25 février 2009
Alicia Giménez Bartlett, Un bateau plein de riz, Rivages, Noir, 2009.
Un bateau plein de riz est le sixième livre d’Alicia Giménez
Bartlett traduit en France…et le premier que je lis : merci à Jeanjean de
Moisson Noire de m’avoir fait découvrir cet auteur !
Nous voilà à
Barcelone, plongés dans l’univers désespéré des homeless, ceux qu’on appelle pudiquement SDF en France. L’inspectrice
Petra Delicado, flanquée de son habituel compère Firmin Garzon enquête sur
le meurtre d’un clochard sans identité. Bien vite, ce meurtre ne semble pas
relever d’un simple règlement de compte entre ivrognes et l’histoire à laquelle
est mêlé ce mystérieux clochard céleste est suffisamment complexe pour tenir en
haleine 400 pages durant.
Pourtant, je dirais que le principal atout d’Un
bateau plein de riz est bien plus le couple facétieux des inspecteurs :
Petra est une femme revenue de tout, surtout des relations amoureuses, avec un
caractère en acier trempé et un solide sens de la répartie. Firmin supporte
stoïquement les humeurs de l’inspectrice tout en soulignant, l’air de rien, ses
contradictions et ses faiblesses. La complicité qui les unit attendrit et amuse
à la fois. Ainsi, les dialogues font souvent mouche et rythme agréablement le
récit.
Cette légèreté néanmoins teintée de nostalgie et de regrets est d’ailleurs
bien nécessaire pour contrebalancer la description noire et poignante du monde
des clochards. C’est, à mon goût, l’un des aspects vraiment forts du roman que
d’avoir placé l’intrigue dans ce milieu social si proche des citadins et
pourtant souvent occulté. De plus, les remerciements nous apprennent que Giménez
Bartlett s’est documenté auprès de travailleurs sociaux, ce qui se ressent
largement à la lecture : pas d’apitoiement ou de jugements mais une
description réaliste et fine des conditions de vie dans la rue.
Un roman noir et social qui parvient malgré tout à divertir le lecteur : pour moi c’est un tour de force !
Alicia Giménez Bartlett, Un bateau plein de riz, Rivages, Noir, 2009. Traduit de l'espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg. 453 p., 10? 50 €.
