €.
09 septembre 2009
Marie-Hélène Lafon, L'annonce, Buchet Chastel, 2009.
Souvenez-vous : dans Profils paysans : la vie moderne, Raymond
Depardon filme le mariage d’Alain Rouvière, paysan lozérien avec Cécile,
originaire du Nord-Pas-de-Calais, sous l’œil scrutateur et méfiant de Marcel et
Raymond Privat, les oncles octogénaires. L’annonce
reprend cette même situation (à deux ou trois détails près) et la
développe : hommage à Depardon, coïncidence ou réalité maintes fois
rencontrée chez les agriculteurs auvergnats ? Un peu de tout cela certainement.
Ainsi, Paul, paysan du Cantal rencontre Annette de Bailleul par le biais d’une
petite annonce. Tous deux ont déjà une vie derrière eux, faite de déceptions et
d’échecs amoureux, une vie qu’ils veulent transformer peu à peu en quelque
chose de plus doux et de plus serein. Marie-Hélène Lafon scrute cette relation
naissante, cet arrangement pour éviter la solitude. Elle s’immisce avec
délicatesse dans l’intimité des uns et des autres. Il en ressort une mélancolie
diffuse, l’habitude de s’accommoder des déconvenues du quotidien.
Si l’histoire
se place sous le patronage de Depardon, le style lui, doit beaucoup à Pierre Michon
et Pierre Bergounioux. La langue
travaillée, ciselée même rappelle celle des deux Pierre et sa désuétude sied au
monde qu’elle décrit. Difficile néanmoins d’égaler les maîtres. Certains
passages atteignent en effet pleinement leur but : la précision des
sentiments et la beauté des mots. D’autres au contraire apparaissent comme
besogneux. Il n’empêche : le charme opère et l’on s’attache à
ces personnages humbles qui composent un petit théâtre rural savoureux.
Un
bonheur de lecture arraché à l’âpreté du monde.
Cathulu, les libraires des mots vagabonds et Aurore ont été très sensibles à cette histoire.
Marie-Hélène Lafon, L'annonce, Buchet Chastel, 2009. 195 p., 15 €.
15 août 2009
Paul Vacca, Nueva Königsberg, Philippe Rey, 2009.
Nueva
Königsberg au Paraguay abrite une communauté qui vit à la manière de Kant
jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. Seulement, une question
de grande importance compromet l’équilibre de la communauté : quelle doit
être son positionnement par rapport au sexe, sachant que Kant aurait vécu toute
sa vie dans la chasteté ? En 1946, le philosophe Jean-Baptiste Botul est
appelé à la rescousse pour trouver une solution. Il est accompagné de Sébastien,
un jeune zazou moqueur face à ces individus qu’il prend pour des timbrés. Jusqu’à
sa rencontre avec Sofia, l’institutrice de Nueva Königsberg…
Paul Vacca aborde
cette situation pour le moins inédite et surprenante avec une loufoquerie et un
amusement qui font plaisir à voir. Puis, rapidement, l’argument philosophique
et les questionnements passent au second plan pour s’incarner plus simplement
dans une idylle entre Sofia et Sébastien. J’imagine que Vacca n’a pas voulu
alourdir son propos et reste ainsi toujours dans une interrogation très
accessible : il est vrai que je m’attendais à un récit plus profondément
philosophique. Finalement, à l’image des jeux de mots qui parsèment le texte et
qui sont au départ amusants, puis deviennent un peu lassants, cette histoire
kantienne n’est qu’un prétexte à la description classique d’un amour contrarié
qui finit par triompher.
J’ai tout de même pris du plaisir à le lire, mais en tant que lecture légère, et non en tant que roman philosophique.
Vacca est très aimé par la blogosphère et de nombreux billets ont été publiés au sujet de Nueva Königsberg : Joël et Laurence de Mots à mots, Clarabel, Cathe, Amanda, Lily, Sylire, Keisha, Yv,...
Paul Vacca, Nueva Königsberg, Philippe Rey, 2009. 209 p., 17 €.
07 juillet 2009
Joyce carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau cabinet cosmopolite, 1998.
Refermer le livre d’Oates revient à se
séparer d’une famille dont chaque membre nous était devenu aussi intime (voire
peut-être même plus) que notre propre famille ou nos amis. Mais longtemps
après, les Mulvaney continuent à nous habiter : lorsque l’on voit une
jeune fille d’une bonté touchante mais peut-être trop naïve pour le monde qui l’entoure,
lorsqu’on écoute un adolescent sûr de lui, frondeur et inexpérimenté aussi,
lorsqu’une maman un peu follette mais tellement enthousiaste et sympathique nous
parle avec passion de choses et d’autres. Les Mulvaney ont une telle profondeur
qu’ils deviennent réels et lire leur histoire pousse parfois à la langueur,
souvent à une tristesse à faire pleurer les pierres.
Ce livre est ma première
rencontre avec l’écriture de Joyce Carol Oates et sa connaissance aiguisée de l’âme
humaine : j’ai vécu deux semaines en communion avec les Mulvaney,
ressentant leur propension au bonheur et leur chute du Paradis presque comme si
elles étaient miennes. Ainsi, parfois, lorsqu’une œuvre touche à des régions trop
sensibles, on l’adore mais on aime aussi la quitter. Certes, l’épilogue qui clôt
la longue histoire des Mulvaney apporte une note d’espoir mais c’est la souffrance
violente, la lâcheté des parents et l'injustice infligée aux enfants que l’on retient, qui
hante le lecteur…et que l’on veut oublier.
Quelques jours après avoir fini le livre,
je m’efforce de repenser à l’amour qui a pu unir les Mulvaney à un moment de
leur histoire, à la place merveilleuse qu’occupent les animaux dans leurs cœurs,
à leur fantaisie et leur singularité.
Merci au Blogoclub de m’avoir fait découvrir ce grand livre américain ! Pour plus d’informations sur le résumé et pour d’autres impressions de lecture, allez voir les blogs de Sylire et Lisa qui recensent tous les billets sur Nous étions les Mulvaney.
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau Cabinet Cosmopolite, 1998. (We Were the Mulvaneys, 1996). Traduit de l'anglais par Claude Seban. 597 p., 23 €.
08 juin 2009
Laurie Colwin, Frank et Billy, Autrement, Littératures, 1999.
Pourquoi
tombe-t-on amoureux ? Parce que l’autre est notre alter ego ou au contraire
notre exact opposé ? Le sait-on un jour ?...Frank et Billy parle de
ce sentiment à la fois commun, mystérieux, futile et profond qu’est l’amour, à
travers l’histoire d’une relation adultérine. Frank a la cinquantaine, une vie
comblée, une femme raffinée. Pourtant, le voilà au lit avec Billy, sa
maîtresse. Elle, c’est tout l’inverse de Vera, la femme de Frank. Billy s’habille
comme l’as de pique, n’a que faire de la décoration intérieure et déteste les
mondanités. Comme Frank, elle s’épanouit dans son mariage. Pourtant, Frank et
Billy sont attachés l’un à l’autre. « Pour elle, notre liaison était
possible que parce que nous nous fréquentions à petites doses. Une tranche de
vie ordinaire nous serait fatale. » p. 23
Laurie Colwin cherche à capturer
l’insaisissable, les battements de cœur, dans une prose précise, nostalgique et
tendre. Elle y parvient justement en soulignant tout ce qui reste étranger chez
l’autre, tout ce qui peut encore surprendre. Dans le premier chapitre, Frank
parle de sa maîtresse et c’est là que le ton est le plus doux. Puis, le
narrateur devient extérieur et en prenant de la distance, on voit les nuances sentimentales
apparaître : l’inquiétude est permanente, l’agacement point parfois et la
dépendance à l’autre est obsédante. « Il
avait souvent l’impression qu’être amoureux, c’était avoir un oiseau pris dans
les cheveux. »p. 80 Le portrait de Billy, femme à la fois attachante et
revêche est aussi un aspect très réussi du roman.
Une lecture que l’on fait le
sourire aux lèvres et le cœur un peu serré.
Clarabel est une spécialiste de Laurie Colwin puisqu'elle a lit tous ses livres!
Laurie Colwin, Frank et Billy, Autrement, Littératures, 1999. (Another Marvelous Thing). Traduit de l'anglais par Elishéva Marciano. 146 p., 14,95 €. Existe en livre de poche à 6 €.
04 mai 2009
Jorgen-Frantz Jacobsen, Barbara, Babel, 2009.
Barbara est l’unique roman, resté inachevé, de
Jorgen-Frantz Jacobsen, poète des Iles Féroé. Barbara est une femme-enfant
impétueuse : elle suit ses désirs et les inclinations de son cœur sans
jamais écouter sa raison. La vie irradie en elle et chacun à son approche se
sent immédiatement séduit. Parfois naïve et inconsciente de son pouvoir,
parfois enjôleuse et manipulatrice, Barbara tourne toutes les têtes masculines.
Elle est évidemment le grain de sable, la pécheresse de la communauté :
sur les Iles Féroé au début du siècle, les habitants sont loin de tout et
vivent en vase clos ; une telle femme ne peut que susciter de vives
réactions. Après avoir déjà épousé deux prêtres, la voilà mariée à Monsieur
Paul, le nouveau prêtre fraîchement débarqué. Homme faible et insignifiant,
Monsieur Paul est envoûté par sa femme qu’il peine à comprendre et à garder
près de lui.
Barbara est le très beau portrait d’une femme fascinante, à la fois
merveilleuse et agaçante. Son trop-plein d’amour et de liberté ne peut que lui
nuire : Barbara est une héroïne de tragédie, artisane de son propre
malheur.
Si Barbara est évidemment la figure centrale du roman, Monsieur Paul par
son inconsistance et son impuissance en devient un personnage également majeur.
La communauté des Iles Féroé est rendue avec beaucoup de réalisme et les
notables, tout comme les marins ou les petites gens importent dans l’histoire.
Ce roman est aussi complètement lié à son environnement et les descriptions de
paysages sont tour à tour effrayantes, mélancoliques ou apaisantes.
Le très beau portrait d'une femme hors du commun.
Jorgen-Frantz Jacobsen, Barbara, Babel, 2009. Traduit du danois par Karen et André Martinet (Barbara). Préface de Dominique A. 376 p., 8,50€.
Mark Safranko, Putain d’Olivia, 13e Note Editions, 2009.
D’entrée de jeu,
Safranko se place sous le patronage artistique de ses maîtres : Henry
Miller, Bukowski, John Fante et plus surprenant pour un auteur américain,
le Philippe Djian des années 80 et de 37°2 le matin (Djian qui s’est lui-même
largement inspiré, à cette période, des auteurs précédemment cités.)
Putain d’Olivia
réunit sans peine les ingrédients que l’on trouve habituellement dans cette
littérature de la déglingue et du désespoir. Max le narrateur,
apprenti-écrivain, tombe sous la domination d’Olivia, une femme fatale
capricieuse, volcanique et imprévisible. Leur relation, essentiellement fondée
sur le sexe, se heurte rapidement aux aléas du quotidien : comment trouver
de l’argent et avoir assez de temps pour écrire ? Leurs conditions de vie
se détériorent jusqu’au sordide mais ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre.
Putain d’Olivia est une succession de scènes de sexe, d’enguelades avec
chapelets d’injures et de descriptions de petits boulots alimentaires. Max
déverse à longueur de pages son amertume, son désespoir et son incompréhension
face à l’impuissance qu’il ressent à s’extirper de l’enfer dans lequel il s’est
lui-même plongé. Le style, très oral, est relâché afin de rendre au mieux la
désinvolture désenchantée du narrateur.
Autant dire que si l’on a déjà lu
Bukowski et les autres, Putain d’Olivia n’apporte aucune surprise, aucune
nouveauté aux thématiques éculées des losers dépressifs. Pourquoi alors
continuer à écrire ce genre de prose ? A lire la présentation de l’éditeur,
on s’aperçoit que ce récit puise allègrement dans la vie même de l’auteur. A
mon sens, néanmoins, rien de proprement littéraire ne vient transcender cette
base autobiographique. Un style plus ouvertement argotique ou imagé aurait pu
sauver le texte.
Putain d’Olivia pourra tout de même plaire à ceux qui sont
fascinés par le cauchemar américain et ses chantres (même s’il me semble
préférable de lire les originaux !...)
Mark Safranko, Putain d'Olivia, 13e Note Editions, 2009. Traduit de l'anglais par Nadine Gassie (Hating Olivia). 319 p., 19€.
27 avril 2009
Jean-Yves Ferri, Manu Larcenet, Le retour à la terre, T5, Les révolutions, 2008.
Est-il encore
utile aujourd’hui de parler sur un blog du Retour à la terre et de cette
« méga-star de la BD » qu’est Larcenet ? Beaucoup de lecteurs
suivent assidument cette série qui a même paru en strip dans un journal gratuit
et il n’y a plus à défendre les qualités certaines de cette BD. Mais bon, je ne
résiste pas au plaisir d’écrire un petit billet vu que ce cinquième tome
s’avère être un excellent cru !
C’est la révolution aux Ravenelles :
les élections municipales approchent, un hypermarché Krashdiscount veut
s’implanter dans la région, Mariette a repris des études à la fac et Larssinet
se questionne sur son identité et à toujours du mal à rendre ses planches
à temps…J’oubliais que Speed, le chat, doit apprendre à reconnaître les
bénéfices incommensurables d’une chatière (bénéfices pour le chat ou pour son
maître ???)
Ce tome « révolutionnaire » est particulièrement savoureux
et hilarant. Larssinet paraît dépassé par les événements et observe le monde
autour de lui qui change : le maire est une crapule prête à toutes les pressions
pour se faire élire, l’épicier devient (presque…) gauchiste altermondialiste en
lutte pour le petit commerce et Mariette semble indifférente aux affres dans
lesquelles est plongé notre pauvre dessinateur-papa au foyer. La part belle est
ainsi faite aux personnages secondaires déjà présents dans les autres tomes
mais qui prennent ici une épaisseur nouvelle. Larcenet (ou Larssinet ? on
ne sait plus !) excelle à brocarder les mœurs campagnardes avec un humour
qui fait mouche.
Pour un moment assuré de bonne humeur, allez faire un tour aux Ravenelles !
Jean-Yves Ferri (scénario), Manu Larcenet (dessins), Le retour à la terre, Tome 5, Les révolutions, Dargaud, Poisson-Pilote, 2008. 48 p., 10,40 €.
20 avril 2009
Marguerite Abouet, Clément Oubrerie, Aya de Yopougon, Gallimard, Bayou, 2005-2008.
Lire Aya, c’est
aller avec bonheur à la découverte de Yopougon en Côte-d’Ivoire et faire
connaissance avec Aya, une jeune fille sérieuse qui veut devenir médecin, et
ses copines, Adjoua et Bintou, de vraies fêtardes. Lire Aya, c’est aller à la
rencontre de l’ « Afrique enchantée », telle qu’elle est décrite
dans l’émission de France Inter du même nom (Aya, c’est de toutes façons plus RFI que TF1...).
Plongé dans le quotidien de familles ivoiriennes, le lecteur découvre les
histoires de cœurs des jeunes et des moins jeunes ou la vie sociale et
économique du quartier. Le ton est résolument léger même si certaines
histoires, comme l’infidélité d’un papa, apporte une touche de gravité.
Marguerite Abouet veut clairement donner une image différente de son pays sans
pour autant faire l’impasse sur les difficultés.
On se prend bien
vite d’affection pour tous les personnages de Yopougon et on suit leurs
aventures avec le même plaisir qu’un bon feuilleton ! Les dialogues sont
particulièrement savoureux puisque le français parlé est truffé d’expressions
locales ; quant au dessin de Clément Oubrerie, il parvient à rendre avec une grande
finesse les expressions et le maintien des personnages : certains ont
vraiment une sacrée classe !
Sourires et dépaysement assurés avec Aya de Yopougon !
L'avis de Florinette qui a lu les 4 tomes.
Marguerite Abouet (scénario), Clément Oubrerie (dessin), Aya de Yopougon, Gallimard, Bayou. 4 tomes publiés entre 2005 et 2008. Entre 15€ et 16,50€ le volume.
13 avril 2009
Pascal Garnier, Lune captive dans un oeil mort, Zulma, 2009.
Bienvenue aux Conviviales! Résidence ultra-sécurisée,
maisons en toc et identiques à perte de vue, soleil cuisant toute l'année,
ennui assuré!
Dans cette résidence où les enfants, les étrangers et les chats sont malvenus,
Martiale et Odette viennent d'emménager pour y couler une retraite heureuse
dans une atmosphère de vacances éternelles. Viennent ensuite un autre couple et
une femme seule (Tiens, c'est dérangeant, ça, une femme seule! Veuve? Célibataire?).
D'apéros dinatoires sympas en excursions touristiques, les résidents se
découvrent et se jaugent. Peu à peu, imperceptiblement, l'atmosphère
s'alourdit. Insidieusement, les sourires forcés deviennent encore plus crispés
et lorsque les masques tombent, une violence stupéfiante se déchaîne.
Tous ces
retraités ont beau se laisser prendre aux pièges du jeunisme, pas de doute, les
voilà bien tombés dans les travers ancestraux des communautés repliées sur
elles-mêmes et coupées de l’extérieur : espionnages, ragots, haine de l’étranger,
individualisme forcené. Ou comment notre cerveau primitif, « reptilien »,
reste toujours présent malgré la civilisation…La montée en tension est
admirablement maîtrisée et captive le lecteur.
Une parabole politique, une observation sans concession des mœurs humaines et un humour cynique implacable : on rit jaune, mais on rit beaucoup !
Aurélilélé est la première à m'avoir donné envie de le lire, puis Jeanjean de Moisson Noire, et Cathe ont confirmé mon envie!
Pascal Garnier, Lune captive dans un oeil mort, Zulma, Littérature française, 2009. 156 p., 16, 50€.
