20 juillet 2009
Yves Grevet, Meto, La maison, Syros jeunesse, 2008.
64
enfants vivent dans une étrange maison au fond d'un cratère volcanique. Sous la
coupe de surveillants identiques appelés les Césars, leur quotidien est régi
par une discipline de fer qui ne souffre aucun écart sous peine de punitions
effrayantes. Les plus anciens savent qu'un jour, ils devront quitter la Maison.
Mais qu'y a-t-il après? Et pourquoi sont-ils là? Meto veut en savoir davantage
et s'aperçoit peu à peu qu'il n'est pas le seul.
Meto décrit un univers carcéral qui a une emprise à la fois
physique et psychologique sur les enfants. On pense bien sûr à Orwell pour ce
fonctionnement dictatorial où la pensée même est soumise à l’oppresseur. Le
fonctionnement de la maison a sa logique propre qui reste néanmoins opaque pour
nous qui n’y sommes pas initiés. D’où la fascination qu’exerce la description
minutieuse de la Maison et des parades qu’ont trouvé les enfants pour
communiquer ; en effet, dans ce monde cruel, la solidarité entre les enfants
est la seule respiration du récit.
Au fur et à mesure de la lecture, le malaise
grandit et le mystère s’épaissit : une fois Meto ouvert, difficile de le refermer !
La maison est le premier tome d’une trilogie : à suivre !
Yves Grevet, Meto Volume 1, La maison, Syros jeunesse, 2008. 288 p., 14,90 €.
02 juin 2009
Viviane Moore, Marie-Claire Pajeile, 79° Nord, Elytis, 2009.
Viviane Moore est connue pour ses
romans policiers historiques, notamment publiés chez 10/18 ou dans la
collection Labyrinthes des Editions du Masque. Lors d’une mission
franco-norvégienne sur l’archipel du Spitzberg, situé non loin du Pôle Nord,
Viviane Moore a rencontré l’illustratrice Marie-Claire Pajeile. De ce voyage et
de cette rencontre est né 79° Nord.
Ce court polar met en scène un inspecteur
de police norvégien, Erik Olsen. Il est appelé en renfort sur l’archipel pour
élucider le meurtre d’une jeune femme, Olga, tuée à coups de hache. L’enquête
sur l’assassinat d’Olga se double pour Erik, d’une quête personnelle : la
recherche de ses propres origines. Erik Olsen est en effet né sur cet archipel
dans des circonstances mystérieuses et il n’a pas connu ses parents, tous deux
morts à Spitzberg.
Voici un policier sans prétentions, de bonne facture et qui
se lit d’une traite. L’intrigue n’est pas en soi renversante mais elle s’avère
cohérente et mêle habilement les histoires d’Olga et d’Erik. Comme le dit l’un
des habitants de Spitzberg, « ici, rien n’est pareil. » : Viviane
Moore parvient à rendre l’atmosphère particulière de ces îles arctiques. La
mélancolie, la langueur et le fatalisme qui habitent les protagonistes
réussissent même à adoucir la violence du meurtre et des relations sociales.
Tout semble figé sous le soleil éternel et froid du Grand Nord et les
révélations qui sont faites à Erik sur son passé, à la toute fin du roman,
paraissent d’autant plus troublantes.
Les illustrations de Marie-Claire Pajeile
qui ponctuent le récit, montrent de grands espaces désolés désertés par les
hommes.
Une agréable escapade dans le « pays aux côtes glaciales », une lecture émouvante et mélancolique.
Viviane Moore (texte), Marie-Claire Pajeile (illustrations), 79° Nord, Elytis, 2009. 141 p., 10 €.
04 mai 2009
Jorgen-Frantz Jacobsen, Barbara, Babel, 2009.
Barbara est l’unique roman, resté inachevé, de
Jorgen-Frantz Jacobsen, poète des Iles Féroé. Barbara est une femme-enfant
impétueuse : elle suit ses désirs et les inclinations de son cœur sans
jamais écouter sa raison. La vie irradie en elle et chacun à son approche se
sent immédiatement séduit. Parfois naïve et inconsciente de son pouvoir,
parfois enjôleuse et manipulatrice, Barbara tourne toutes les têtes masculines.
Elle est évidemment le grain de sable, la pécheresse de la communauté :
sur les Iles Féroé au début du siècle, les habitants sont loin de tout et
vivent en vase clos ; une telle femme ne peut que susciter de vives
réactions. Après avoir déjà épousé deux prêtres, la voilà mariée à Monsieur
Paul, le nouveau prêtre fraîchement débarqué. Homme faible et insignifiant,
Monsieur Paul est envoûté par sa femme qu’il peine à comprendre et à garder
près de lui.
Barbara est le très beau portrait d’une femme fascinante, à la fois
merveilleuse et agaçante. Son trop-plein d’amour et de liberté ne peut que lui
nuire : Barbara est une héroïne de tragédie, artisane de son propre
malheur.
Si Barbara est évidemment la figure centrale du roman, Monsieur Paul par
son inconsistance et son impuissance en devient un personnage également majeur.
La communauté des Iles Féroé est rendue avec beaucoup de réalisme et les
notables, tout comme les marins ou les petites gens importent dans l’histoire.
Ce roman est aussi complètement lié à son environnement et les descriptions de
paysages sont tour à tour effrayantes, mélancoliques ou apaisantes.
Le très beau portrait d'une femme hors du commun.
Jorgen-Frantz Jacobsen, Barbara, Babel, 2009. Traduit du danois par Karen et André Martinet (Barbara). Préface de Dominique A. 376 p., 8,50€.
03 décembre 2008
Christophe Chabouté, Tout seul, Vents d'ouest, 2008.
Par la destinée d’un être hors normes, « Tout seul », qui vit sur un caillou, Chabouté signe un hymne à l’imaginaire : quelle que soit la situation, même la plus extrême, la pensée reste l’ultime sortie de secours. Mais cette histoire souligne que l’esprit humain a aussi besoin d’être nourri, de mots, d’images, de rencontres.
Ce qui me frappe en lisant la même semaine Quelques jours d’été et Tout seul, publiées à 9 ans d’écart, c’est la constance et l’affirmation de la patte chaboutienne : des qualités graphiques et narratives certaines, des personnages profondément attachants, des histoires simples et universelles. D’une BD à l’autre, les dialogues se sont raréfiés, ce qui donne plus de force narrative encore aux images. La bande dessinée, comme le cinéma à ses débuts, est un art de l’image où les mots sont parfois superflus ou redondants et Chabouté l’a bien compris.
N’hésitez pas à rejoindre "Tout seul" sur son caillou et vous ne regarderez plus votre dictionnaire de la même façon !
Un coup de coeur de Cathe également à lire sur son blog très complet et fort réussi Les routes de l'imaginaire.
Christophe Chabouté, Tout seul, Vent d'ouest, 2008. 368 p., 28 €.
