13 décembre 2009
Patrick Pécherot, Tranchecaille, Gallimard, Série Noire, 2008.
Chemin des dames,1917 :
le moral s’enlise dans la boue des tranchées et les mutineries se multiplient.
Dans ce contexte délicat, le lieutenant Landry est assassiné lors d’un assaut,
par une Rosalie, la baïonnette française. Parce qu’un tel crime ne peut rester
impuni, l’armée charge le pauvre poilu Jonas, lunaire et inadapté. Le capitaine
Duparc, chargé de la défense dans un procès pour l’exemple où tout est joué
d’avance, essaie de reconstruire le fil des événements qui accusent trop
facilement Jonas. Pour cela, il interroge les proches du soldat et les témoins
possibles.
C’est bien là la première réussite de ce roman : chaque
chapitre est le témoignage d’un personnage différent qui a donc une vision
personnelle de l’affaire. On est là dans la construction d’un polar pur et dur
avec montée du suspense et attention soutenue du lecteur. Puis, cette diversité
de témoignages permet de faire entendre une multitude de registres de langues.
C’est l’autre réussite de Tranchecaille,
une virtuosité du style qui excelle à faire parler le simple poilu comme le colonel. Lorsque quand la langue est
populaire, fleurie, argotique, lardée d’expressions de l’époque, on atteint le
summum !
La plume de Pécherot plonge le lecteur dans la guerre avec une
puissance d’évocation étonnante. C’est bien simple, on s’y croirait.
L’immersion dans une telle période n’est pas de tout repos (euphémisme
gentillet…) et l’horreur de « la der des ders » prend le lecteur aux
tripes.
C’est aussi toute une époque, tout un monde que Pécherot recréé : l’état d’esprit des
poilus, de la joie naïve de devenir soldat à l’hébétude devant l’innommable
mais aussi la propagande qui abreuve « l’arrière », inconscient de ce
qui se trame réellement et mille autres détails qui donnent une véracité sans
pareil.
Un très grand polar historique récompensé par le prix 813 et soutenu par de nombreux blogs : Jean-Marc Laherrère, Moisson Noire, Cathe, Pierre Faverole, Hannibal le lecteur.
Patrick Pécherot, Tranchecaille, Gallimard, Série Noire, 2008. 294 p., 17,50 €.
07 décembre 2009
Matthias Debureaux, De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages, Editions Cavatines, 2005.
Vous l’aurez peut-être remarqué, les récits de voyage
ont constitué la majeure partie de mes lectures ces dernières semaines. Pour
finir ce petit « cycle », voici un ouvrage terriblement
grinçant : le manuel du parfait exploraseur !
Matthias Debureaux, journaliste voyageur, s’est amusé à recenser les clichés, les figures de style et les passages obligés qui émaillent tous récits de voyage qui se respectent. L’exercice est vachard et tout à fait réaliste : on se reconnaitra tous un peu dans ces conseils entre vantardise et fausse humilité…
Un petit livre
amusant à faire lire aux amateurs de récits de voyages, aux voyageurs et aussi
à ceux qui détestent voyager!
« Chiant qui, comme Ulysse a fait un beau voyage. » p.9.
Matthias Debureaux, De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages, Le manuel du parfait exploraseur, Editions Cavatines, 2005. 42 p., 6 €.
16 octobre 2009
Gwenaëlle Aubry, Personne, Le Mercure de France, 2009.
Personne est le portrait sous forme d’un abécédaire (de A
comme Artaud à Z comme Zelig) d’un père différent. Homme aux multiples facettes
jusqu’à ne plus connaître lui-même sa propre identité, le père de Gwenaëlle
Aubry est ce qu’on appelle un « fou », un mélancolique, un dépressif.
Professeur de droit issu d’une famille bourgeoise, il connaîtra la
clochardisation, l’alcoolisme, l’exclusion. Du reste, il se choisit comme
emblème le mouton noir; il se compose également un bestiaire à la
fois rassurant et mystérieux. Tout comme l’ensemble de son univers mental d’une
richesse et d’une finesse infinies : Aubry a en effet choisi d’intégrer dans
son récit des extraits d’un texte écrit par son père où il se raconte et s’analyse
(au sens psychanalytique du terme).
Cet homme-là était certainement hors du
commun : un être ultrasensible, trop lucide et finalement inadapté à notre
monde si sérieux, lui qui avoue n’avoir pas vieilli au-delà de sa cinquième
année. Les descriptions de repas de famille bourgeoise où chacun se doit de
jouer une mascarade sociale afin d’être accepté est d’une justesse poignante. Ce
jeu social où l’on masque sa personnalité profonde n’est-il pas déjà le début d’une
folie, celle de la normalité et de la peur du « qu’en dira-t-on » ?
La folie du père paraît ainsi plus clairvoyante à sa fille que la santé mentale
des autres.
La prose d’Aubry est faite de longues phrases amples qui vont et
viennent comme le mouvement de la mer, comme pour enserrer ce cher papa
maintenant disparu. L’abécédaire évite aussi la linéarité et permet de
superposer les époques, les nombreuses personnalités du père : voilà un
procédé littéraire tout simple mais qui décuple l’émotion, nuance et
approfondit toujours plus le portrait.
Bouleversant de bout en bout, Personne est un hommage magnifique au père.
D'autres lectrices : Mlle Georges et Malice.
Gwenaëlle Aubry, Personne, Le Mercure de France, 2009. 158 p., 15 €.
15 octobre 2009
Jacques A. Bertrand, Les autres, c'est rien que des sales types, Julliard, 2009.
Retrouver les portraits de Jacques A. Bertrand est
toujours un plaisir jubilatoire. Après les bestioles peu aimées des humains,
voici réunis quelques spécimens qui empoisonnent la vie de l’honnête homme
(lui-même plutôt misanthrope…) : le Con, le Jeune, le Commerçant, le
Touriste, le Végétarien, l'Imbécile heureux et tutti quanti.
Jacques A. Bertrand observe les
animaux comme les humains avec une précision de naturaliste qui classe,
définit, et compare les étranges phénomènes qu’offre l’humanité. On ricane car,
bien sûr, on reconnaît ses proches (amis ou ennemis !) et surtout on se
reconnaît soi-même !
Erudits et vachards, ces « caractères » contemporains se dégustent comme du petit-lait : on en redemande !
D'autres lectrices conquises : Cathe, Cathulu.
Jacques A. Bertrand, Les autres, c'est rien que des sales types, Julliard, 2009. 134 p., 15 €.
28 septembre 2009
Thierry Hesse, Démon, Editions de l'Olivier, 2009.
Démon est un grand roman qui fonctionne selon une formule
déjà éprouvée et ici parfaitement maîtrisée : la Grande Histoire qui se
mêle aux histoires individuelles. Pierre Rotko est journaliste grand reporter.
Son père est un juif russe qui, une fois arrivé en France, a gommé toutes les
traces de son origine, jusqu’à ne jamais parler de ses parents assassinés par
les nazis en 1942. A la fin de sa vie, peu de temps avant son suicide, le père
de Pierre décide enfin de transmettre la mémoire d’une histoire familiale
troublée, traumatisante mais également passionnante.
A la faveur de ce récit
personnel, Pierre Rotkho replonge dans l’histoire de l’Union Soviétique stalinienne
mais aussi de la Seconde Guerre Mondiale. Puis, après la mort de son père, un
démon, « moitié juif, moitié russe » qui se cache en lui, pousse le
narrateur à aller se confronter à la peur : il part à Grozny, dans un pays
meurtri et oublié des grandes puissances.
Thierry Hesse parvient en des termes
clairs et des phrases simples et percutantes à rendre compréhensibles et
passionnantes des décennies d’histoire russe, caucasienne et mondiale. Certes,
la famille Rotko est le fil conducteur du récit mais on y rencontre également
une multitude de personnages historiques connus ou inconnus et on suit avec
enthousiasme et émotion la destinée de chacun.
Démon est un faisceau d’histoires qui restent en nous longtemps après avoir lu la dernière page.
Thierry Hesse, Démon, Editions de l'Olivier, 2009. 456 p., 20 €.
31 août 2009
Daniel Kehlmann, Les arpenteurs du monde, Actes Sud, Lettres allemandes, 2007.
Peut-on
faire sourire, voire rire en racontant la destinée de scientifiques allemands
du 18 ème siècle ? Non, évidemment, est-on tenté de répondre. Daniel
Kehlmann, lui ne le voit pas de cet œil : ses arpenteurs du monde relèvent
brillamment le défi de divertir avec un
matériau a priori pas très amusant. Ainsi, il mêle les biographies d’Alexander
Von Humboldt et de Carl Friedrich Gauss en un récit digne des meilleurs livres
d’aventures de notre enfance.
Von Humboldt (1769-1859) est un naturaliste
explorateur qui a parcouru une partie de l’Amérique. Il a notamment confirmé
l’existence du canal naturel de Cassiquiare reliant l’Orénoque et l’Amazone.
Gauss (1777-1855) a une vie a priori moins palpitante puisqu’il est mathématicien et
physicien.
Seulement, Kehlmann transforme ces deux scientifiques en de
véritables figures romanesques : le premier parcoure le globe, obsédé par
les mesures (dès qu’il voit une montagne, il l’escalade afin de déterminer sa
position géographique, sa hauteur, afin d’herboriser et d’éventuellement récupérer
les pauvres bêtes qui passent par là !) et flanqué d’un médecin français
Aimé Bonpland, qui souffre des aléas du voyage. Bonpland et Von Humboldt forment
d’ailleurs un couple désopilant qui rappelle les meilleurs duos du cinéma
burlesque.
Le second est un génie trop en avance sur son temps qui s’étonne du
manque de vivacité intellectuelle de ses contemporains, d'où un caractère particulièrement irascible. Gauss est ainsi
plongé toute sa vie dans une insondable mélancolie que seules les mathématiques
peuvent apaiser.
Le burlesque s’immisce dans toutes leurs relations sociales :
en effet, l’un est inadapté à son temps et l’autre en contact permanent avec
l’inconnu, ce qui provoque le plus souvent des situations comiques. Les arpenteurs du monde s’interroge également
sur le statut des scientifiques dans une société donnée et sur les rapports
qu’ils entretiennent avec les pouvoirs.
Au final, Kehlmann signe un roman étonnant, plein de vitalité mais régulièrement traversé par de sourdes poussées mélancoliques. Réjouissant!
Merci à Pierre pour ce beau cadeau! Kathel et Zarline ont beaucoup aimé également.
Daniel Kehlmann, Les arpenteurs du monde, Actes Sud, Lettres allemandes, 2007. (Die Vermessung der Welt). Traduit de l'allemand par Juliette Aubert. 298 p., 21 €. Existe en poche chez Babel, 8,50 €.
24 août 2009
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008.
John
Vogelin est un dur à cuire : vieux rancher du Nouveau-Mexique, il a passé
toute sa vie sur une terre désertique et inhospitalière. Mais pour lui, ce
désert peuplé de cougars et de coyotes est le paradis sur terre et rien ni
personne ne pourra l’en chasser. Ainsi, lorsque l’Armée décide de l’exproprier
pour y installer un champ de tir de missiles (nous sommes dans les années
soixante et la Guerre Froide est à son
plus fort), le vieux Vogelin, têtu comme une mule, s’accroche à sa terre et
refuse de partir. Son petit-fils, Billy, présent pour les vacances d’été, l’admire
et l’épaule dans son combat désespéré.
Si le rapport de force entre le pouvoir américain et
le vieil homme amoureux du désert et de la solitude constitue le cœur du récit,
Abbey n’en néglige pour autant pas le portrait d’un homme, certes entêté, mais
admirable d’intégrité. Droit dans ses bottes, le rancher ne cède pas un pouce
de terrain ; son côté bourru cache évidemment une sensibilité qui s’exprime
dans les rapports qu’il entretient avec son petit-fils.
Vogelin agit certes par
intérêt personnel mais son attitude symbolise la
vision critique d’un pays matérialiste qui néglige la splendeur de ses grands
espaces. D’où, bien évidemment, de magnifiques descriptions de paysages lors
des chevauchées à travers le désert. Une profonde sérénité émane de ces
passages et la relation apaisée entre les hommes et la nature est considérée
comme un art de vivre.
Une ode sans concession à la nature et à l’engagement : salutaire, encore (surtout?) de nos jours…
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008. (Fire on the Mountain). Traduit de l'anglais par Jacques Mailhos. Première parution américaine : 1962. 211 p., 22 €.
07 juillet 2009
Joyce carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau cabinet cosmopolite, 1998.
Refermer le livre d’Oates revient à se
séparer d’une famille dont chaque membre nous était devenu aussi intime (voire
peut-être même plus) que notre propre famille ou nos amis. Mais longtemps
après, les Mulvaney continuent à nous habiter : lorsque l’on voit une
jeune fille d’une bonté touchante mais peut-être trop naïve pour le monde qui l’entoure,
lorsqu’on écoute un adolescent sûr de lui, frondeur et inexpérimenté aussi,
lorsqu’une maman un peu follette mais tellement enthousiaste et sympathique nous
parle avec passion de choses et d’autres. Les Mulvaney ont une telle profondeur
qu’ils deviennent réels et lire leur histoire pousse parfois à la langueur,
souvent à une tristesse à faire pleurer les pierres.
Ce livre est ma première
rencontre avec l’écriture de Joyce Carol Oates et sa connaissance aiguisée de l’âme
humaine : j’ai vécu deux semaines en communion avec les Mulvaney,
ressentant leur propension au bonheur et leur chute du Paradis presque comme si
elles étaient miennes. Ainsi, parfois, lorsqu’une œuvre touche à des régions trop
sensibles, on l’adore mais on aime aussi la quitter. Certes, l’épilogue qui clôt
la longue histoire des Mulvaney apporte une note d’espoir mais c’est la souffrance
violente, la lâcheté des parents et l'injustice infligée aux enfants que l’on retient, qui
hante le lecteur…et que l’on veut oublier.
Quelques jours après avoir fini le livre,
je m’efforce de repenser à l’amour qui a pu unir les Mulvaney à un moment de
leur histoire, à la place merveilleuse qu’occupent les animaux dans leurs cœurs,
à leur fantaisie et leur singularité.
Merci au Blogoclub de m’avoir fait découvrir ce grand livre américain ! Pour plus d’informations sur le résumé et pour d’autres impressions de lecture, allez voir les blogs de Sylire et Lisa qui recensent tous les billets sur Nous étions les Mulvaney.
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau Cabinet Cosmopolite, 1998. (We Were the Mulvaneys, 1996). Traduit de l'anglais par Claude Seban. 597 p., 23 €.
30 juin 2009
Antoine Bello, Les falsificateurs, Gallimard, Blanche, 2007.
Les
falsificateurs est un
livre qui ne ressemble à aucun de ceux que j’ai pu lire dans ma petite vie. Le
postulat de départ est pour le moins surprenant d’autant plus que l’intrigue se
situe dans notre monde : une organisation secrète aux ramifications
mondiales appelée le Consortium de Falsification du Réel (CFR pour les intimes)
a pour mission de falsifier certains pans de la réalité. Ainsi, certains
événements connus de tous, comme l’envoi par les russes de la chienne Laïka
dans l’espace, n’ont jamais eu lieu dans la réalité mais ont été inventés de
toutes pièces par le CFR. Très bien, mais pourquoi falsifier le réel ? Le
roman n’apporte pas de réponses et bien pire, les dirigeants du CFR n’informent
pas leurs agents de la finalité du CFR. De quoi piquer notre curiosité !
Une fois accepté ce postulat (ce qui, en soi, n’est pas évident tant l’idée de
falsification peut paraître improbable, voire invraisemblable), le lecteur est
plongé dans un récit à la mécanique parfaitement huilée. Impossible de lâcher
le livre tant la falsification du réel peut se révéler palpitante, ludique et
intrigante. En effet, tous les domaines de la connaissance sont susceptibles
d’être falsifiés : Antoine Bello est parvenu à faire de son livre un
puissant réservoir d’histoires, qui, parfois, à elles seules pourraient faire
l’objet d’un roman. Les falsificateurs
est un éloge vibrant à l’imaginaire et au pouvoir des mots, des histoires et
des légendes parfois plus importantes pour les esprits que les faits bruts.
De
plus, décrire le fonctionnement du CFR par l’intermédiaire de Sliv, jeune
recrue islandaise, est également l’occasion de décrire le monde du travail tel
qu’il peut être dans n’importe quelle entreprise multinationale :
concurrence farouche, méthodes parfois expéditives, lourdeurs hiérarchiques
pénibles, etc.
Un roman absolument brillant qui fait la
part belle à l’imaginaire.
La suite des Falsificateurs, Les éclaireurs est sorti, toujours chez Gallimard, en février dernier.
L'avis de Keisha qui a également beaucoup aimé et qui attend de lire la suite avec impatience!
Antoine Bello, Les falsificateurs, Gallimard, Blanche, 2007. 501 p., 21 €. Existe en Folio à 8,60 €.
29 juin 2009
Helene Hanff, 84, Charing Cross Road, Autrement, Littératures, 2001.
Voici
un livre déjà bien repéré par les amoureux des livres et des librairies (la quatrième de couv’ assure même que
c’est un « livre culte » !) Ma première surprise en le
découvrant est de voir qu’il s’agit d’un échange épistolaire entre deux
personnes réelles et non d’une fiction.
Helene Hanff est une scénariste américaine. Après-guerre, elle décide de se constituer
une solide culture classique mais les librairies new-yorkaises ne lui
conviennent pas. Elle répond alors à la petite annonce de Marks and Co,
vénérable librairie sise au 84, Charing Cross Road, London. S’ensuit une
correspondance entre Helene l’américaine et Frank, l’un des libraires
londoniens qui durera de 1949 aux années 60 ! Leurs courriers soulignent
avec malice les différences culturelles entre les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne : ils ont beau parler la même langue, leur rapport à
l’autre est bien différent. Helene est rigolote, exubérante et très directe
quand Frank conserve en toutes circonstances sa réserve, sa sobriété et son
flegme.
Évidemment, comme leur correspondance porte sur les livres, les
lettres sont truffées d’allusions et de références à la culture anglo-saxonne
classique que de nécessaires notes en bas de pages viennent éclairer.
Une touchante histoire d’amitié, pleine d’humour et d’érudition, entre deux amoureux des livres.
Helene Hanff, 84, Charing Cross Road, Autrement, Littératures, 2001. 113 p., 12,20 €. Existe en Livre de Poche à 5,50 €.
