Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

31 octobre 2009

Colette, Le blé en herbe, Garnier-Flammarion, 2000.

   Je suis  de retour après une semaine au vert ; je n’ai pour habitude de raconter ma vie ou mes vacances sur ce blog mais je tiens là un argument littéraire! Je suis en effet allée randonner sur les chemins boueux de la Puisaye, (« la quoi ? », « c’est où ? ») pays qui a vu naître Colette, à Saint-Sauveur-en-Puisaye plus exactement. Elle y a passé les 18 premières années de sa vie et le raconte dans les Claudine. Cette escapade a été pour moi l’occasion de découvrir Colette par la lecture du Blé en herbe.

   Nous quittons les rudesses de la Bourgogne pour la douceur de la côte cancalaise là où deux adolescents parisiens, Vinca et Philippe, passent leurs vacances depuis l’enfance. Amis depuis toujours, la naissance du désir et l’effondrement de l’innocence viennent troubler leur relation et ce, d’autant plus que Philippe s’initie aux plaisirs charnels auprès d’une femme de 30 ans, tout en ayant à l’esprit sa belle amie Vinca mi-femme, mi-gamine.

   Le texte est parcouru d’une tension à la fois psychologique et sexuelle qui rend les personnages ardents, impatients de vivre et de mourir. L’ambiguïté et la subtilité règnent en maître dans ce texte publié en 1923 où l’adolescence est décrite avec une justesse sidérante. Et que dire également de cette hardiesse à montrer une femme qui dévergonde un jeune homme orgueilleux qui lui-même « offense » une jeune fille. Pas de doute, nous voilà rentrés dans la modernité où, sous les carcans sociaux, les êtres s’affirment et vivent en secret leurs désirs.


   Pour finir sur la Puisaye, je vous encourage à aller la visiter (pour ceux qui aiment la campagne et le calme !) et à faire une halte d’une journée à Guédelon, projet fou et passionnant : en pleine forêt, des hommes et des femmes construisent à partir de zéro un château-fort avec les moyens techniques de l’époque ! Le chantier a ouvert en 1997 et doit durer plus d’une vingtaine d’années ! Jetez vos manuels scolaires poussiéreux et allez à Guédelon pour une leçon d’histoire pour petits et grands à ciel ouvert. Je vous conseille fortement la visite guidée (non, non, vous ne bâillerez pas, les guides sont des mordus qui passionnent même les plus réticents !) pour mieux comprendre les implications historiques, architecturales et sociales. Guédelon : incroyable mais vrai!


Colette, Le blé en herbe, Garnier-Flammarion, 2000. 188 p., 3,80 €.


Posté par Lapinoursinette à 22:33 - Littérature française - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

08 octobre 2009

Cécile Ladjali, Ordalie, Actes Sud, 2009.

   Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale en Europe, Ilse et Lenz sont deux êtres hors du commun taraudés par leur génie poétique et leur vision personnelle d’un monde qui ne s’accorde pas avec leur sensibilité. Ilse et Lenz s’aiment mais ne peuvent vivre ensemble. Ilse et Lenz sont les doubles d’Ingeborg Bachmann, artiste autrichienne et de Paul Celan, poète né en Bucovine et s’exprimant en allemand. Ordalie est selon le mot même de Cécile Ladjali un palimpseste de leurs œuvres.

   

   Cette histoire d’amour impossible est racontée par Zak, le cousin d’Ilse qui en est amoureux fou. Et c’est bien là peut-être le principal problème de ce livre : en effet, ce procédé narratif nous éloigne non seulement du sentiment amoureux des deux artistes mais également de la genèse de leur travail poétique. Tout cela paraît bien distant et l’empathie n’est guère possible.

   Zak est de surcroît un narrateur antipathique, autrefois fasciné par le nazisme et qui n’éprouve aucun sentiment de repentance. Il passe des années à se complaire dans une fascination délétère envers sa cousine qui lasse et paraît peu crédible.

   Pour finir, la langue de Ladjali est toute entière marquée par son érudition classique : son style est recherché, précieux et parfois trop maniéré. En définitive, Ordalie est écrasé par le poids de ses modèles et des (trop ?) nombreuses références qui parsèment le texte.

Avis contrastés dans la blogosphère! Les enthousiastes : Sabine, Lilly, Lou, la mitigée : Stephie, les déçues : MaliceBellesahi...dont je fais partie!

Cécile Ladjali, Ordalie, Actes Sud, 2009. 201 p., 18 €.


Posté par Lapinoursinette à 17:55 - Littérature française - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

01 septembre 2009

Le Blogoclub : Jacques Poulin, La tournée d'automne, Actes Sud, Léméac, Babel, 1997.

   Entre Québec et la Côte-Nord, le Chauffeur traîne son spleen dans un antique bibliobus. Il rencontre Marie, une française en tournée avec un groupe de saltimbanques et de musiciens : Marie et le Chauffeur ont  « la même taille, les mêmes cheveux gris » (p. 11), une vie derrière eux et le même amour des livres et des chats. Afin de découvrir le pays, Marie et ses compagnons décident de suivre le Chauffeur dans sa tournée. Ce nomadisme moderne créé imperceptiblement un attachement ému et serein entre le Chauffeur et Marie.

   Voici une histoire d’amour simple et tendre où les fougueux élans passionnels n’ont pas lieu d’être. A l’automne de leur vie, Marie et le Chauffeur prennent le temps de se connaître, de passer du temps ensemble sans se presser. Ils connaissent la valeur de l’instant présent et ne cherchent pas à forcer le destin. Leur relation est toute empreinte d’une douceur et d’une tendresse infinies, d’une simplicité rendue par des phrases courtes qui vont à l’essentiel.

   L’atmosphère du bibliobus et des spectacles des saltimbanques ajoutent une tonalité à la fois intimiste et magique à des moments de vie qui restent longtemps à l’esprit. Tout comme Marie et ses amis, le lecteur découvre également les paysages québécois avec le Chauffeur pour guide. 

Une belle histoire d’amour dont la simplicité pourra néanmoins sembler fade à certains lecteurs.

« Les livres sont comme les chats, on ne peut pas toujours les garder. » (p.123)

Pour d'autres avis, allez faire un tour sur le blog de Sylire qui centralise les participants du Blogoclub.

Par ailleurs, bonne rentrée à tous (sous un ciel pluvieux en région parisienne...), particulièrement à Aurélilélé qui entame aujourd'hui même un IUT Métiers du livre! Espérons que les cours lui laisseront un peu de temps pour continuer son blog ;D

Jacques Poulin, La tournée d'automne, Actes Sud, Léméac, Babel, 1997. 192 p., 6,50 €.


Posté par Lapinoursinette à 00:03 - Littératures francophones - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

15 août 2009

Paul Vacca, Nueva Königsberg, Philippe Rey, 2009.

Nueva Königsberg au Paraguay abrite une communauté qui vit à la manière de Kant jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. Seulement, une question de grande importance compromet l’équilibre de la communauté : quelle doit être son positionnement par rapport au sexe, sachant que Kant aurait vécu toute sa vie dans la chasteté ? En 1946, le philosophe Jean-Baptiste Botul est appelé à la rescousse pour trouver une solution. Il est accompagné de Sébastien, un jeune zazou moqueur face à ces individus qu’il prend pour des timbrés. Jusqu’à sa rencontre avec Sofia, l’institutrice de Nueva Königsberg…
   

   Paul Vacca aborde cette situation pour le moins inédite et surprenante avec une loufoquerie et un amusement qui font plaisir à voir. Puis, rapidement, l’argument philosophique et les questionnements passent au second plan pour s’incarner plus simplement dans une idylle entre Sofia et Sébastien. J’imagine que Vacca n’a pas voulu alourdir son propos et reste ainsi toujours dans une interrogation très accessible : il est vrai que je m’attendais à un récit plus profondément philosophique. Finalement, à l’image des jeux de mots qui parsèment le texte et qui sont au départ amusants, puis deviennent un peu lassants, cette histoire kantienne n’est qu’un prétexte à la description classique d’un amour contrarié qui finit par triompher.  

J’ai tout de même pris du plaisir à le lire, mais en tant que lecture légère, et non en tant que roman philosophique.

   Vacca est très aimé par la blogosphère et de nombreux billets ont été publiés au sujet de Nueva Königsberg : Joël et Laurence de Mots à mots, Clarabel, Cathe, Amanda, Lily, Sylire, Keisha, Yv,...

Paul Vacca, Nueva Königsberg, Philippe Rey, 2009. 209 p., 17 €.

Posté par Lapinoursinette à 19:02 - Littérature française - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
« Accueil  1