30 décembre 2009
Richard Price, Souvenez-vous de moi, Presses de la Cité, 2009.
Souvenez-vous de moi est avant tout le roman
d’un quartier de New York, le Lower East Side. Ancien quartier juif, il est
aujourd’hui représentatif de la diversité new-yorkaise : portoricains,
dominicains, artistes pour la plupart en devenir, fêtards. Quartier en
mouvement perpétuel, le Lower East Side surprend
à tout moment, à chaque coin de rue.
Puis, il y a l’ancienne présence juive,
concrètement réduite à peau de chagrin mais qui continue à survivre par la
présence des fantômes. Le Lower East Side est hanté et Price n’est pas le seul
à l’écrire : les nouvelles d’Isaac Bashevis Singer sont peuplées des mêmes
âmes, les juifs d’Europe centrale parlant yiddish qui ont péri en Pologne ou
qui ont émigré aux Etats-Unis. Pour Singer, « ils sont tous vivants
aujourd’hui. En littérature comme dans nos rêves, la mort n’existe pas. »
(Prologue de Passions, recueil de
nouvelles parues chez 10/18)
Ainsi, ce quartier si particulier constitue bien
plus qu’une toile de fond à l’enquête policière, il fait corps avec l’intrigue.
Car Souvenez-vous de moi reste bien
sûr un polar où l’inspecteur du NYPD Matty Clark enquête avec l’aide de sa
collègue Yolonda sur le meurtre d’Ike Marcus, serveur branché braqué en pleine
nuit et tué par balle. La procédure policière rythme tout le récit et l’on a
par exemple des interrogatoires de suspects retranscrits en entier : être
à ce point au cœur de l’enquête la rend passionnante et l’on voit le travail en
direct des policiers. D’où, à mon avis, quelques longueurs vers la fin du roman
quand l’enquête piétine. Mais après tout, l’effet de réel n’en est que plus
puissant.
De plus, les inspecteurs Matty et Yolonda sont, pour la peine, bien plus que des fantômes : personnalités fouillées, relations familiales difficiles. De quoi les rendre attachants. Tout comme ce polar mélancolique et résolument contemporain.
Richard Price, Souvenez-vous de moi, Presses de la Cité, 2009. (Lush Life). Traduit de l'anglais par Jacques Martinache. 534 p., 21,50 €.
06 décembre 2009
Philippe Sauve, Horizon Dakota, Presses de la Renaissance, Esprit de voyage, 2009.
Philippe Sauve a effectué 3000 km en canoë sur le
Missouri, à travers le Montana et le Dakota . Pour
lui, le voyage est une thérapie qui lui permet de se débarrasser des addictions
du citadin (écrans en tous genres), de combattre certains maux de la société
moderne (indifférence, sédentarité). Devenir un rat des rivières pour un temps
serait à son avis un bon moyen pour tout citadin de se reconnecter aux choses
essentielles et de constater que la plupart du confort matériel qui nous
entoure est superflu.
Seulement sa thérapie et son cheminement intérieur ne se
font pas sans mal puisque le Grand Boueux, tel qu’on surnomme le Missouri n’est
pas toujours tendre avec lui : tempêtes, difficultés de navigation et même
parfois paysages mornes à cause du nombre important de barrages sur le fleuve. Philipe
Sauve est parfois écœuré par son propre projet et veut même abandonner.
Mais le voyage aux États-Unis a pour lui un autre attrait : rencontrer les Amérindiens. C’est là le principal intérêt de son récit puisqu’il va notamment pénétrer dans des cérémonies secrètes et nous livrer quelques clefs pour comprendre la civilisation amérindienne. L’ethnocide dont ont été victimes les peuples indiens est évidemment largement évoqué et l’on sent toute la colère de Sauve. Il noue néanmoins de très bonnes relations également avec les Américains et fait tout au long de son voyage quelques rencontres atypiques ou chaleureuses.
Une épopée risquée sur le Missouri et une première approche intéressante des peuples amérindiens.
Philippe Sauve, Horizon Dakota : en canoë sur la rivière sacrée à la rencontre de la nation Sioux, Presses de la Renaissance, Esprit de voyage, 2009. 221 p., 16,90 €. Photographie : Sitting Bull portrait, 1885. Photograph by David Frances Barry (1854-1934).
08 novembre 2009
Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, Du monde entier, 2009.
Pour les lecteurs de Philip Roth, Nathan Zuckerman est
plus qu’un nom connu, c’est un familier dont ils ont pu suivre toute l’évolution
à travers de nombreux romans. Exit le
fantôme leur donne une dernière fois ( ? soyons optimiste, il ne meurt
pas au cours du roman…) des nouvelles de l’écrivain.
Après onze années de
réclusions volontaires à la campagne, le voilà de retour à New York, confronté
à ses contemporains qu’il ne comprend plus. Philip Roth aurait pu profiter
comme à l’habitude de cette situation prometteuse pour une analyse de l’Amérique
de 2004 : certes, il l’esquisse notamment par le bais de la réélection de
Bush fils et des utilisations abusives du téléphone portable mais il s’attache
davantage à la déchéance physique et intellectuelle de son héros. On pourra
regretter donc cette impasse sur un sujet passionnant. Mais après tout, se
questionner sur la société américaine, c’est ce que fait la majeure partie des
écrivains américains traduits en France : on aura donc de quoi se mettre
sous la dent avec d’autres romans.
Exit
le fantôme est plus le récit universel de la vieillesse et de ses ravages.
L’être tout entier se trouve réduit aux contraintes d’un corps défaillant :
difficile à vivre encore plus pour un esprit libre qui a toujours voulu se
singulariser et que le déclin rapproche des autres. Comment continuer à écrire
quand on ne se souvient plus de la page précédente ?
Une tristesse
désabusée traverse tout le texte et l’amertume qui atteint Zuckerman le fait
douter de l’avenir même de la littérature. Mais, comme on ne se refait pas, il
fantasme tout de même copieusement sur une jeune new-yorkaise et se sert de
cette relation pour retrouver sa vigueur littéraire. Pour combien de temps
néanmoins ?
« D’une façon ou d’une autre, comme une flèche ou
errant sans but, on arrive toujours à la fin du chemin. » p.197
« Il mourut comme nous mourons tous : en
parfait amateur » p. 297
Amis neurasthéniques, bonsoir !
Cathe, Gaélig de Seren dipity et Bartllebooth ont beaucoup aimé.
Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, Du monde entier, 2009. (Exit Ghost). Traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier. 326 p., 21 €.
06 octobre 2009
A.M. Homes, Le sens de la famille, Actes Sud; Lettres américaines, 2009.
Le sens de la famille est le récit autobiographique d’une
enfant adoptée, fruit d’une liaison adultérine entre un homme marié, d’âge mûr et
une jeune fille. L’enfant fut abandonné et finalement adopté par un couple d’universitaires
juifs new-yorkais. A l’âge de 30 ans, après avoir fantasmé pendant des années
sur ses parents inconnus, A.M.Homes voit surgir brutalement sa mère biologique.
Le portrait qui en est fait ressemble au rêve américain qui aurait tourné au
cauchemar : se comportant comme une petite fille, la mère est une paumée dépressive
dont la vie a été gâchée par l’abandon de sa fille. « Après 31 ans, elle
est revenue réclamer la vie qu’elle n’a jamais eue. » au point de devenir
complètement intrusive dans la vie de sa fille.
Le père, quant à lui, n’a pas
changé d’un pouce et se comporte toujours en égoïste qui protège son confort
familial. Le contraste entre la famille adoptive et les parents biologique est
tel qu’il dessine deux visions de la société américaine, deux mondes qui n’ont
tellement rien à voir qu’ils ne peuvent communiquer. A.M.Homes dissèque les
effets dévastateurs de cette schizophrénie entre le biologique et l’éducatif. Sa
vie s’en trouve bouleversée puisqu’elle se sent longtemps dépossédée de sa
propre existence.
Elle en fait un récit quasiment psychanalytique, parfois
impudique, toujours étonnant et passionnant.
Cathe a aussi aimé mais Cathulu juge l'expérience trop intime pour pouvoir aimer ou pas...
A.M. Homes, Le sens de la famille, Actes Sud, Lettres américaines, 2009. (The Mistress's Daughter). Traduit de l'américain par Yoann Gentric. 234 p., 19,80 €.
22 septembre 2009
Inaam Kachachi, Si je t'oublie, Bagdad, Liana Levi, 2009.
Zeina est une Américaine d’origine irakienne : en
2003, lors de l’intervention voulue par le gouvernement Bush, elle propose ses
connaissances en arabe à l’armée américaine. L’occasion pour elle de revenir
sur sa terre natale et pour, comme elle le croit avant son départ, offrir la
démocratie et la liberté à son propre peuple. La désillusion sera bien entendu
cruelle : elle voit son pays livré au chaos et sa grand-mère ne peut
supporter de la savoir à la botte de l’oppresseur.
Si je t’oublie Bagdad est le témoignage d’une jeune femme écartelée
entre deux pays et ce dans un contexte on ne peut plus tragique.
L’acclimatation de Zeina à son pays d’accueil s’était plutôt bien déroulée et
elle ne souffrait pas du lancinant mal du pays que connaissent beaucoup de ses
compatriotes, les « fous d’Irak ». Mais son retour pendant la guerre
la perturbe et la bouleverse considérablement : comment se sentir
américaine, comment accepter de revêtir l’uniforme que les Irakiens regardent
d’un œil noir ? Zeina se définit d’ailleurs comme « un chien à deux
niches ».
Le sujet est absolument passionnant, riche et complexe mais le
traitement reste en deçà des promesses contenues dans un tel projet. En effet,
on reste toujours dans une superficialité psychologique qui n’aide pas à embrasser
toute la complexité de la situation et les contradictions du personnage. Une
fois de plus, voilà une journaliste qui fait un très bon « papier »
sur les relations entre Irak et Etats-Unis en prenant la destinée symbolique
d’une jeune femme mais qui néglige l’aspect romanesque.
A lire néanmoins pour le sujet et parce que l’auteur est irakienne.
Inaam Kachachi, Si je t'oublie Bagdad, Liana Levi, Littérature étrangère, 2009. (Al-Hafîda al-amirikiyya). Traduit de l'arabe par Ola Mehanna et Khaled Osman. 220 p., 20 €.
01 septembre 2009
Le Blogoclub : Jacques Poulin, La tournée d'automne, Actes Sud, Léméac, Babel, 1997.
Entre Québec et la Côte-Nord, le Chauffeur traîne son spleen dans un antique bibliobus. Il rencontre Marie, une française en tournée avec un groupe de saltimbanques et de musiciens : Marie et le Chauffeur ont « la même taille, les mêmes cheveux gris » (p. 11), une vie derrière eux et le même amour des livres et des chats. Afin de découvrir le pays, Marie et ses compagnons décident de suivre le Chauffeur dans sa tournée. Ce nomadisme moderne créé imperceptiblement un attachement ému et serein entre le Chauffeur et Marie.
Voici une histoire d’amour simple et tendre où les fougueux élans passionnels n’ont pas lieu d’être. A l’automne de leur vie, Marie et le Chauffeur prennent le temps de se connaître, de passer du temps ensemble sans se presser. Ils connaissent la valeur de l’instant présent et ne cherchent pas à forcer le destin. Leur relation est toute empreinte d’une douceur et d’une tendresse infinies, d’une simplicité rendue par des phrases courtes qui vont à l’essentiel.
L’atmosphère du bibliobus et des spectacles des saltimbanques ajoutent une tonalité à la fois intimiste et magique à des moments de vie qui restent longtemps à l’esprit. Tout comme Marie et ses amis, le lecteur découvre également les paysages québécois avec le Chauffeur pour guide.
Une belle histoire d’amour dont la simplicité pourra néanmoins sembler fade à certains lecteurs.
« Les livres sont comme les chats, on ne peut pas toujours les garder. » (p.123)
Pour d'autres avis, allez faire un tour sur le blog de Sylire qui centralise les participants du Blogoclub.
Par ailleurs, bonne rentrée à tous (sous un ciel pluvieux en région parisienne...), particulièrement à Aurélilélé qui entame aujourd'hui même un IUT Métiers du livre! Espérons que les cours lui laisseront un peu de temps pour continuer son blog ;D
Jacques Poulin, La tournée d'automne, Actes Sud, Léméac, Babel, 1997. 192 p., 6,50 €.
31 août 2009
Daniel Kehlmann, Les arpenteurs du monde, Actes Sud, Lettres allemandes, 2007.
Peut-on
faire sourire, voire rire en racontant la destinée de scientifiques allemands
du 18 ème siècle ? Non, évidemment, est-on tenté de répondre. Daniel
Kehlmann, lui ne le voit pas de cet œil : ses arpenteurs du monde relèvent
brillamment le défi de divertir avec un
matériau a priori pas très amusant. Ainsi, il mêle les biographies d’Alexander
Von Humboldt et de Carl Friedrich Gauss en un récit digne des meilleurs livres
d’aventures de notre enfance.
Von Humboldt (1769-1859) est un naturaliste
explorateur qui a parcouru une partie de l’Amérique. Il a notamment confirmé
l’existence du canal naturel de Cassiquiare reliant l’Orénoque et l’Amazone.
Gauss (1777-1855) a une vie a priori moins palpitante puisqu’il est mathématicien et
physicien.
Seulement, Kehlmann transforme ces deux scientifiques en de
véritables figures romanesques : le premier parcoure le globe, obsédé par
les mesures (dès qu’il voit une montagne, il l’escalade afin de déterminer sa
position géographique, sa hauteur, afin d’herboriser et d’éventuellement récupérer
les pauvres bêtes qui passent par là !) et flanqué d’un médecin français
Aimé Bonpland, qui souffre des aléas du voyage. Bonpland et Von Humboldt forment
d’ailleurs un couple désopilant qui rappelle les meilleurs duos du cinéma
burlesque.
Le second est un génie trop en avance sur son temps qui s’étonne du
manque de vivacité intellectuelle de ses contemporains, d'où un caractère particulièrement irascible. Gauss est ainsi
plongé toute sa vie dans une insondable mélancolie que seules les mathématiques
peuvent apaiser.
Le burlesque s’immisce dans toutes leurs relations sociales :
en effet, l’un est inadapté à son temps et l’autre en contact permanent avec
l’inconnu, ce qui provoque le plus souvent des situations comiques. Les arpenteurs du monde s’interroge également
sur le statut des scientifiques dans une société donnée et sur les rapports
qu’ils entretiennent avec les pouvoirs.
Au final, Kehlmann signe un roman étonnant, plein de vitalité mais régulièrement traversé par de sourdes poussées mélancoliques. Réjouissant!
Merci à Pierre pour ce beau cadeau! Kathel et Zarline ont beaucoup aimé également.
Daniel Kehlmann, Les arpenteurs du monde, Actes Sud, Lettres allemandes, 2007. (Die Vermessung der Welt). Traduit de l'allemand par Juliette Aubert. 298 p., 21 €. Existe en poche chez Babel, 8,50 €.
28 août 2009
Catherine Mavrikakis, Le ciel de Bay City, Sabine Wespieser Editeur, 2009.
Le ciel de Bay City confronte le nouveau monde et son
absence de passé, sa volonté d’amnésie à la vieille Europe, lourde des guerres
et des atrocités perpétrées sur ces terres. Amy est une jeune américaine dont
la famille maternelle a péri dans les camps nazis. La mère et la tante d’Amy
ont décidé de ne pas transmettre la mémoire du génocide.
Pourtant les nuits
d’Amy sont peuplées des horreurs de la Shoah tandis que la vie américaine
s’écoule dans l’ennui et le confort matériel. Cette confrontation presque
indécente s’incarne dans l’apparition grotesque des fantômes des grands-parents
d’Amy, morts à Auschwitz. Leurs corps décharnés et torturés s’immiscent dans la
maison kitsch et proprette de la famille : pour le moins, le symbole s’avère
incongru et dérangeant…Tout comme l’ensemble de ce récit nihiliste, difficile à
lire à cause de toutes les horreurs qu’il charrie.
Si l’Europe n’a plus
rien à apporter à Amy avec son ciel plombé par les cendres des corps brûlés,
l’Amérique n’a même pas la capacité à pacifier la jeune fille : le ciel y est
constamment mauve, asphyxié par les fumées toxiques des usines automobiles, les
corps américains pollués et dénaturés par la société d’hyper-consommation.
L’air et le feu sont les éléments destructeurs et c’est donc par l’eau qu’Amy
tente de se purifier. Enceinte, elle se baigne dans le Gange qui lave de
l’ignominie et l’enfantement de sa fille Heaven semble la sortir du marasme.
Mais un enfant seul peut-il protéger des horreurs de l’humanité ?
Si les
questionnements soulevés à travers ce livre sont habilement traités, il n’en
reste pas moins que les obsessions funestes de l’héroïne et son extrême
pessimisme (compréhensible au demeurant…) rendent la lecture pénible. Il est
certes du devoir de chaque humain de s’interroger sur la barbarie mais, à mon
sens, ce roman est à ce point nihiliste qu’il ne laisse aucune place à
l’espoir.
Pour résumer, une lecture éprouvante qui ne peut pas laisser indifférent.
Catherine Mavrikakis, Le ciel de Bay City, Sabine Wespieser Editeur, 2009. 294 p., 21 €.
24 août 2009
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008.
John
Vogelin est un dur à cuire : vieux rancher du Nouveau-Mexique, il a passé
toute sa vie sur une terre désertique et inhospitalière. Mais pour lui, ce
désert peuplé de cougars et de coyotes est le paradis sur terre et rien ni
personne ne pourra l’en chasser. Ainsi, lorsque l’Armée décide de l’exproprier
pour y installer un champ de tir de missiles (nous sommes dans les années
soixante et la Guerre Froide est à son
plus fort), le vieux Vogelin, têtu comme une mule, s’accroche à sa terre et
refuse de partir. Son petit-fils, Billy, présent pour les vacances d’été, l’admire
et l’épaule dans son combat désespéré.
Si le rapport de force entre le pouvoir américain et
le vieil homme amoureux du désert et de la solitude constitue le cœur du récit,
Abbey n’en néglige pour autant pas le portrait d’un homme, certes entêté, mais
admirable d’intégrité. Droit dans ses bottes, le rancher ne cède pas un pouce
de terrain ; son côté bourru cache évidemment une sensibilité qui s’exprime
dans les rapports qu’il entretient avec son petit-fils.
Vogelin agit certes par
intérêt personnel mais son attitude symbolise la
vision critique d’un pays matérialiste qui néglige la splendeur de ses grands
espaces. D’où, bien évidemment, de magnifiques descriptions de paysages lors
des chevauchées à travers le désert. Une profonde sérénité émane de ces
passages et la relation apaisée entre les hommes et la nature est considérée
comme un art de vivre.
Une ode sans concession à la nature et à l’engagement : salutaire, encore (surtout?) de nos jours…
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008. (Fire on the Mountain). Traduit de l'anglais par Jacques Mailhos. Première parution américaine : 1962. 211 p., 22 €.
07 juillet 2009
Joyce carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau cabinet cosmopolite, 1998.
Refermer le livre d’Oates revient à se
séparer d’une famille dont chaque membre nous était devenu aussi intime (voire
peut-être même plus) que notre propre famille ou nos amis. Mais longtemps
après, les Mulvaney continuent à nous habiter : lorsque l’on voit une
jeune fille d’une bonté touchante mais peut-être trop naïve pour le monde qui l’entoure,
lorsqu’on écoute un adolescent sûr de lui, frondeur et inexpérimenté aussi,
lorsqu’une maman un peu follette mais tellement enthousiaste et sympathique nous
parle avec passion de choses et d’autres. Les Mulvaney ont une telle profondeur
qu’ils deviennent réels et lire leur histoire pousse parfois à la langueur,
souvent à une tristesse à faire pleurer les pierres.
Ce livre est ma première
rencontre avec l’écriture de Joyce Carol Oates et sa connaissance aiguisée de l’âme
humaine : j’ai vécu deux semaines en communion avec les Mulvaney,
ressentant leur propension au bonheur et leur chute du Paradis presque comme si
elles étaient miennes. Ainsi, parfois, lorsqu’une œuvre touche à des régions trop
sensibles, on l’adore mais on aime aussi la quitter. Certes, l’épilogue qui clôt
la longue histoire des Mulvaney apporte une note d’espoir mais c’est la souffrance
violente, la lâcheté des parents et l'injustice infligée aux enfants que l’on retient, qui
hante le lecteur…et que l’on veut oublier.
Quelques jours après avoir fini le livre,
je m’efforce de repenser à l’amour qui a pu unir les Mulvaney à un moment de
leur histoire, à la place merveilleuse qu’occupent les animaux dans leurs cœurs,
à leur fantaisie et leur singularité.
Merci au Blogoclub de m’avoir fait découvrir ce grand livre américain ! Pour plus d’informations sur le résumé et pour d’autres impressions de lecture, allez voir les blogs de Sylire et Lisa qui recensent tous les billets sur Nous étions les Mulvaney.
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau Cabinet Cosmopolite, 1998. (We Were the Mulvaneys, 1996). Traduit de l'anglais par Claude Seban. 597 p., 23 €.
