Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

28 juin 2009

Minh Tran Huy, La princesse et le pêcheur, Actes Sud, 2007.

princesse   Lam est une adolescente taciturne, très bonne élève et dévoreuse de livres. Lors d’un voyage linguistique en Angleterre, elle fait la connaissance de Nam, un jeune homme séduisant et sociable dont elle tombe immédiatement amoureuse. Lui la considère plutôt comme une petite sœur. Tout les oppose a priori sauf leur origine vietnamienne, que tous deux vivent de façon bien différente.

   Les parents de la jeune fille ont fui le pays suite à l’arrivée des communistes au pouvoir : à force de ténacité et d’une volonté inflexible, leur réussite professionnelle et matérielle assure un cocon douillet à Lam. Le passé vietnamien n’est pratiquement pas évoqué à la maison. Seule la grand-mère lui ouvre une seule et unique fois la porte de sa mémoire en évoquant la douloureuse histoire familiale. Nam, quant à lui, est arrivé en France clandestinement au péril de sa vie, sur une fragile embarcation. Il vit dans une cité et doit faire au mieux pour essayer de faire venir sa famille en France. Pour Nam, le Vietnam est le pays de la misère mais la France ne se livre pas si facilement à un enfant seul, sans soutien.

   Au-delà du récit initiatique, La princesse et le pêcheur est un roman qui s’interroge sur les origines et sur la complexité que peuvent engendrer les émigrations. Complexité, souffrance mais aussi richesse : Minh Tran Huy transmet cette palette au lecteur notamment par l’insertion dans son roman de contes vietnamiens qui trouvent un écho dans l’histoire. Si la narration s’embrouille parfois un peu puisque de nombreuses strates temporelles sont évoquées, le charme opère et l’on ressort de cette lecture avec l’impression d’avoir un petit peu compris ce que vivent certains vietnamiens en France. La princesse et le pêcheur est à mettre en relation avec Le lac né en une nuit, un recueil de contes vietnamiens également écrit par Minh Tran Huy.

Papillon a été déçue par cette histoire tandis que Cuné a été émue.

Minh tran Huy, La princesse et le pêcheur, Actes Sud, Domaine français, 2007. 186 p., 18 €.
Le lac né en une nuit et autres légendes du Vietnam, Actes Sud, Babel, 2008. 134 p., 6,50 €.

Posté par Lapinoursinette à 17:16 - Littérature française - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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03 avril 2009

Richard Marazano, Xavier Delaporte, Chaabi, la révolte, Futuropolis, 2007, 2009.

   « Dans ce pays, un enfant est assez grand pour travailler et suer comme un ouvrier adulte. Tout cela parce qu'il n'a personne pour le défendre quand ses parents sont trop occupés à survivre. Dans ce pays, il est assez grand pour être utilisé comme un objet, pour être battu et pour mourir de faim aussi. Et il ne serait pas assez grand pour se révolter contre ça? » (p 42, deuxième partie)

   Cette bande dessinée aborde la question des enfants esclaves indiens à travers la destinée de Chaabi. Comme beaucoup d’autres, il a été vendu par ses parents au propriétaire d’une mine de souffre de la province de Samastipur. Commence alors un long calvaire pour cet enfant sensible et encore naïf. Les conditions de vie épouvantables, la cruauté des surveillants et la loi du plus fort qui règne entre les enfants apparaissent immédiatement aux yeux de Chaabi comme un enfer désolant et injuste. Comment accepter une telle destinée ? Un groupe d’enfants solidaires organise une évasion à laquelle Chaabi est associé. Une longue errance s’ensuit dans les montagnes au cours de laquelle Chaabi devient le chef des révoltés : son intelligence et son charisme font le reste. Seulement, la révolte prend une telle ampleur que les autorités de la province de Samastipur cherchent à la contrer. Mais ces gamins animés par l’énergie du désespoir font parler d’eux jusque dans les villes et une journaliste de New Dehli vient les rencontrer pour un article.

   Chaabi, la révolte cherche vraiment à sensibiliser le lecteur aux atrocités subies par les enfants en Inde (et ailleurs…). Le récit est très prenant, bien mené et une grande empathie naît pour Chaabi et ses compagnons de lutte. La question de l’utilité et de la pérennité des révoltes est habilement évoquée : combien de révoltes et de morts mais combien de victoires ? Témoigner (ce que fait cette BD) est également important puisque cela permet de ne pas oublier et de toujours garder la foi en la justice sociale. Le personnage de la journaliste est en cela primordial. Peu de remarques à faire enfin sur le dessin qui s’avère, à mon avis, très classique, voire sans surprise mais efficace pour servir le propos de l’ouvrage.

Une bande dessinée engagée sur le travail des enfants, un témoignage qui interpelle et touche en plein cœur.

Laurent avait lu la première partie et attendait la seconde avec impatience.


Richard Marazano (scénario), Xavier Delaporte (dessins), Chaabi, la révolte, première partie, Futuropolis, 2007. 80 p., 15 €. Deuxième partie, 2009, 68 p., 15 €.


Posté par Lapinoursinette à 23:24 - BD - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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