03 juin 2009
Wolfgang Schorlau, Opération Jackson, Jacqueline Chambon, 2009.
Opération Jackson est à
la fois un thriller technologique et un policier politique : au cœur de
l'intrigue se trouve en effet une nouvelle arme féroce et effrayante qui
utilise les micro-ondes (pour faire bouillir le sang de n'importe quel
être vivant à distance, ce qui provoque la mort par carbonisation : argh! ne
rigolez pas, il paraît que ça existe vraiment ce genre de trucs, brrr...). A cela
s'ajoute l'implication de l'armée allemande en Afghanistan après 2001.
Opération Jackson montre
surtout les répercussions dramatiques d'une intervention dite
"civilisatrice" non seulement sur les civils afghans mais aussi sur
les militaires allemands. La démonstration, bien connue, est sans appel : tout
le monde est perdant, sauf le marchand d'armes qui tire ses marrons du feu.
Au-delà de la dénonciation sans appel de la guerre, Opération Jackson est un thriller bien mené et prenant.
Différents points de vue alternent : Dengler, le détective
privé qui enquête sur la disparition d'un soldat, la marchande d'armes qui
jubile à la vue du 11 septembre et des guerres qui s'annoncent, les soldats
allemands déployés en Afghanistan, ceux qui participent aux expériences
secrètes et inhumaines de l'armée...Cette diversité permet de soutenir
l'attention du lecteur et chaque récit se présente comme la pièce d'un puzzle
qui se reconstitue au fur et à mesure de la lecture. Les passages consacrés au
détective Dengler et à l'enquête proprement dite font preuve de bien peu
d'émotions : sécheresse du ton et style lapidaire font se concentrer sur le
déroulement de l'enquête et assez peu sur le personnage de Dengler.
Les récits des soldats par contre rendent avec justesse le
tragique de la guerre, à travers notamment la description de situations isolées
(un meurtre gratuit, un bombardement conscient de civils...) qui symbolisent
l'horreur et l'absurdité des combats.
Au final, les différents aspects du roman parviennent très
bien à se recouper et l'aspect politique, à mon sens, dépasse le simple
thriller de divertissement...ce qu'Opération Jackson n'est pas vraiment.
Une bonne surprise que ce polar allemand, premier livre traduit en français de
Schorlau.
(Seul bémol : l'horrible photo de couverture qui ne donne
pas envie du tout!)
Wolfgang Schorlau, Opération Jackson, Jacqueline Chambon, 2009. (Brennende Kälte. Denglers vierter Fall.) Traduit de l'allemand par Johannes Honigmann. 282 p., 20 €.
04 mai 2009
Andrea Maria Schenkel, Un tueur à Munich, Josef Kalteis, Actes Sud, Actes noirs, 2009.
Un tueur à
Munich s’inspire de faits réels et retrace le parcours de Josef Kalteis, tueur
en série allemand qui a sévi dans les années 30. Le récit est organisé autour
du portrait de Kathie, une jeune campagnarde venue tenter sa chance à Munich et
qui sera la première victime de Kalteis. Parallèlement à la destinée funeste de
Kathie (qui est donc présente tout au long du roman), des extraits du procès de
Kalteis se mêlent à la description des derniers instants de jeunes femmes
également victimes du tueur de Munich.
Cette narration complexe qui entrecroise
différentes temporalités et de nombreux points de vue permet d’appréhender de façon originale la
personnalité et le parcours de Kalteis. Néanmoins il ne s’agit pas tant d’évoquer
le tueur que sa menace : il est comme le grand méchant loup caché dans la forêt
qu’on redoute mais qu’on ne voit presque jamais. La montée en tension est
implacable et se fait subtilement : le récit est tout entier tendu vers
son but, le meurtre de Kathie.
Le style détaché et presqu’impersonnel produit
une ambiance glaciale et inconfortable. A cela s’ajoute évidemment le contexte
historique (l’arrivée au pouvoir des nazis) qui accentue le malaise.
Un polar efficace où la violence est plus psychologique que factuelle.
Andrea Maria Schenkel, Un tueur à Munich, Josef Kalteis, Actes Sud, Actes noirs, 2009. Traduit de l'allemand par Stéphanie Lux (Kalteis). 166 p., 16€.
