24 novembre 2008
Luigi Guarnieri, La double vie de Vermeer, Actes Sud, Lettres italiennes, 2006.
Si Guarnieri avait inventé cette histoire, le qualificatif qui serait tout de suite venu à l’esprit pour la décrire est « invraisemblable ». Et pourtant, ce roman s’inspire de faits tout à fait réels, qui font maintenant partie de l’histoire de l’art.
Guarnieri conte en effet l’histoire incroyable de Han Van Meegeren, un faussaire qui, dans les années 1930-1940 a réussi l’exploit de peindre plusieurs faux Vermeer qui ont été considérés comme d’authentiques chefs-d’œuvre par les critiques d’art, les spécialistes et les musées néerlandais.
Mais, qu’est-ce qui a bien pu pousser Van Meegeren à ourdir une telle supercherie ? VM, comme l’appelle Guarnieri, était un peintre traditionnaliste néerlandais, attaché aux techniques et aux sujets des grands maîtres du 17ème siècle. Il méprisait l’art de son époque et traitait Picasso, Braque, etc. de « peintres dégénérés ». En somme, un artiste totalement déconnecté de son époque et de ses avant-gardes qui très vite, devint détesté par les critiques d’art et même par les spécialistes du 17ème siècle. VM tomba rapidement dans la misanthropie et la mégalomanie et n’eut plus de cesse de vouloir se venger des critiques et surtout de les humilier.
Guarnieri décrit minutieusement les techniques et les efforts employés par VM pour parfaire ses faux mais également les processus qui ont conduit les critiques et les musées à considérer ces faux comme des chefs-d’œuvre. En effet, lorsque VM parvint à achever et à vendre par divers intermédiaires afin de se couvrir, son premier faux, Le Christ à Emmaüs, ce tableau a été perçu comme l’un, si ce n’est, le chef-d’œuvre absolu de Vermeer. Guarnieri avance quelques pistes de réflexion : il y a tout d’abord le contexte particulier de la Seconde Guerre Mondiale. Les dignitaires nazis étant amateurs d’art, le gouvernement comme les grands musées néerlandais souhaitaient mettre à l’abri des convoitises des œuvres faisant partie du patrimoine national. Le Christ à Emmaüs, comme les faux qui suivirent, ne furent pas analysés scientifiquement mais plutôt rapidement achetés et conservés aux Pays-Bas.
Et puis, la vie de Vermeer est pleine de zones d’ombres puisque ce peintre ne fut pratiquement pas reconnu de son vivant et l’ensemble de son œuvre est tombée dans l’oubli pendant deux siècles. Le corpus de ses toiles était donc encore fluctuant à cette époque et les spécialistes de Vermeer ne désespéraient pas de découvrir un jour de nouvelles toiles du maître. L’ensemble de ces phénomènes peut donc commencer à expliquer l’aveuglement dont ont fait preuve les spécialistes de l’époque mais Guarnieri se garde bien de donner une explication définitive au succès fulgurant qu’a connu ce faussaire de génie.
On le comprendra aisément à la lecture de ce long résumé ( !), La double vie de Vermeer est un roman proche du documentaire au style descriptif et sobre, proche parfois du ton journalistique. Il se lit également comme une enquête policière où l’on verrait sous nos yeux s’échafauder le « crime ». Puis, cette histoire est tellement étonnante et romanesque qu’elle méritait bien d’être romancée ! On en vient évidemment à considérer la notion de relativisme en art : qu’est-ce qui définit un chef-d’œuvre ? Le roman pose aussi la question du pouvoir que peuvent détenir certains critiques et certaines institutions.
J’ai de bout en bout été passionnée par cette histoire de faussaire et j’ai eu envie par la suite de découvrir la peinture de Vermeer, moi qui n’ait que de piètres connaissances en histoire de l’art ! Bref, une réussite en son genre.
Luigi Guarnieri, La double vie de Vermeer, Actes Sud, Lettres italiennes, 2006. Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli, 229 p., 19€80.
01 juin 2008
Maria-Rosa Cutrufelli, J’ai vécu pour un rêve : les derniers jours d’Olympe de Gouges, Autrement, Littératures, 2008.
J’ai vécu pour un rêve est le récit des derniers jours d’Olympe de Gouges, une femme politique française qui a vécu sous la Révolution. Son texte le plus connu est la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Elle est également l’auteur de très nombreux textes sur le statut de la femme, sur l’organisation politique ou bien encore sur l’esclavage. Inculpée par le Tribunal révolutionnaire, elle meurt guillotinée en 1793, au terme d’un procès où elle assume seule sa défense. Il lui est notamment reproché d’avoir voulu être un « homme d’Etat » et d’avoir remis en cause le système républicain.
Ses derniers jours sont relatés au travers d’une dizaine de narratrices qui entretiennent avec elle des relations bien différentes : sa belle-fille, la jeune fille qui l’a dénoncée, ses compagnes de cellule… Olympe est aussi l’une des voix qui composent ce très beau roman historique.
Fruit d’un long travail de recherche, J’ai vécu pour un rêve propose une bonne approche de l’histoire de la Révolution française et de l’une de ses actrices, et ce, dans une langue élégante ou pittoresque.
Maria-Rosa Cutrufelli, J'ai vécu pour un rêve : les derniers jours d'Olympe de Gouges, Autrement, Littératures, 2008. Traduit de l'italien par Caroline Roptin, 366 p., 20 €.
