Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

07 décembre 2009

Matthias Debureaux, De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages, Editions Cavatines, 2005.

exploraseur   Vous l’aurez peut-être remarqué, les récits de voyage ont constitué la majeure partie de mes lectures ces dernières semaines. Pour finir ce petit « cycle », voici un ouvrage terriblement grinçant : le manuel du parfait exploraseur !

   Matthias Debureaux, journaliste voyageur, s’est amusé à recenser les clichés, les figures de style et les passages obligés qui émaillent tous récits de voyage qui se respectent. L’exercice est vachard et tout à fait réaliste : on se reconnaitra tous un peu dans ces conseils entre vantardise et fausse humilité…

   Un petit livre amusant à faire lire aux amateurs de récits de voyages, aux voyageurs et aussi à ceux qui détestent voyager!

   « Chiant qui, comme Ulysse a fait un beau voyage. » p.9.


Matthias Debureaux, De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages, Le manuel du parfait exploraseur, Editions Cavatines, 2005. 42 p., 6 €.

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06 décembre 2009

Philippe Sauve, Horizon Dakota, Presses de la Renaissance, Esprit de voyage, 2009.

334px_Sitting_Bull   Philippe Sauve a effectué 3000 km en canoë sur le Missouri, à travers le Montana et le Dakota . Pour lui, le voyage est une thérapie qui lui permet de se débarrasser des addictions du citadin (écrans en tous genres), de combattre certains maux de la société moderne (indifférence, sédentarité). Devenir un rat des rivières pour un temps serait à son avis un bon moyen pour tout citadin de se reconnecter aux choses essentielles et de constater que la plupart du confort matériel qui nous entoure est superflu.


   Seulement sa thérapie et son cheminement intérieur ne se font pas sans mal puisque le Grand Boueux, tel qu’on surnomme le Missouri n’est pas toujours tendre avec lui : tempêtes, difficultés de navigation et même parfois paysages mornes à cause du nombre important de barrages sur le fleuve. Philipe Sauve est parfois écœuré par son propre projet et veut même abandonner.


   Mais le voyage aux États-Unis a pour lui un autre attrait : rencontrer les Amérindiens. C’est là le principal intérêt de son récit puisqu’il va notamment pénétrer dans des cérémonies secrètes et nous livrer quelques clefs pour comprendre la civilisation amérindienne. L’ethnocide dont ont été victimes les peuples indiens est évidemment largement évoqué et l’on sent toute la colère de Sauve. Il noue néanmoins de très bonnes relations également avec les Américains et fait tout au long de son voyage quelques rencontres atypiques ou chaleureuses.


Une épopée risquée sur le Missouri et une première approche intéressante des peuples amérindiens.


Philippe Sauve, Horizon Dakota : en canoë sur la rivière sacrée à la rencontre de la nation Sioux, Presses de la Renaissance, Esprit de voyage, 2009. 221 p., 16,90 €. Photographie : Sitting Bull portrait, 1885. Photograph by David Frances Barry (1854-1934).


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25 novembre 2009

Michael Palin, Le tour du monde en 80 jours par un Monty Python, Hoëbeke, Etonnants voyageurs, 2009.

palin   Faire le tour du monde en compagnie de Phileas Fogg promet de belles aventures ; quand on remplace Fogg par un Mython Python, l’aventure promet en plus d’être piquante et« so british » !

   En 1988, Michael Palin, accompagné d’une équipe de la BBC qui joue le rôle de Passepartout, met ses pas dans ceux du héros de Jules Verne pour un tour du monde oublieux de la modernité et de ses avions. Ce tour du monde est un hommage permanent aux trains et aux bateaux puisque Palin y passe la majeure partie de son temps. Et on sait bien qu’on ne voyage pas de la même façon en restant à fleur de globe terrestre que dans les airs.

   Les bateaux offrent par exemple un double dépaysement : Palin et Passepartout traversent ainsi l’Océan Indien à bord d’un porte-conteneurs dont l’équipage est principalement slave. L’art du décalage permanent !


   L’humour caustique est évidemment au rendez-vous mais également l’ouverture d’esprit, la tendresse même, envers les personnes rencontrées. On s’amuse aussi de son sens de l’observation aiguisée. Curieusement, Palin compare nombre de pays extrêmement lointains à sa chère Angleterre : on apprendra entre autres que les boutiques mal éclairées du Shanghai des années 80 rappellent celles du Sheffield des années 50 !


N’hésitez pas à partir au loin avec un Monty Python : non, il ne vous giflera pas avec un poisson mais au contraire il vous mènera de sa belle plume dans un voyage échevelé et fort sympathique.


Michael Palin, Le tour du monde en 80 jours par un Monty Python, Hoëbeke, Collection étonnants voyageurs, 2009. (Around The World in 80 Days). Traduit de l'anglais par Béatrice Vierne. 331 p., 22,50 €.

Photos de couverture : John Hryniuk/Sygma/Corbis. Michael Palin. Angela Elbourne. Couverture : Atelier Didier Thimonier.


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24 novembre 2009

David Fauquemberg, Nullarbor, Hoëbeke, Etonnants voyageurs, 2007.

nullaborPour certains, le voyage est une quête, un moyen de se rencontrer soi-même. Pour d’autres, il est une fuite en avant, une recherche extrême, sans but défini à l’avance. Pour ceux-là, il y a Nullarbor (tout est dans le nom !), un enfer terrestre tout en désolation, moiteur et solitude.

   Nullarbor est une vaste plaine de l’ouest australien, peuplée de freaks, de paumés, d’illuminés qui ont peut-être quelque chose à y gagner, beaucoup à y perdre. David Fauquemberg s’y plonge sans états d’âme, ni ambitions, si ce n’est aller toujours plus loin. La plaine traversée, le voilà embarqué pour un autre cauchemar, maritime celui-ci : désargenté, il part pour une campagne de pêche au thon qui se transforme en boucherie d’une violence irréelle et nauséeuse. Enfin, il échoue chez les Aborigènes et devient le protégé d’Augustus, ancien hippie, ancien de la guerre du Vietnam.


   Le récit entier a des allures de bad trip qui s’adoucit quelque peu au contact des « Abo ». Mais les côtoyer revient à s’affranchir de ses propres codes culturels. Les Aborigènes lisent et comprennent le paysage avec une acuité inégalable et ils sont tellement imprégnés par leur environnement que l’on atteint vite un autre degré de conscience et par là même de réalité. Le monde est nimbé d’une aura surnaturelle, étrange et déroutante, à l’image de ce récit atypique.


Une expérience hors-limite dans une Australie ancestrale et inquiétante.

David Fauquemberg, Nullarbor, Hoëbeke, Collection Etonnants voyageurs, 2007. 186 p., 18 €. Photo de couverture : DR. Couverture : Massin.

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16 novembre 2009

Henri Calet, L'Italie à la paresseuse, Le Dilettante, 2009.

calet   1949. Henri Calet quitte son Paris familier pour l’Italie : un ami l’y invite comme journaliste à un congrès sur le méthane. Padoue, Venise, Rome : autant de noms sur-référencés, autant de villes sur lesquelles tout ou presque a été écrit. N’oublions pas en effet que le voyage en Italie était une étape incontournable pour la formation de l’artiste français, un certain Stendhal immortalisant même cette overdose culturelle.

 

   Calet, lui, absorbé par ses congrès gazeux, jette un regard oblique sur le pays et fait surgir une autre Italie, peut-être moins éternelle mais plus quotidienne. Les courses de lévriers plutôt que la chapelle Sixtine, les Vespas menaçantes plutôt que la magnificence du passé. De toutes façons, ce voyageur distrait se promène toujours de nuit : « Le Grand Canal dans les ténèbres n’a plus aucun secret pour moi. » p.99.

   Il est fatigué également par sa propre présence et n’arrive pas à s’en échapper : « Ce qui rend les voyages à peu près inutiles, c’est que l’on se déplace toujours avec soi, avec les mêmes pensées, le même passé, les mêmes ennuis, le même tour d’esprit, les mêmes appréciations sur les choses et les gens. Où que l’on se trouve, on n’est jamais seul. » p.184


   Le lecteur se trouve bien heureux pour sa part de sillonner nuitamment l’Italie en compagnie d’Henri Calet : nonchalant, anecdotique et chargé de regret, voilà son voyage personnel !


Henri Calet, L'Italie à la paresseuse, Journal de voyage, Le Dilettante, 2009. Première parution chez Gallimard en 1950. 186 p., 17 €. Couverture : Atelier Civard.


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15 novembre 2009

Hadrien Rabouin, Le journal d'Hadrien et Camomille, 1300 km à travers le France, Editions du Rocher, 2009.

hadrienJe quitte Bernard Ollivier, 70 printemps pour rejoindre Hadrien et ses 17 ans : deux voyages, deux âges de la vie, une même envie de prendre la route. Le projet d’Hadrien a été particulièrement médiatisé et peut-être avez-vous entendu parler de ce jeune homme accompagné d’une vache qui a parcouru durant l’été et l’automne 2008, 1300 km à travers les campagnes françaises.

   Marcher pour rencontrer les savoir-faire des artisans (potier, forgeron…) et collecter des noms de plantes, marcher pour éprouver la solitude et la solidarité, marcher pour se connaître au côté d’un animal de bât insolite. Hadrien est un être en formation et se pose comme tel lors de ses rencontres : « on me demande de parler, de livrer mes secrets. Mais moi, je ne suis rien. Plus tard peut-être. […] A ceux qui m’interrogent, je réponds volontiers : « Ce n’est pas à moi de parler mais à vous. Mon rôle est d’écouter. » » p. 72 Son voyage est donc initiatique mais déjà se dessinent des envies, des choix de vie : la simplicité, l’harmonie avec la nature, la réflexion. Hadrien parle peu de lui et son journal est le plus souvent factuel mais les quelquefois où il se livre sont d’autant plus touchantes. Puis la complicité avec Camomille apporte beaucoup à son récit.


  Par la marche et le dépouillement, Hadrien questionne ce qui est essentiel en nous : à chacun de poursuivre sa propre réflexion une fois le livre terminé.


Allez faire un petit tour sur le blog d'Hadrien pour voir la suite de ses voyages...sans oublier le blog de Camo, la vache la plus célèbre de France!


Hadrien Rabouin, Le journal d'Hadrien et Camomille, 1300 km à travers la France, Editions du Rocher, 2009. 196 p., 18 €. Photographie extraite du blog d'Hadrien.


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09 novembre 2009

Bernard Ollivier, Aventures en Loire, 1000 km à pied et en canoë, Phébus, 2009.

   Le dépaysement et l’aventure ne sont pas seulement l’apanage des grandes expéditions à l’autre bout du monde : Bernard Ollivier qui a parcouru à pied la route de la soie (cf Longue marche, 3 tomes chez Phébus) se lance dans un périple a priori plus modeste mais au final tout aussi riche en rencontres, surprises et beautés. A 70 ans passés, le voilà fiancé au plus long fleuve de France, du Mont Gerbier-de Jonc à Nantes, pour six semaines, tout d’abord à pied puis à bord d’un canoë malicieusement baptisé « Canard ».


   Le baroudeur infatigable s’interroge sur son état et sur la vieillesse qui, bien plus que la mort, l’effraie. Cette avancée en âge l’empêchera-t-elle de dépenser sa folle énergie ? Le corps renoncera-t-il quand l’esprit est encore fougueux ? Voyager, seul de surcroît, est une façon de se mettre à l’épreuve et de ne pas laisser gagner la vieillesse. Puis, on a beau avoir 70 ans, on a encore bien à apprendre quand on n’a jamais manié la pagaie auparavant ! « De toute façon, arrivé à Nantes, tu sauras tout. » comme le dit un moniteur de kayak à Retournac !


   Pour Bernard Ollivier, le voyage se fait seul pour mieux rencontrer les autres. Voyager sur la Loire ou la route de la soie, c’est lier des amitiés, découvrir les autres et se nourrir de leur chaleur. Donner et recevoir et ce, dans un pays de sédentaires où l’on dit que l’hospitalité a disparu : les ligériens prouvent le contraire tout au long du parcours et donnent l’occasion à Bernard de croquer de jolis portraits de passionnés de pêche, de navigation, d’histoire, de vins…sans oublier les amoureux de la Loire ! Après tout, c’est bien elle la vedette de ce livre et à l’issue de cette lecture, on en sait un peu plus sur un fleuve sauvage, capricieux, changeant et majestueux.


Une belle aventure humaine rythmée par les amitiés et les eaux ligériennes.


« […] celui qui fait le voyage doit en assumer tous les choix. » p. 29

« L’aventure est dans la manière du voyage plus que dans le lieu. » p. 252

« Non, ce qui me fait chanter dans les bourrasques, c’est la joie partagée avec ces femmes et ces hommes qui en m’offrant l’hospitalité ont compris, mieux que moi sans doute, que la seule valeur qui vaille, la seule richesse qui ne sera jamais cotée en bourse car elle est inestimable, c’est la relation humaine, l’ouverture à l’autre, le partage, d’un verre de vin ou d’un morceau de pain, l’amitié offerte sans contrepartie. » p. 172


Celles et ceux qui sont montés à bord du canoë : Dominique, Cathulu, Saraswati, Le Corbeau 78.


Bernard Ollivier, Aventures en Loire, 1000 km à pied et en canoë, Phébus, 2009. 265 p., 17 €.


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15 septembre 2009

Lieve Joris, Les Hauts Plateaux, Actes Sud, Aventure, 2009.

plateaux   Lieve Joris, belge flamande, parcourt le Congo depuis une vingtaine d’années, sur les traces de son oncle missionnaire. Une seule région lui est encore inconnue : les Hauts Plateaux, entre Minembwe et le lac Tanganyika, à l’est du pays. Cette région frontalière d’avec le Burundi est dominée par les Banyamulenge, un peuple réputé belliqueux qui a soutenu Kabila contre Mobutu.

   Lieve Joris décide de parcourir les Hauts Plateaux à pied, en compagnie d’un guide et de porteurs. Son projet suscite dans les villages traversés énormément de curiosité : il est déjà rare de voir des Européens sur les Hauts Plateaux mais plus encore une femme à pied. « Même [les vaches] s’étonnent de ta venue. » p.16. Chacun veut savoir ce que veut cette femme et comment elle vit en Belgique. Ses interlocuteurs ne sont pas sans malice et se moquent gentiment d’elle. La question des vaches est primordiale pour ce peuple d’éleveurs : Ruhuri, un vacher rencontré sur le chemin, lui demande si, en Belgique, « de bons amis s’offrent parfois une vache. » Lui-même avoue n’aimer que ses vaches : « La nuit, je rêve d’elles. » p. 85.

   Au cours de son périple, Lieve Joris se retrouve dans des villages très isolés, à plusieurs jours de marche d’une route asphaltée, et pourtant le matin, les habitants écoutent les infos sur RFI. Elle rencontre également d’autres peuples des Hauts Plateaux tels que les Fulero et s’aperçoit que la cohabitation avec les Banyamulenge n’est pas simple. L’honnêteté dont fait preuve Lieve Joris est surprenante : en effet, elle est parfois agacée par les personnes qu’elle rencontre et ne s’en cache pas ; à certains moments, elle se comporte en femme dominatrice, le reconnaît et le regrette. Après tous ses voyages au Congo, il semble subsister un gouffre culturel qu’il est parfois aisé d’oublier et parfois impossible à combler.

   

   Son récit reste souvent dans l’allusif et n’apporte qu’un éclairage succinct sur certains événements majeurs congolais : il s’agit d’un récit de voyage subjectif fait de rencontres et de souvenirs personnels qui m’a un peu laissée sur ma faim. Prix Nicolas Bouvier 2009.


Lieve Joris, Les Hauts Plateaux, Actes Sud, Aventure, 2009. (De hoogvlaktes). Traduit du néerlandais par Marie Hooghe. 132p., 15 €.


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