Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

02 janvier 2009

Arturo Pérez-Reverte, Le tableau du maître flamand, Lattès, Suspense et cie, 1993.

   Julia est restauratrice de tableaux à Madrid. Elle vient de s’atteler à la restauration de La Partie d’échecs de Pieter Van Huys, un tableau flamand du 15 ème siècle lorsque l’examen de la toile aux rayons X révèle une mystérieuse inscription : « Quis equitem necavit » qui peut se traduire par « Qui a tué le chevalier (ou cavalier) ? » ou par « Qui a pris le chevalier ? ». Persuadée d’être face à une énigme que lance le peintre à qui pourra voir cette question cachée, Julia se lance dans l’enquête en compagnie notamment de César, un antiquaire dandy qui lui tient lieu de père spirituel.
   Seulement, ce qui s’annonçait comme une réjouissante aventure tourne vite au drame : un historien de l’art qui a aidé Julia dans ses recherches est retrouvé assassiné. La jeune restauratrice comprend alors que ce qui se joue dans le tableau trouve un équivalent macabre dans la réalité.

   C’est précisément cet aspect du roman qui est le plus réussi : la construction de l’intrigue. Pérez-Reverte mêle en effet différents niveaux : ainsi, la partie d’échecs représentée sur le tableau se doit d’être jouée en réalité pour connaître les intentions de l’assassin. Ce dernier considère la réalité comme une grande partie d’échecs où chaque être humain est assimilé à l’une des pièces de l’échiquier. L’intrigue navigue donc entre mises en abyme et reflets de miroir en restant toujours limpide et compréhensible. Il est d’ailleurs tout à fait curieux de constater que l’on comprend le déroulement de la partie d’échecs sans jamais y avoir joué de sa vie !

  Néanmoins, au-delà de la construction du récit, Le tableau du maître flamand m’a quelque peu laissée sur ma faim : je dirai que le style de Pérez-Reverte  dans ce livre est pour moi trop plat, trop lisse. Vu le sujet, je m’attendais à une écriture plus dense et du coup, je me suis un peu ennuyée par moments. Mais cela n’enlève pas grand-chose à la qualité générale de ce roman assez facile à conseiller (sauf aux lecteurs qui viennent d’arrêter de fumer ! c’est peut-être un détail mais les personnages allument clope sur clope et ce, à toutes les pages !)

Florinette a été emportée par ce roman! Philippe Dornbusch est joueur d'échecs et vous pourrez lire sa critique sur son blog Chess & Strategy : un blog intéressant d'ailleurs si vous cherchez d'autres romans qui parlent d'échecs.

Arturo Pérez-Reverte, Le tableau du maître flamand, Lattès, Suspense & cie, 1993.  Traduit de l'espagnol par Jean-Pierre Quijano. 305 p., 20 €. Paru en poche au Livre de poche, 6 €.


Posté par Lapinoursinette à 00:53 - Littérature espagnole - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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14 septembre 2008

Carlos Ruiz Zafon, L'ombre du vent, Grasset, 2004.

   Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, Daniel, un jeune garçon, sauve de l’oubli un livre intitulé L’ombre du vent d’un certain Julian Carax. Fasciné par cet ouvrage, Daniel découvre rapidement que Carax est un auteur maudit entouré d’un épais mystère. Il se jette alors à corps perdu dans une quête qui bouleversera sa vie.

   

   L’ombre du vent m’avait été conseillé par un chœur de lectrices enthousiastes : j’ai moi aussi été emportée par le souffle romanesque puissant de ce vent ! Ce texte possède la vigueur d’un roman-feuilleton à multiples rebondissements ; les ficelles et ressorts du dramatique sont exploités d’une main de maître avec un résultat sans équivoque : une fois le livre ouvert, difficile de le refermer. En cela, Carlos Ruiz Zafon réussit une mise en abyme parfaite : son texte est à la fois un hommage au pouvoir fascinant des livres et de la littérature et une histoire passionnante que l’on dévore. En effet, L’ombre du vent est tout à la fois une enquête policière enlevée, le roman initiatique d’un jeune homme attachant et la déclaration amoureuse faite à une ville, Barcelone. Une Barcelone mangée par les ombres, gothique en diable, qui rappellerait presque la Gotham City de Tim Burton. En somme, le décor idéal pour une myriade d’histoires grand-guignolesques où des personnages fantasques, mystiques, délirants (ou tout cela à la fois) servent de guides au lecteur. Car, assurément, nous avons besoin de guides pour évoluer dans ces jeux de miroirs et de résonnances entre les différents niveaux de l’intrigue.

 

   L’ombre du vent apparaît comme une réussite impressionnante où divertissement romanesque et virtuosité littéraire se conjuguent au service d’un imaginaire débridé.


Carlos Ruiz Zafon, L'ombre du vent, Grasset, 2004. Traduit de l'espagnol par François Maspero, 524 p., 21, 50€.


Posté par Lapinoursinette à 22:11 - Littérature espagnole - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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