24 août 2009
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008.
John
Vogelin est un dur à cuire : vieux rancher du Nouveau-Mexique, il a passé
toute sa vie sur une terre désertique et inhospitalière. Mais pour lui, ce
désert peuplé de cougars et de coyotes est le paradis sur terre et rien ni
personne ne pourra l’en chasser. Ainsi, lorsque l’Armée décide de l’exproprier
pour y installer un champ de tir de missiles (nous sommes dans les années
soixante et la Guerre Froide est à son
plus fort), le vieux Vogelin, têtu comme une mule, s’accroche à sa terre et
refuse de partir. Son petit-fils, Billy, présent pour les vacances d’été, l’admire
et l’épaule dans son combat désespéré.
Si le rapport de force entre le pouvoir américain et
le vieil homme amoureux du désert et de la solitude constitue le cœur du récit,
Abbey n’en néglige pour autant pas le portrait d’un homme, certes entêté, mais
admirable d’intégrité. Droit dans ses bottes, le rancher ne cède pas un pouce
de terrain ; son côté bourru cache évidemment une sensibilité qui s’exprime
dans les rapports qu’il entretient avec son petit-fils.
Vogelin agit certes par
intérêt personnel mais son attitude symbolise la
vision critique d’un pays matérialiste qui néglige la splendeur de ses grands
espaces. D’où, bien évidemment, de magnifiques descriptions de paysages lors
des chevauchées à travers le désert. Une profonde sérénité émane de ces
passages et la relation apaisée entre les hommes et la nature est considérée
comme un art de vivre.
Une ode sans concession à la nature et à l’engagement : salutaire, encore (surtout?) de nos jours…
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008. (Fire on the Mountain). Traduit de l'anglais par Jacques Mailhos. Première parution américaine : 1962. 211 p., 22 €.
04 avril 2009
Florian Rochat, Cougar corridor, La Passage, Polar, 2009.
Voici un livre qui a priori avait tout pour me plaire : un polar écolo dans les grands espaces du Montana ! Au final, et sans être totalement objective, je dirais que j’ai pris plaisir à lire Cougar Corridor, et ce, pour les informations que j’ai pu apprendre sur les cougars (ou lions de montagne) et pour les thèses écologistes défendues.
Mais il faut bien reconnaître que ce livre n’est pas une pleine réussite. En effet, Florian Rochat, un journaliste suisse dont c’est le premier roman, semble s’être fixé un cahier des charges avec les thèmes suivants : cougars/écologie/défense des espaces naturels/indiens d’Amérique spoliés. Seulement, cela ne suffit pas pour faire un roman convaincant : les personnages sont certes sympathiques mais restent trop caricaturaux et l’intrigue m’a paru un peu invraisemblable. L’écriture est maîtrisée mais il n’y a pas de style propre. Dommage car l’auteur connaît parfaitement son sujet et aborde des idées qu’il me semble important de défendre.
Ainsi, le morcellement des espaces sauvages par l’extension des habitations humaines et des infrastructures afférentes est une menace pour la faune : l’humain s’invite sur le territoire de l’animal et empêche alors la reproduction et tout simplement la survie des espèces. Ici, la question des cougars est abordée avec les risques mortels que peut engendrer la confrontation entre le félin et l’humain, mais il en est de même en France (et partout ailleurs dans le monde !), pour toutes sortes d’espèces sauvages : un petit mammifère comme le hérisson par exemple a besoin de 10 hectares au moins pour vivre! On peut imaginer sans peine le nombre de dangers mortels que les hérissons sont susceptibles de rencontrer sur une telle surface…Bref, je m’égare ! Mais sachez que cette idée est largement abordée et débattue dans Cougar Corridor.
Ce roman est donc plus l’occasion de réfléchir à la place de l’être humain sur la Terre que de lire un polar efficace, mais c’est déjà, pour moi, un très bon début (mais je l'ai dit, je ne suis pas objective!)
A voir : le site de Florian Rochat consacré aux cougars. A lire, Les avis positifs du blog Zonelivre et de la librairie Soleil Vert.
Florian Rochat, Cougar corridor, Le Passage, Polar, 2009. 235 p., 18€.
18 mars 2009
Lire en VO
Me voilà de retour après une longue interruption. Je viens de passer une semaine dans le Dorset
en Angleterre pour un séjour linguistique en immersion totale : cours d’anglais
le matin, repas et visites de la région avec la prof…et lectures in english of
course !
Tous les apprenants sont différents mais pour moi, une chose est
certaine : les livres bilingues sont mes ennemis ! Je lorgne en effet
directement sur la page en français et, prise par le plaisir facile de la
lecture dans ma langue maternelle, j’oublie bien vite mes bonnes résolutions…
Si
vous êtes comme moi, je ne saurais que vous conseiller deux types d’ouvrages :
tout d’abord, la collection « Lire en anglais » au Livre de Poche
(cette collection existe dans d’autres langues). Ici, point de traduction mais
sur une page, le texte original et en regard, des annotations, des points de
grammaire et du vocabulaire pour aider à la compréhension. Ainsi, non
seulement, on est obligé de lire en VO (puisqu’il n’y a pas de traduction !)
mais en plus, la page d’aide permet une lecture relativement fluide sans
recours fastidieux au dictionnaire ou au livre de grammaire. Dans cette
collection se trouvent des auteurs du XXème siècle tels que Bradbury, Greene,
Joyce, Hemingway…Les recueils de nouvelles sont aussi une bonne approche :
English Ghost Stories, Nine English Short Stories…
Ensuite, et c’est ce que j’ai
lu en Angleterre, les textes en anglais « simplifié ». Pour ce type d’ouvrages,
il y a, à mon avis, des avantages et quelques petits inconvénients. Les
avantages : Penguin propose dans sa collection "Penguin Readers" un large
choix de livres anglais, américains, classiques ou contemporains. Les textes
originaux sont réécrits selon un niveau de difficulté évalué par rapport au
nombre de mots de vocabulaire que l’on connaît. Ainsi, le Level 1 (beginner)
propose des textes avec 300 mots et le Level 6 (advanced) va jusqu’à 3000 mots.
Ces différents niveaux permettent de lire dans une langue étrangère même après
2 ou 3 ans d’apprentissage et d’augmenter progressivement la difficulté. Chaque
livre propose en sus un glossaire et des questions de compréhension. Il existe
également des versions livre + CD avec le texte lu : de quoi améliorer
aussi la compréhension orale et l’accent ! Grâce à Penguin Readers et à
Macmillan Readers, j’ai ainsi pu lire The Secret Garden de Frances Hodgson
Burnett et Far From The Madding Crowd de Thomas Hardy.
Les inconvénients :
puisque la langue est réécrite et simplifiée, le style de l’auteur disparaît
complètement ! La langue est très neutre et va à l’essentiel :
descriptions courtes, beaucoup de faits et peu d’enrobages. On perd ainsi le
charme inhérent à la littérature…Mais je reste tout de même convaincue que c’est
une bonne approche de la lecture en langue étrangère pour ceux qui n’ont pas la
chance d’être polyglotte.
Un mot rapide sur les deux textes : The Secret
Garden est un classique de la littérature jeunesse. Où l’on voit l’importance de
l’amitié entre les enfants et l’épanouissement que peut apporter la nature. Un
très beau texte bucolique et plein d’espoir. Far From The Madding Crowd, publié
en 1874, est l’un des premiers textes de Thomas Hardy. Je gardais un souvenir
très fort de Jude l’Obscur et Far From The Madding Crowd m’a bien plu (le relirai-je
en version « normale » ou en français ??). Hardy avait le don de
créer des personnages masculins marquants : Gabriel Oak
est un fermier qui restera attaché toute sa vie à la même femme alors même qu’elle
le dédaigne. Un beau portrait également de la ruralité anglaise au XIXème
siècle. La traduction française Loin de la foule déchaînée parue au Mercure de France ne semble plus disponible et la BD Tamara Drewe de Posy Simmonds, parue récemment chez Denoël Graphic en est librement inspirée.
Pour plus d’informations : le site de Penguin et celui de Macmillan.
Thomas Hardy, Far From The Madding Crowd, Penguin Readers, Level 4, 60 p. + 2 CD, prix variable.
Frances Hodgson Burnett, The Secret Garden, Macmillan Readers, Level 4, 88p. + 2CD, prix variable.
14 janvier 2009
Jacques A. Bertrand, Les sales bêtes, Julliard, 2008.
Jacques A. Bertrand dresse le portrait d’une
vingtaine de bêtes souvent qualifiées de « nuisibles » : il
convoque la science, l’histoire, ou
encore la linguistique pour réhabiliter le pou, l’araignée, la chouette ou le
serpent. Il s’amuse à souligner les relations étroites qu’entretiennent ces
sales bêtes avec l’homme : son texte est truffé de références et de
citations qui prouvent bien à quel point les bêtes et l’homme sont
indissociables.
Certes, la description est souvent anthropomorphique (ce qui
habituellement me hérisse le poil !) mais cette fois, le procédé est
justifié puisqu’en regard, l’être humain est « animalisé ». Chaque bête
a droit à quatre ou cinq pages, ce qui permet de picorer et de goûter par
petites bouchées la douce ironie et le ton humoristique et savant de Bertrand. Tout
en légèreté, il nous prouve que l’une des dimensions primordiales de l’animal est
la place qu’il occupe dans notre imaginaire.
Ce livre est évidemment à mettre en
parallèle avec ceux de Gilles Bonotaux, Les
sales bêtes, ni sales, ni bêtes ! et Coupables ? Non coupables ? Le procès des animaux,
davantage destinés à un public jeunesse mais tout à fait réjouissant également.
Dans une veine plus sérieuse et plus pragmatique, on trouve enfin le dernier livre d’Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) qui lance un cri d’alarme quant à la façon dont l’humain maltraite le monde animal. Alors, la mouche ou le loup sont-ils vraiment plus nuisibles que l’homme ?
Jacques A. Bertrand, Les sales bêtes, Julliard, 2008. 130 p., 15€.
Gilles Bonotaux, Les sales bêtes, ni sales, ni bêtes!, Milan Jeunesse, 2006. 44 p., 12€.
Gilles Bonotaux, Hélène Lasserre, Coupables? Non coupables? : le procès des animaux, Milan Jeunesse, 2007. 45 p., 12, 50€.
Allain Bougrain-Dubourg, Sales bêtes? Respectons-les, Arthaud, 2008. 203 p., 15€.
24 novembre 2008
Gunnar Staalesen, Fleurs amères, Gaïa, 2008.
Voici la première édition en français d’un texte paru en Norvège en 1991 : une édition tardive certainement liée au succès actuel des polars scandinaves. Mais bien mal m’en prendrait que de critiquer Gaïa de vouloir tirer son épingle du jeu ! Historiquement, cette maison publie depuis bien longtemps des auteurs scandinaves contemporains et œuvre beaucoup pour la reconnaissance de cette littérature.
Pour moi, il s’agit de la première enquête de l’inspecteur Varg Veum dans laquelle je me plonge et malheureusement la déception a été au rendez-vous. Ce polar m’a paru banal, sans grand intérêt. L’intrigue n’a pas éveillé ma curiosité, la langue m’a paru plate et les quelques considérations géopolitiques sur la Guerre Froide sont maintenant dépassées…Certes, le meurtre sur lequel Veum enquête est lié à une entreprise polluante mise sur la sellette par des militants écologistes (ce qui prouve, si besoin, que certains peuples n’ont pas attendu le réchauffement climatique pour se préoccuper d’écologie !), certes, certaines descriptions de paysages norvégiens valent la peine de s’y arrêter…mais pour moi, l’aventure a tourné court et je n’ai pas réussi à terminer ces fleurs bien amères.
J’ai tout de même été rassurée par l’une de mes collègues qui a lu tout Staalesen et qui m’a assuré que ces autres polars sont bien meilleurs et qu’elle avait également été fort déçue par celui-ci. Je persisterai donc en reprenant rendez-vous une prochaine fois avec Varg Veum.
Le point de vue de Jeanjean, un spécialiste du polar sur son blog Moisson noire
Gunnar Staalesen, Fleurs amères, Gaïa, Polar, 2008. Traduit du norvégien par Alexis Fouillet, 363 p. + 1 CD, 22€.
