Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

18 mars 2009

Lire en VO

hardy   Me voilà de retour après une longue interruption. Je viens de passer une semaine dans le Dorset en Angleterre pour un séjour linguistique en immersion totale : cours d’anglais le matin, repas et visites de la région avec la prof…et lectures in english of course !
   Tous les apprenants sont différents mais pour moi, une chose est certaine : les livres bilingues sont mes ennemis ! Je lorgne en effet directement sur la page en français et, prise par le plaisir facile de la lecture dans ma langue maternelle, j’oublie bien vite mes bonnes résolutions…
   Si vous êtes comme moi, je ne saurais que vous conseiller deux types d’ouvrages : tout d’abord, la collection « Lire en anglais » au Livre de Poche (cette collection existe dans d’autres langues). Ici, point de traduction mais sur une page, le texte original et en regard, des annotations, des points de grammaire et du vocabulaire pour aider à la compréhension. Ainsi, non seulement, on est obligé de lire en VO (puisqu’il n’y a pas de traduction !) mais en plus, la page d’aide permet une lecture relativement fluide sans recours fastidieux au dictionnaire ou au livre de grammaire. Dans cette collection se trouvent des auteurs du XXème siècle tels que Bradbury, Greene, Joyce, Hemingway…Les recueils de nouvelles sont aussi une bonne approche : English Ghost Stories, Nine English Short Stories
        Ensuite, et c’est ce que j’ai lu en Angleterre, les textes en anglais « simplifié ». Pour ce type d’ouvrages, il y a, à mon avis, des avantages et quelques petits inconvénients. Les avantages : Penguin propose dans sa collection "Penguin Readers" un large choix de livres anglais, américains, classiques ou contemporains. Les textes originaux sont réécrits selon un niveau de difficulté évalué par rapport au nombre de mots de vocabulaire que l’on connaît. Ainsi, le Level 1 (beginner) propose des textes avec 300 mots et le Level 6 (advanced) va jusqu’à 3000 mots. Ces différents niveaux permettent de lire dans une langue étrangère même après 2 ou 3 ans d’apprentissage et d’augmenter progressivement la difficulté. Chaque livre propose en sus un glossaire et des questions de compréhension. Il existe également des versions livre + CD avec le texte lu : de quoi améliorer aussi la compréhension orale et l’accent ! Grâce à Penguin Readers et à Macmillan Readers, j’ai ainsi pu lire The Secret Garden de Frances Hodgson Burnett et Far From The Madding Crowd de Thomas Hardy.
   Les inconvénients
: puisque la langue est réécrite et simplifiée, le style de l’auteur disparaît complètement ! La langue est très neutre et va à l’essentiel : descriptions courtes, beaucoup de faits et peu d’enrobages. On perd ainsi le charme inhérent à la littérature…Mais je reste tout de même convaincue que c’est une bonne approche de la lecture en langue étrangère pour ceux qui n’ont pas la chance d’être polyglotte.


   Un mot rapide sur les deux textes : The Secret Garden est un classique de la littérature jeunesse. Où l’on voit l’importance de l’amitié entre les enfants et l’épanouissement que peut apporter la nature. Un très beau texte bucolique et plein d’espoir. Far From The Madding Crowd, publié en 1874, est l’un des premiers textes de Thomas Hardy. Je gardais un souvenir très fort de Jude l’Obscur et Far From The Madding Crowd m’a bien plu (le relirai-je en version « normale » ou en français ??). Hardy avait le don de créer des personnages masculins marquants : Gabriel Oak est un fermier qui restera attaché toute sa vie à la même femme alors même qu’elle le dédaigne. Un beau portrait également de la ruralité anglaise au XIXème siècle. La traduction française Loin de la foule déchaînée parue au Mercure de France ne semble plus disponible et la BD Tamara Drewe de Posy Simmonds, parue récemment chez Denoël Graphic en est librement inspirée.
   

Pour plus d’informations : le site de Penguin et celui de Macmillan.


Thomas Hardy, Far From The Madding Crowd, Penguin Readers, Level 4, 60 p. + 2 CD, prix variable.

Frances Hodgson Burnett, The Secret Garden, Macmillan Readers, Level 4, 88p. + 2CD, prix variable.

 

Posté par Lapinoursinette à 18:11 - Littérature anglaise - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


09 février 2009

Alan Bennett, La reine des lectrices, Denoël, Et d'ailleurs, 2009.

   Imaginez que le plus haut personnage d’un Etat se prenne d’une passion dévorante telle que la lecture qui l’empêcherait d’exercer correctement son pouvoir. (Hypothèse peu probable dans notre propre pays vu les déclarations déplorables et affligeantes que la littérature française a dû subir ces temps derniers…)
   Allan Bennet est anglais et c’est tout naturellement à la reine Elisabeth II qu’il a pensé pour cette amusante fable sur les effets de la lecture. La Reine tombe un jour par hasard sur un antique bibliobus : par politesse royale, elle choisit un livre et le lit. C’est le début d’un terrible engrenage que nous connaissons bien : un livre en appelle un autre et on ne s’arrête plus jamais de lire ! Sauf que la Reine, vu son statut hors du commun des mortels, ne peut pas s’abstraire du monde. Sa nouvelle passion perturbe ses proches, le gouvernement anglais et même ses sujets.
   Ainsi, la lecture aujourd’hui perçue comme un acte inoffensif retrouve ici l’aspect subversif qu’on lui prêtait jusqu’au 19ème siècle. Sa connaissance toujours plus grande des auteurs la coupe également un peu plus de ses contemporains : si les ministres et les grands personnages du gouvernement s’avèrent ignares, la seule personne avec qui la reine peut échanger s’avère être un modeste cuisinier.
   

   Un court texte teinté d’une légère pointe d’humour british, qui réjouira les passionnés de lecture. La blogosphère littéraire a beaucoup lu cet ouvrage ! Chez Cunéipage et chez Ys, on adore, Amanda Meyre a passé un bon moment.

Alan Bennett, La reine des lectrices, Denoël, Et d'ailleurs, 2009. (The Uncommon reader). Traduit de l'anglais par Pierre Ménard. 173 p., 12 €.

Posté par Lapinoursinette à 10:06 - Littérature anglaise - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 février 2009

Jonathan Coe, La pluie, avant qu'elle tombe, Gallimard, Du monde entier, 2009.

   Autant le dire tout de suite : je suis une fan de Joanthan Coe ! J’ai lu tous ses livres et Testament à l’anglaise fait certainement partie de l’hypothétique Top Ten de mes livres préférés ! C’est dire si j’attends avec impatience chacune de ses publications. Et, ô grand malheur, le torchon brûle entre Coe et moi ! Le cercle fermé qui faisait suite à Bienvenue au club m’avait déjà un peu déçue et aujourd’hui, je referme La pluie, avant qu’elle tombe les yeux secs et le cœur peu joyeux.
   De  Coe, j’aime sa causticité, son humour ravageur, sa capacité quasi-innée à mêler l’intime à l’histoire de la Grande-Bretagne. Et là, dans ce roman, je n’ai pas retrouvé l’alchimie qui me réjouissait tant. Mais de quoi s’agit-il ?
   Trois générations de femmes sont racontées à travers le regard d’une narratrice, Rosamond, qui vient de mourir. Celle-ci a enregistré une sorte de confession sur cassettes audio où elle parle bien peu d’elle mais beaucoup de ces trois femmes (des cousines) qui ont considérablement marqué sa vie.
   Tout d’abord, il y a Beatrix qui a exercé une forte attraction sur la Rosamond enfant à tel point qu’elles devinrent « sœurs de sang ». Puis, il y a Thea, la fille de Beatrix, que Rosamond a élevée durant une partie de son enfance. En fin d’arbre généalogique, on trouve Imogen, la fille de Thea, à qui est destiné le monologue de Rosamond sur cassettes. La pluie, avant qu’elle tombe est donc la chronique d’une famille soumise à un destin assassin : en effet, chacune de ces femmes a été victimes de maltraitances psychologiques ou physiques et le reproduit sur sa progéniture. Face à cette désolation, Rosamund reste impuissante mais essaie tout de même de contrecarrer les plans du Destin, cette méchante mécanique qui broie les individus.

   

   Bref, rien de très original. J’avoue que, parfois, j’aime bien quand mes amis ou certains membres de ma famille me racontent des histoires familiales toutes plus incroyables, édifiantes et passionnantes les unes que les autres. (Souvent, ces histoires m’intéressent parce que j’en connais les protagonistes.) Mais pour qu’une famille de papier arrive à m’intéresser à ses tracasseries quotidiennes et ses malheurs sordides, il faut aller plus loin que la psychologie de comptoir et le sensationnel larmoyant. Pour moi, Coe n’a pas vraiment dépassé ce stade sauf dans quelques rares scènes où je retrouve ce qui m’a tant plus autrefois dans ses récits.
   Quoi qu’il en soit, le livre se lit d’une traite grâce au style fluide et oral du monologue de Rosamond et l’aspect « famille à travers les âges » peut faire penser à une série télévisée agréable à suivre. (Ceci dit sans mépris de ma part !) Je me suis gardée de lire les critiques littéraires avant ma lecture mais j’ai cru comprendre que ce livre avait été apprécié.
Quant à la blogosphère, j'ai trouvé la critique élogieuse de Lily sur son blog Lily et ses livres. Sur le blog d'Au fil des livres, vous trouverez en revanche un avis similaire au mien (sachant que LN, elle, l'a lu en VO!).


Jonathan Coe, La pluie, avant qu'elle tombe, Gallimard, Du monde entier, 2009.  (The Rain Before It Falls). Traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin. 248 p., 19 € 50.

 

Posté par Lapinoursinette à 22:12 - Littérature anglaise - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

01 juin 2008

David Peace, 44 jours, The Damned United, Rivages, Rivages-Thriller, 2008.

   Brian Clough est un personnage fort connu des amateurs de football anglais : joueur très prometteur dans les années soixante, il se blesse gravement en pleine ascension. Il devient alors entraîneur de Derby, équipe anglaise de troisième division qu’il mène à la victoire au championnat d’Angleterre. Au début des années soixante-dix, il prend la direction de Leeds United, prestigieuse équipe au sommet de la première division. Leeds traîne une réputation de tricheuse et Clough entend faire gagner ses joueurs en changeant radicalement de méthode. C’est également un défi personnel que se lance Clough puisqu’il se sent en compétition avec l’ancien entraîneur de Leeds et entend bien le surpasser.

   

   Est-il besoin de le préciser ? Il faut être un minimum connaisseur de l’univers du football pour prendre plaisir à cette lecture. Brian Clough étant sous l’emprise du foot et de la compétition, pratiquement rien d’autre ne peut entrer dans le champ du récit. L’écriture de Peace rend parfaitement compte de cette obsession en se faisant entêtante : le ressassement est continuel et les répétitions nombreuses. Le personnage de Clough a néanmoins l’épaisseur suffisante pour interpeller le lecteur qui ne serait pas féru de descriptions de matchs : un tempérament de fer, une opiniâtreté sans limites et la volonté de devenir une légende du foot anglais.
   

   Par ce personnage et ceux qui l’entourent, Peace s’attache à décrire la violence qui règne dans les milieux ouvriers du Nord de l’Angleterre. C’est bien là l’ambition de Peace dans toute son œuvre: dresser un tableau naturaliste saisissant de son pays et plus spécifiquement de sa région (Leeds et ses environs) par le biais du crime (dans 1974 et les 3 livres qui ont suivi), des mouvements sociaux (GB 84) ou bien encore du foot.

 

   Ainsi, il me semble que 44 jours peut être lu par les amateurs de foot qui aurait par exemple aimé lire Carton jaune de Nick Hornby ou par les lecteurs intéressés par l’histoire populaire de l’Angleterre contemporaine.


Voici l'effet que peut produire ce livre sur un véritable amateur de foot, Michel sur Serial lecteur!


David Peace, 44 jours, The Damned United, Rivages, Rivages-Thriller, 2008. 22 €. Traduit de l’anglais par Daniel Lemoine.


Posté par Lapinoursinette à 22:45 - Littérature anglaise - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

15 mai 2008

Linda Newbery, De pierre et de cendre, Phébus, 2008.

   Angleterre, fin XIXème siècle : Samuel Godwin, jeune peintre fraîchement diplômé est engagé par Ernest Farrow, un riche veuf, pour tenir le rôle de professeur de dessin auprès de ses deux filles, Marianne et Juliana. Au sein d’un domaine à première vue enchanteur, Samuel va être confronté à une atmosphère lourde de secrets familiaux.

   

   Lorsque l’on regarde un lac, on voit tout d’abord une surface calme et plate. Puis lorsque l’on s’approche de la surface et que l’on se penche, on voit toute une vie insoupçonnée grouiller. Du calme rassurant peut naître l’inquiétude et même l’effroi. Cette métaphore bien connue et à nouveau employée dans cet ouvrage résume non seulement l’ambiance qui règne dans le domaine mais également les épreuves que Samuel va devoir surmonter.
   

   De Pierre et de cendre cherche manifestement à s’inscrire dans la lignée de certaines romancières anglaises du XIXème siècle et il faut admettre que tous les ingrédients sont réunis : une bâtisse isolée et nichée dans un parc immense, une aristocratie délétère qui entretient des rapports troubles avec sa domesticité, deux jeunes sœurs aux caractères contrastés mais toutes deux bien fragiles, un jeune homme qui fait ses premiers pas dans le monde…
   

   Malgré quelques maladresses de narration ou de style, le pari semble gagné à l’issue de la lecture. Même si l’effet premier de ce texte est de recréer une ambiance typiquement anglaise et mystérieuse, l’intrigue n’en est pas pour autant négligée et s’avère fort bien construite. Elle parvient en tous cas à tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

Linda Newbery, De pierre et de cendre, Phébus, 2008. Traduit de l’anglais par Joseph Antoine. 512 p., 23,50 €.


Posté par Lapinoursinette à 23:01 - Littérature anglaise - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :
« Accueil  1