Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

22 septembre 2009

Inaam Kachachi, Si je t'oublie, Bagdad, Liana Levi, 2009.

bagdad   Zeina est une Américaine d’origine irakienne : en 2003, lors de l’intervention voulue par le gouvernement Bush, elle propose ses connaissances en arabe à l’armée américaine. L’occasion pour elle de revenir sur sa terre natale et pour, comme elle le croit avant son départ, offrir la démocratie et la liberté à son propre peuple. La désillusion sera bien entendu cruelle : elle voit son pays livré au chaos et sa grand-mère ne peut supporter de la savoir à la botte de l’oppresseur.


   Si je t’oublie Bagdad est le témoignage d’une jeune femme écartelée entre deux pays et ce dans un contexte on ne peut plus tragique. L’acclimatation de Zeina à son pays d’accueil s’était plutôt bien déroulée et elle ne souffrait pas du lancinant mal du pays que connaissent beaucoup de ses compatriotes, les « fous d’Irak ». Mais son retour pendant la guerre la perturbe et la bouleverse considérablement : comment se sentir américaine, comment accepter de revêtir l’uniforme que les Irakiens regardent d’un œil noir ? Zeina se définit d’ailleurs comme « un chien à deux niches ».

   

   Le sujet est absolument passionnant, riche et complexe mais le traitement reste en deçà des promesses contenues dans un tel projet. En effet, on reste toujours dans une superficialité psychologique qui n’aide pas à embrasser toute la complexité de la situation et les contradictions du personnage. Une fois de plus, voilà une journaliste qui fait un très bon « papier » sur les relations entre Irak et Etats-Unis en prenant la destinée symbolique d’une jeune femme mais qui néglige l’aspect romanesque.


A lire néanmoins pour le sujet et parce que l’auteur est irakienne.


Inaam Kachachi, Si je t'oublie Bagdad, Liana Levi, Littérature étrangère, 2009. (Al-Hafîda al-amirikiyya). Traduit de l'arabe par Ola Mehanna et Khaled Osman. 220 p., 20 €.


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28 juin 2009

Minh Tran Huy, La princesse et le pêcheur, Actes Sud, 2007.

pecheur  Lam est une adolescente taciturne, très bonne élève et dévoreuse de livres. Lors d’un voyage linguistique en Angleterre, elle fait la connaissance de Nam, un jeune homme séduisant et sociable dont elle tombe immédiatement amoureuse. Lui la considère plutôt comme une petite sœur. Tout les oppose a priori sauf leur origine vietnamienne, que tous deux vivent de façon bien différente.

   Les parents de la jeune fille ont fui le pays suite à l’arrivée des communistes au pouvoir : à force de ténacité et d’une volonté inflexible, leur réussite professionnelle et matérielle assure un cocon douillet à Lam. Le passé vietnamien n’est pratiquement pas évoqué à la maison. Seule la grand-mère lui ouvre une seule et unique fois la porte de sa mémoire en évoquant la douloureuse histoire familiale. Nam, quant à lui, est arrivé en France clandestinement au péril de sa vie, sur une fragile embarcation. Il vit dans une cité et doit faire au mieux pour essayer de faire venir sa famille en France. Pour Nam, le Vietnam est le pays de la misère mais la France ne se livre pas si facilement à un enfant seul, sans soutien.

   Au-delà du récit initiatique, La princesse et le pêcheur est un roman qui s’interroge sur les origines et sur la complexité que peuvent engendrer les émigrations. Complexité, souffrance mais aussi richesse : Minh Tran Huy transmet cette palette au lecteur notamment par l’insertion dans son roman de contes vietnamiens qui trouvent un écho dans l’histoire. Si la narration s’embrouille parfois un peu puisque de nombreuses strates temporelles sont évoquées, le charme opère et l’on ressort de cette lecture avec l’impression d’avoir un petit peu compris ce que vivent certains vietnamiens en France. La princesse et le pêcheur est à mettre en relation avec Le lac né en une nuit, un recueil de contes vietnamiens également écrit par Minh Tran Huy.

Papillon a été déçue par cette histoire tandis que Cuné a été émue.

Minh tran Huy, La princesse et le pêcheur, Actes Sud, Domaine français, 2007. 186 p., 18 €.
Le lac né en une nuit et autres légendes du Vietnam, Actes Sud, Babel, 2008. 134 p., 6,50 €.

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02 février 2009

Naïri Nahapétian, Qui a tué l'ayatollah Kanuni ?, Liana Levi, 2009.

kanuni   La bande dessinée avec Persepolis et maintenant le polar ! L’Iran contemporain s’invite dans les « mauvais genres » ! Qui a tué l’ayatollah Kanuni ? est le premier roman d’une jeune journaliste exilée en France. Selon la quatrième de couv’, « elle souhaite donner de l’Iran une image loin des stéréotypes occidentaux ».
   Je dirai qu’elle a réussi cette mission-là puisque son roman décrit habilement la complexité de l’Iran : elle présente l’ensemble des forces qui travaillent la société iranienne en s’attardant particulièrement sur les oppositions, qu’elles soient politiques ou intellectuelles. Les différents débats relatés tout au long du récit montrent bien qu’il existe de nombreuses façons de penser le renouvellement de la société iranienne.
   Parfois, nous, occidentaux, sommes d’ailleurs surpris puisqu’on peut, par exemple, être féministe et adopter des attitudes qui nous paraissent réactionnaires. Les réflexions engagées le sont souvent à l’aune de la pensée islamiste telle qu’elle est conçue par le gouvernement, ce qui demande également un effort de décentration, pour nous qui vivons dans un pays où l’Eglise et l’Etat sont séparés. Mais la population iranienne est loin d’être homogène et les laïcs constituent une force politique, pour le moment cantonnée dans l’opposition. La question des minorités ethniques et/ou religieuses (notamment les Arméniens, sujet qui touche certainement l'auteur directement) s’ajoute à l’ensemble, ce qui au final donne effectivement une vision d’ensemble assez précise du pays.

   Néanmoins, il n’est pas aisé de mêler toutes ces informations à une intrigue romanesque ou policière. C’est pour moi la faiblesse du livre. J’ai eu l’impression de lire un très long article du Monde diplomatique ou un dossier « spécial Iran » de Courrier International ! Certes, on y trouve des témoignages vivants, quelques péripéties mais l’ensemble manque de rythme, de chair. Les personnages peinent à s’incarner et il faut parfois un peu d’obstination pour continuer la lecture.

   Si vous voulez connaître la société iranienne, ce livre est pour vous mais si vous avez envie de lire un bon polar et même plus simplement un bon roman, passez votre chemin !


Naïri Nahapétian, Qui a tué l'ayatollah Kanuni ?, Lian Levi, 2009. 277 p., 17 €.


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