Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

02 juin 2009

Viviane Moore, Marie-Claire Pajeile, 79° Nord, Elytis, 2009.

   Viviane Moore est connue pour ses romans policiers historiques, notamment publiés chez 10/18 ou dans la collection Labyrinthes des Editions du Masque. Lors d’une mission franco-norvégienne sur l’archipel du Spitzberg, situé non loin du Pôle Nord, Viviane Moore a rencontré l’illustratrice Marie-Claire Pajeile. De ce voyage et de cette rencontre est né 79° Nord.

   Ce court polar met en scène un inspecteur de police norvégien, Erik Olsen. Il est appelé en renfort sur l’archipel pour élucider le meurtre d’une jeune femme, Olga, tuée à coups de hache. L’enquête sur l’assassinat d’Olga se double pour Erik, d’une quête personnelle : la recherche de ses propres origines. Erik Olsen est en effet né sur cet archipel dans des circonstances mystérieuses et il n’a pas connu ses parents, tous deux morts à Spitzberg.

   Voici un policier sans prétentions, de bonne facture et qui se lit d’une traite. L’intrigue n’est pas en soi renversante mais elle s’avère cohérente et mêle habilement les histoires d’Olga et d’Erik. Comme le dit l’un des habitants de Spitzberg, « ici, rien n’est pareil. » : Viviane Moore parvient à rendre l’atmosphère particulière de ces îles arctiques. La mélancolie, la langueur et le fatalisme qui habitent les protagonistes réussissent même à adoucir la violence du meurtre et des relations sociales. Tout semble figé sous le soleil éternel et froid du Grand Nord et les révélations qui sont faites à Erik sur son passé, à la toute fin du roman, paraissent d’autant plus troublantes.
   Les illustrations de Marie-Claire Pajeile qui ponctuent le récit, montrent de grands espaces désolés désertés par les hommes.


Une agréable escapade dans le « pays aux côtes glaciales », une lecture émouvante et mélancolique.


Viviane Moore (texte), Marie-Claire Pajeile (illustrations), 79° Nord, Elytis, 2009. 141 p., 10 €.


 

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27 avril 2009

Joseph Bialot, 186 marches vers les nuages, Métailié, Noir, 2009.

    Berlin, 1945 : Bert Waldeck est un allemand opposant au régime nazi qui a passé la majeure partie de la guerre dans les camps. Après mille dangers, le voilà de retour dans sa ville natale. Bert est recruté par un officier américain pour rechercher un dignitaire nazi afin qu’il soit jugé. L’enquête qu’il mène semble le dépasser et il comprend peu à peu que d’autres enjeux que l’esprit de justice animent l’armée américaine. La Guerre Froide se profile au loin…

   186 marches vers les nuages est assurément un grand roman, à la fois historique, policier et testimonial. Bert déambule à travers Berlin détruite et déchue et les ruines ravivent ses souvenirs : l’avant-guerre, avec la montée inexorable du nazisme et son expérience des camps. Bert analyse la logique nazie et décrit l’effroyable avec une grande sobriété. Joseph Bialot est lui-même un rescapé des camps nazis (il raconte cette expérience dans C’est en hiver que les jours rallongent) d’où cette impression très forte et éprouvante d’un récit fait de l’intérieur.
   La condition de rescapé qui est décrite m’a rappelé le témoignage de Georges Hyvernaud, La peau et les os : revenir des camps de la mort oblige à vivre dans le néant ;  le rescapé a en effet vu qu’un être humain pouvait se résumer entièrement à ses entrailles et à son instinct de survie sans plus qu’aucune morale ou trace de civilisation ne subsistent.  Cette philosophie du néant qui ronge Bert trouve un écho dans les descriptions de la ville, immense champ de bataille en ruines où chacun tente de survivre. Le récit est fort bien mené, prenant et bouleversant.

Une lecture douloureuse mais nécessaire.

Beaucoup d'avis sur ce dernier Bialot : Moisson Noire, Carnets de Sel, JM Laherrère, A sauts et à gambades...

Joseph Bialot, 186 marches vers les nuages, Métailié, Noir, 2009. 171 p., 15 €.


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04 avril 2009

Florian Rochat, Cougar corridor, La Passage, Polar, 2009.

   Voici un livre qui a priori avait tout pour me plaire : un polar écolo dans les grands espaces du Montana ! Au final, et sans être totalement objective, je dirais que j’ai pris plaisir à lire Cougar Corridor, et ce, pour les informations que j’ai pu apprendre sur les cougars (ou lions de montagne) et pour les thèses écologistes défendues.

Mais il faut bien reconnaître que ce livre n’est pas une pleine réussite. En effet, Florian Rochat, un journaliste suisse dont c’est le premier roman, semble s’être fixé un cahier des charges avec les thèmes suivants : cougars/écologie/défense des espaces naturels/indiens d’Amérique spoliés. Seulement, cela ne suffit pas pour faire un roman convaincant : les personnages sont certes sympathiques mais restent trop caricaturaux et l’intrigue m’a paru un peu invraisemblable. L’écriture est maîtrisée mais il n’y a pas de style propre. Dommage car l’auteur connaît parfaitement son sujet et aborde des idées qu’il me semble important de défendre.

Ainsi, le morcellement des espaces sauvages par l’extension des habitations humaines et des infrastructures afférentes est une menace pour la faune : l’humain s’invite sur le territoire de l’animal et empêche alors la reproduction et tout simplement la survie des espèces. Ici, la question des cougars est abordée avec les risques mortels que peut engendrer la confrontation entre le félin et l’humain, mais il en est de même en France (et partout ailleurs dans le monde !), pour toutes sortes d’espèces sauvages : un petit mammifère comme le hérisson par exemple a besoin de 10 hectares au moins pour vivre! On peut imaginer sans peine le nombre de dangers mortels que les hérissons sont susceptibles de rencontrer sur une telle surface…Bref, je m’égare ! Mais sachez que cette idée est largement abordée et débattue dans Cougar Corridor.

Ce roman est donc plus l’occasion de réfléchir à la place de l’être humain sur la Terre que de lire un polar efficace, mais c’est déjà, pour moi, un très bon début (mais je l'ai dit, je ne suis pas objective!)

A voir : le site de Florian Rochat consacré aux cougars. A lire, Les avis positifs du blog Zonelivre et de la librairie Soleil Vert.

Florian Rochat, Cougar corridor, Le Passage, Polar, 2009. 235 p.,  18€.


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27 mars 2009

Caryl Férey, Sophie Couronne, D'amour et dope fraîche, Editions Baleine, Le Poulpe, 2009.

   Du Poulpe, je ne connais que ses débuts : Daeninckx, Pouy... C'est dire si j'avais abandonné la bête depuis un moment. Je le retrouve 250 (!) épisodes plus tard avec une pulpeuse copine, Chéryl et toujours le même cynisme rigolard. A noter que ce texte a été écrit à quatre tentacules : Caryl Férey s'est associé à Sophie Couronne dont la bibliographie laisse présager un léger penchant rock. La demoiselle est en effet la traductrice de Traverser le feu, le recueil des textes de Lou Reed paru au Seuil en 2008. Et ce Poulpe dopé aux substances plus ou moins licites est en effet plutôt rock'n'roll!

   Notre céphalopode, bloqué par une méchante sciatique, se refait une santé à coup de tofu et de jus de radis noir en pleine montagne, en lieu et place de ses habituels pieds de porc et alcools en tous genres. Lors d'une promenade, il est le témoin d'une scène étrange où un homme nu, visiblement dans un état second, se jette de son plein gré, dans un ravin. Drôle de suicide qui n'est même pas relayé par les médias...Chéryl, restée elle à Paris, est victime de la tristement célèbre « drogue du violeur » : la voilà lancée sur la piste de ses agresseurs dans les boîtes de nuit huppées des Champs-Elysées. La ratte des villes et le rat des champs font finalement se retrouver pour un dénouement hallucinatoire.

   

   Le Poulpe reste toujours branché sur l'actualité de ses contemporains : dopage, nouveaux types d'agressions sexuelles, sportifs propulsés à des places importantes au gouvernement...Rien n'échappe à ses tentacules. Caryl Férey et Sophie Couronne excellent à donner chair au Poulpe grâce à un style détonnant où les métaphores et les bons mots se bousculent. Bien loin de trouver qu'ils en font trop, on en redemande, la bave aux lèvres! Ce D'amour et dope fraîche est gouailleur, acéré comme un larsen et sexy, évidemment sexy...Chéryl est l'incarnation fantasmatique de la femme à la fois fatale et terrienne, une vamp qui tutoie les clichés en les retournant à son avantage.


Un exercice de style plaisant et enlevé qui se lit d'une traite.


Jean-Marc Laherrère s'est bien marré aussi!


Caryl Férey, Sophie Couronne, D'amour et dope fraîche, Editions Baleine, Collection Le Poulpe, 2009. 167 p., 6,50€.


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02 février 2009

Naïri Nahapétian, Qui a tué l'ayatollah Kanuni ?, Liana Levi, 2009.

   La bande dessinée avec Persepolis et maintenant le polar ! L’Iran contemporain s’invite dans les « mauvais genres » ! Qui a tué l’ayatollah Kanuni ? est le premier roman d’une jeune journaliste exilée en France. Selon la quatrième de couv’, « elle souhaite donner de l’Iran une image loin des stéréotypes occidentaux ».
   Je dirai qu’elle a réussi cette mission-là puisque son roman décrit habilement la complexité de l’Iran : elle présente l’ensemble des forces qui travaillent la société iranienne en s’attardant particulièrement sur les oppositions, qu’elles soient politiques ou intellectuelles. Les différents débats relatés tout au long du récit montrent bien qu’il existe de nombreuses façons de penser le renouvellement de la société iranienne.
   Parfois, nous, occidentaux, sommes d’ailleurs surpris puisqu’on peut, par exemple, être féministe et adopter des attitudes qui nous paraissent réactionnaires. Les réflexions engagées le sont souvent à l’aune de la pensée islamiste telle qu’elle est conçue par le gouvernement, ce qui demande également un effort de décentration, pour nous qui vivons dans un pays où l’Eglise et l’Etat sont séparés. Mais la population iranienne est loin d’être homogène et les laïcs constituent une force politique, pour le moment cantonnée dans l’opposition. La question des minorités ethniques et/ou religieuses (notamment les Arméniens, sujet qui touche certainement l'auteur directement) s’ajoute à l’ensemble, ce qui au final donne effectivement une vision d’ensemble assez précise du pays.

   Néanmoins, il n’est pas aisé de mêler toutes ces informations à une intrigue romanesque ou policière. C’est pour moi la faiblesse du livre. J’ai eu l’impression de lire un très long article du Monde diplomatique ou un dossier « spécial Iran » de Courrier International ! Certes, on y trouve des témoignages vivants, quelques péripéties mais l’ensemble manque de rythme, de chair. Les personnages peinent à s’incarner et il faut parfois un peu d’obstination pour continuer la lecture.

   Si vous voulez connaître la société iranienne, ce livre est pour vous mais si vous avez envie de lire un bon polar et même plus simplement un bon roman, passez votre chemin !


Naïri Nahapétian, Qui a tué l'ayatollah Kanuni ?, Liana Levi, 2009. 277 p., 17 €.


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13 janvier 2009

Brigitte Aubert, Les quatre fils du Docteur March, Points, Thriller, 2008.

   Dans la famille March, je voudrais le père, docteur, la mère, qui n’a plus tous ses esprits et je voudrais également les quatre fils, quadruplés. Dans la maison March, on trouve aussi Jeannie, la bonne, qui tombe par hasard sur le journal de l’un des quatre fils. Rien de grave a priori sauf que le fils en question s’avoue meurtrier. Le fils, oui, mais lequel des quatre March ?

   Taraudée par cette interrogation, Jeannie lit chaque jour le journal macabre et se confie elle aussi par écrit. Comme elle est imprudente, le meurtrier découvre bien vite qu’il est lu par un « espion ». Une relation malsaine s’installe entre nos deux diaristes : l’assassin annonce ses crimes, Jeannie cherche à le démasquer en le piégeant. Un vrai jeu du chat et de la souris mais qui poursuit l’autre ?

   Le suspense monte efficacement et progressivement dans ce huis-clos enneigé. Jeannie est constamment dirigée vers de fausses pistes tandis que la fréquence des meurtres s’accélère. La mécanique du suspense balaye tout sur son passage, la vraisemblance en premier. Difficile de croire en effet que Jeannie préfère mener l’enquête seule, sans l’aide de la police et ce, uniquement, parce que son propre passé est trouble. Peu crédible également que la police ne s’intéresse pas davantage à cette mystérieuse famille March autour de laquelle gravitent tous ces assassinats. Si l’on fait abstraction de ces invraisemblances, l’attention reste focalisée sur la recherche de l’identité du meurtrier et l’on frissonne de froid et de peur !

Brigitte Aubert, Les quatre fils du Docteur March, Points, Thriller, 2008. 240 p., 6,50€. Initialement paru en 1992, chez Seuil policiers.


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01 juin 2008

Tito Topin, Photo Finish, Rivages, Rivages-Noir, 2008.

   Valentine et Christian retournent au Maroc, pays où ils avaient vécu pendant la colonisation. Ils veulent en effet comprendre le suicide d’André, l’ancien amant de Valentine. Un voyage dans le passé s’amorce alors : les retrouvailles avec les amis de l’époque se mêlent aux souvenirs de Valentine et Christian.


   La bio de Tito Topin mentionne ses qualités de scénariste et de « père » du commissaire Navarro : un bon résumé de ce qui caractérise ce livre. Tito Topin sait en effet construire un récit efficace et honnête, qui pourrait déjà se prêter à une adaptation télévisuelle. Néanmoins, aucune originalité n’irrigue ce texte où l’ennuie point rapidement.

Tito Topin, Photo Finish, Rivages, Rivages-Noir, 2008. 7,50€.

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15 mai 2008

Philippe Delepierre, Sous les pavés l’orage, Liana Levi, 2008

   Lille, printemps 1968 : on a tendance à l’oublier parfois mais le fond de l’air était rouge dans toute la France et pas seulement dans la capitale. Robert est lycéen et, à ce titre, a comme les autres envie d’en découdre avec les CRS. Néanmoins, Robert n’est pas franchement idéaliste : enfant de la classe ouvrière, orphelin de père et biberonné aux idéaux d’un vieil anarchiste qui en a vu d’autres, il a bien compris que cette révolte n’allait pas bouleverser en profondeur l’ordre établi qui l’oblige à travailler dans les grandes surfaces naissantes pendant que les enfants des notables locaux se chauffent au soleil. Qu’importe, ce printemps agité est excitant à vivre et lui donne même l’occasion rêvée de connaître ses premières étreintes amoureuses. Agité, ce printemps l’est également par une série de meurtres qui secoue le tout-Lille. Auprès de chaque cadavre, on retrouve une phrase qui fleure bon la rhétorique gauchiste. Une piste pourtant trop facile pour le commissaire Thibault qui mène l’enquête, malgré la tourmente printanière.


   Une évocation haute en couleurs pour ce mai 68 lillois. La plus grande force de Sous les pavés l’orage réside incontestablement dans la virtuosité canaille de sa langue. Delepierre manie un parler à la fois populaire et raffiné : en effet, pour lui, qu’importe le registre de langage qu’il emploie pourvu que le résultat fasse mouche. Ses descriptions regorgent d’images et de métaphores réjouissantes et inattendues, de bons mots et autres termes peu usités, le tout dans une justesse de ton inespérée. Avec une telle langue, n’importe quel personnage falot prendrait des couleurs : pourtant Delepierre ne se repose pas sur son talent et propose au lecteur une sacrée galerie de portraits cocasses.
   

   Ma préférence revient à Monsieur Nowels, ancêtre anarchiste qui accorde l’asile politique à un bouc savant échappé d’un cirque, et inventeur d’un cocktail Molotov au méthane directement prélevé dans le fumier équestre ; j’avoue également une certaine tendresse pour cette pourriture de Roger, concierge du lycée Van-der-Meersch, ancien militaire qui voit en mai 68 rien moins qu’une attaque pilotée en sous-main par les communistes russes. Une raison à son goût suffisante pour transformer le lycée en bunker où les tours de garde se font un litron de rouge à la main.

   

Merci à Philippe Delepierre pour cette vision à la fois tendre et féroce du mai 68 lillois !


Philippe Delepierre, Sous les pavés l'orage, Liana Levi, 2008. 293 p., 15€.


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