Reif Larsen, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S.Spivet, Le Livre de Poche, 2009.
A première vue, ce livre m’a fait peur : schémas, notes en marge, titre à rallonge…Esbroufe ou génie ? Peur
que tous ces à-côtés ne soient qu’ornementations ou pire un cache-misère pour un texte faible.
Merci au blogoclub de m’avoir poussée à la lecture du voyage de T.S.Spivet car dès les premières pages, mes réticences se sont évaporées. Pas de doute, j’étais face à un grand livre, de ceux que l’on garde en soi longtemps, par la grâce d’un effectivement prodigieux héros adolescent.
Spivet a 12 ans ; esprit scientifique formé par ses lectures, ses observations et sa coléoptèriste de mère, Spivet considère le monde rationnellement, tout en menant des projets hautement fantasques tels que cartographier le monde entier. Mais le scientifique ne peut jamais s’exclure de l’irrationalité des rapports humains et sous ses abords rigoureux, Spivet doit composer avec une famille pas piquée des hannetons et surtout avec la mort de son frère. Les textes en marge sont ceux où affleure la sensibilité du garçon tandis que les dessins et schémas explicatifs sont comme des balises de repérage pour comprendre le monde.
Quand Spivet saute clandestinement dans un train pour traverser les Etats-Unis, on savoure le voyage et l’on aimerait rester toujours à ses côtés avec sa valise bourrée à craquer de sextants, de boussoles et même d’un squelette de sansonnet ! Un livre de voyage oui, mais tout autant spirituel que concret et un roman, carnet de notes qui éveille constamment la curiosité. J'adore!
Pour connaître les avis des autres lecteurs, un petit tour chez Sylire s'impose.
Reif Larsen, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S.Spivet, Le livre de Poche, 2009. (The Selected Works of T.S.Spivet). Traduit de l'anglais par Hannah Pascal. 408 p., 7,50 €. Illustrations de Ben Gibson et Reif Larsen.
Sherman Alexie, Le premier qui pleure a perdu, Albin Michel Wiz, 2008.
Junior a 14 ans : il est né avec trop d’eau dans le crâne, il est myope, presbyte, il zozote et bégaye. Pour ne rien arranger du tout à l’histoire, Junior est un Indien Spokane qui vit dans une réserve où il se fait tabasser quotidiennement en se faisant traiter de gogol. 
Ouh là une histoire de vilain petit canard, oui certes, mais racontée avec une pêche, un sens profond de l’auto-dérision et un optimiste qui laisse admirateur. Junior raconte comme personne la vie dans la réserve et même si son quotidien est fait de violence, d’alcool, de désespoir et de pauvreté, il parvient à éviter la description sordide. Junior se met en scène dans le rôle taillé sur mesure de la victime qui n’a pas de bol mais cet acharnement du destin, commun à tous ses proches, est contrebalancé par son énergie hors du commun.
Le premier qui pleure a perdu est aussi le récit d’une émancipation : Junior quitte la réserve pour aller dans un lycée de blancs, ce qui est diversement perçu par les siens (victoire ou trahison ?).
Loin des clichés ou des atermoiements faciles, Sherman Alexie dessine un portrait tendre, rigolo et lucide des siens et vous passerez du rire aux larmes en un seul chapitre !
D'autres lecteurs : Audouchoc, Reno, Cécile.
Sherman Alexie, Le premier qui pleure a perdu, Albin Michel Wiz, 2008. (The Absolutely True Diary of A Part-Time Indian). Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec. 280 p., 13 €. Illustration de couverture : Olivier Balez. Illustrations : Ellen Forney.
Ray Bradbury, Fahrenheit 451, Gallimard, Folio SF, 2000.
Ecrit
en 1953, Fahrenheit 451 s’est extrait
de son contexte pour atteindre l’universel. La préface indique en effet que le
propos du livre peut faire référence au maccarthysme. Or, pour ma part, je
n’ai pas spontanément pensé à cette période de l’Histoire américaine. Le monde
décrit m’a renvoyée à d’autres époques et même à la nôtre.
L’acte le plus
marquant et le plus connu de Fahrenheit 451
est l’autodafé de livres : il constitue en soi l’aboutissement nihiliste
d’une société qui a totalement rejeté la pensée sous toutes ses formes. Comment
y est-on arrivé ? Plus de philosophie, d’histoire et de langues étrangères
à l’école. Le silence n’existe plus : matraquage publicitaire constant,
musique et sons assourdissants en continu dans les oreilles et à la maison, un
étrange objet, les murs-écrans. Mi-télévision, mi-ordinateur, ils diffusent des
programmes colorés, en 3D et qui s’adaptent au spectateur. Du divertissement
global qui isole des autres et de soi-même.
Bradbury a ainsi anticipé le pouvoir
de la télévision et a pressenti l’attrait de l’interactivité technologique qui
rend le monde réel pauvre et sans intérêt. Le rôle du gouvernement est bien sûr
central mais tout au long du roman, il reste finalement en retrait. Comme les
disent les vieux intellectuels qui ont connu l’ancien monde, les gens ont cessé
de lire et de réfléchir par eux-mêmes.
Cette société m’a glacée d’effroi et m’a
terriblement bouleversée. Face à la déshumanisation systématique, notre propre
humanité se révolte et crie sa raison d’être. J’ai suivi avec fièvre le
parcours de Montag, ce pompier chargé d’incendier les livres : peu à peu,
il prend conscience de son vide existentiel et cherche à le comprendre. Fahrenheit 451 est certes un classique
dont on a tous entendu parler mais qu’il est nécessaire de (re)lire et de faire
lire car, par sa puissance, il tient en éveil notre vigilance. Comme
j’aimerais que les puissants de ce monde (gouvernants, industriels et
financiers) lisent ce livre et soient pénétrés par son sens !
Un très
grand texte qui magnifie une résistance toujours nécessaire face à la défaite de
la pensée.
Ray Bradbury, Fahrenheit 451, Gallimard, Folio SF, 2000. Traduit de l’anglais par Jacques Chambon et Henri Robillot. 224 p., 5 €.
Jon Fasman, La ville insoumise, Seuil, 2010.
Nelly
Kaprièlian dans Les Inrocks de cette semaine, remarque une nouvelle manie des
écrivains qui consiste à insérer plusieurs pages de remerciements à la fin de leur
ouvrage, comme si le roman était une œuvre collective où tout le monde, du
stagiaire bénévole de la maison d’édition à l’épouse abandonnée pendant la
rédaction du livre, aurait mis son grain de sel.
Fasman, dans son deuxième
roman, n’y coupe pas et rajoute même une sorte d’explication de texte laborieuse
détaillant son projet et ses intentions. Soit le livre est réussi et on
comprend son projet en y ajoutant notre propre vécu, soit ce procédé est un
aveu de semi-échec. Si durant 377 pages (quand même !), Fasman n’est pas
parvenu à nous faire comprendre « tout le respect et tout l’amour qu’[il] porte
à la ville de Moscou[…] », je doute qu’il y arrive en trois pages de
remerciements !
Revenez Italo Calvino et Umberto Eco et bâillonnez ces
auteurs qui veulent nous imposer à nous, lecteurs, leur point de vue sur leurs œuvres !
Vive les lecteurs libres !!
Je commence par cette référence à Nelly
Kaprièlian car finalement ces pages de remerciements sont symptomatiques du ton
général du livre. La ville insoumise ressemble
à un travail d’étudiant en cours d’écriture, un travail certes brillant mais où
l’on sent qu’il existe un cahier des charges qui doit être respecté. Puisque l’auteur
veut se rappeler aussi brutalement à l’esprit du lecteur, je ne peux m’empêcher
de lui reprocher de s’être tenu en tapinois durant tout le livre et je le sens
qui souffre derrière ses longues descriptions de Moscou. Oui, en un sens, on ne
perçoit pas de jubilation à écrire mais l’effort et la sueur. Certes écrire est
difficile mais le résultat ne doit pas en garder les traces laborieuses. Après
tout, on ne les force pas à écrire ces gens !
Je m’énerve, je m’énerve
mais je constate que j’ai malgré tout suivi le périple initiatique de Jim
Vilatzer, gentil loser américain, à Moscou jusqu’au bout. Avec plaisir souvent,
agacement parfois pour les raisons citées ci-dessus, ennui aussi (trop bavard
Monsieur Fasman !) Car au fil des pages, on se sent dans « la ville
insoumise » presque comme chez soi et on prend plaisir à y déambuler. L’appellation
de « thriller » me semble un peu exagérée puisqu’il faut attendre au
moins 200 pages pour qu’il y ait enlèvements, coups de fusils et mystères
insondables.
La ville insoumise est
bien plus le parcours d’un homme qui se cherche et qui se heurte à la
grandiloquence d’une ville sans pareil. Pas le livre de l’année, ni même du
mois mais une lecture qui ne mange pas de pain (noir).
Merci au site chez les filles.com pour cet envoi et comme je ne suis pas la seule à l'avoir reçu en cadeau, on trouvera beaucoup d'avis sur le livre de Fasman : Pickwick, Keisha et Blog-o-Book qui recense une vingtaine de lecteurs de ce livre!
Jon Fasman, La ville insoumise, Seuil, 2010. (The Unpossessed City). Traduit de l'anglais par Madeleine Nasalik. 380 p., 21,50 €. Couverture : P.Lopparelli/Tendance Floue.
Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, Du monde entier, 2009.
Pour les lecteurs de Philip Roth, Nathan Zuckerman est
plus qu’un nom connu, c’est un familier dont ils ont pu suivre toute l’évolution
à travers de nombreux romans. Exit le
fantôme leur donne une dernière fois ( ? soyons optimiste, il ne meurt
pas au cours du roman…) des nouvelles de l’écrivain.
Après onze années de
réclusions volontaires à la campagne, le voilà de retour à New York, confronté
à ses contemporains qu’il ne comprend plus. Philip Roth aurait pu profiter
comme à l’habitude de cette situation prometteuse pour une analyse de l’Amérique
de 2004 : certes, il l’esquisse notamment par le bais de la réélection de
Bush fils et des utilisations abusives du téléphone portable mais il s’attache
davantage à la déchéance physique et intellectuelle de son héros. On pourra
regretter donc cette impasse sur un sujet passionnant. Mais après tout, se
questionner sur la société américaine, c’est ce que fait la majeure partie des
écrivains américains traduits en France : on aura donc de quoi se mettre
sous la dent avec d’autres romans.
Exit
le fantôme est plus le récit universel de la vieillesse et de ses ravages.
L’être tout entier se trouve réduit aux contraintes d’un corps défaillant :
difficile à vivre encore plus pour un esprit libre qui a toujours voulu se
singulariser et que le déclin rapproche des autres. Comment continuer à écrire
quand on ne se souvient plus de la page précédente ?
Une tristesse
désabusée traverse tout le texte et l’amertume qui atteint Zuckerman le fait
douter de l’avenir même de la littérature. Mais, comme on ne se refait pas, il
fantasme tout de même copieusement sur une jeune new-yorkaise et se sert de
cette relation pour retrouver sa vigueur littéraire. Pour combien de temps
néanmoins ?
« D’une façon ou d’une autre, comme une flèche ou
errant sans but, on arrive toujours à la fin du chemin. » p.197
« Il mourut comme nous mourons tous : en
parfait amateur » p. 297
Amis neurasthéniques, bonsoir !
Cathe, Gaélig de Seren dipity et Bartllebooth ont beaucoup aimé.
Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, Du monde entier, 2009. (Exit Ghost). Traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier. 326 p., 21 €.
A.M. Homes, Le sens de la famille, Actes Sud; Lettres américaines, 2009.
Le sens de la famille est le récit autobiographique d’une
enfant adoptée, fruit d’une liaison adultérine entre un homme marié, d’âge mûr et
une jeune fille. L’enfant fut abandonné et finalement adopté par un couple d’universitaires
juifs new-yorkais. A l’âge de 30 ans, après avoir fantasmé pendant des années
sur ses parents inconnus, A.M.Homes voit surgir brutalement sa mère biologique.
Le portrait qui en est fait ressemble au rêve américain qui aurait tourné au
cauchemar : se comportant comme une petite fille, la mère est une paumée dépressive
dont la vie a été gâchée par l’abandon de sa fille. « Après 31 ans, elle
est revenue réclamer la vie qu’elle n’a jamais eue. » au point de devenir
complètement intrusive dans la vie de sa fille.
Le père, quant à lui, n’a pas
changé d’un pouce et se comporte toujours en égoïste qui protège son confort
familial. Le contraste entre la famille adoptive et les parents biologique est
tel qu’il dessine deux visions de la société américaine, deux mondes qui n’ont
tellement rien à voir qu’ils ne peuvent communiquer. A.M.Homes dissèque les
effets dévastateurs de cette schizophrénie entre le biologique et l’éducatif. Sa
vie s’en trouve bouleversée puisqu’elle se sent longtemps dépossédée de sa
propre existence.
Elle en fait un récit quasiment psychanalytique, parfois
impudique, toujours étonnant et passionnant.
Cathe a aussi aimé mais Cathulu juge l'expérience trop intime pour pouvoir aimer ou pas...
A.M. Homes, Le sens de la famille, Actes Sud, Lettres américaines, 2009. (The Mistress's Daughter). Traduit de l'américain par Yoann Gentric. 234 p., 19,80 €.
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008.
John
Vogelin est un dur à cuire : vieux rancher du Nouveau-Mexique, il a passé
toute sa vie sur une terre désertique et inhospitalière. Mais pour lui, ce
désert peuplé de cougars et de coyotes est le paradis sur terre et rien ni
personne ne pourra l’en chasser. Ainsi, lorsque l’Armée décide de l’exproprier
pour y installer un champ de tir de missiles (nous sommes dans les années
soixante et la Guerre Froide est à son
plus fort), le vieux Vogelin, têtu comme une mule, s’accroche à sa terre et
refuse de partir. Son petit-fils, Billy, présent pour les vacances d’été, l’admire
et l’épaule dans son combat désespéré.
Si le rapport de force entre le pouvoir américain et
le vieil homme amoureux du désert et de la solitude constitue le cœur du récit,
Abbey n’en néglige pour autant pas le portrait d’un homme, certes entêté, mais
admirable d’intégrité. Droit dans ses bottes, le rancher ne cède pas un pouce
de terrain ; son côté bourru cache évidemment une sensibilité qui s’exprime
dans les rapports qu’il entretient avec son petit-fils.
Vogelin agit certes par
intérêt personnel mais son attitude symbolise la
vision critique d’un pays matérialiste qui néglige la splendeur de ses grands
espaces. D’où, bien évidemment, de magnifiques descriptions de paysages lors
des chevauchées à travers le désert. Une profonde sérénité émane de ces
passages et la relation apaisée entre les hommes et la nature est considérée
comme un art de vivre.
Une ode sans concession à la nature et à l’engagement : salutaire, encore (surtout?) de nos jours…
Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008. (Fire on the Mountain). Traduit de l'anglais par Jacques Mailhos. Première parution américaine : 1962. 211 p., 22 €.
Joyce carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau cabinet cosmopolite, 1998.
Refermer le livre d’Oates revient à se
séparer d’une famille dont chaque membre nous était devenu aussi intime (voire
peut-être même plus) que notre propre famille ou nos amis. Mais longtemps
après, les Mulvaney continuent à nous habiter : lorsque l’on voit une
jeune fille d’une bonté touchante mais peut-être trop naïve pour le monde qui l’entoure,
lorsqu’on écoute un adolescent sûr de lui, frondeur et inexpérimenté aussi,
lorsqu’une maman un peu follette mais tellement enthousiaste et sympathique nous
parle avec passion de choses et d’autres. Les Mulvaney ont une telle profondeur
qu’ils deviennent réels et lire leur histoire pousse parfois à la langueur,
souvent à une tristesse à faire pleurer les pierres.
Ce livre est ma première
rencontre avec l’écriture de Joyce Carol Oates et sa connaissance aiguisée de l’âme
humaine : j’ai vécu deux semaines en communion avec les Mulvaney,
ressentant leur propension au bonheur et leur chute du Paradis presque comme si
elles étaient miennes. Ainsi, parfois, lorsqu’une œuvre touche à des régions trop
sensibles, on l’adore mais on aime aussi la quitter. Certes, l’épilogue qui clôt
la longue histoire des Mulvaney apporte une note d’espoir mais c’est la souffrance
violente, la lâcheté des parents et l'injustice infligée aux enfants que l’on retient, qui
hante le lecteur…et que l’on veut oublier.
Quelques jours après avoir fini le livre,
je m’efforce de repenser à l’amour qui a pu unir les Mulvaney à un moment de
leur histoire, à la place merveilleuse qu’occupent les animaux dans leurs cœurs,
à leur fantaisie et leur singularité.
Merci au Blogoclub de m’avoir fait découvrir ce grand livre américain ! Pour plus d’informations sur le résumé et pour d’autres impressions de lecture, allez voir les blogs de Sylire et Lisa qui recensent tous les billets sur Nous étions les Mulvaney.
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney, Stock, Nouveau Cabinet Cosmopolite, 1998. (We Were the Mulvaneys, 1996). Traduit de l'anglais par Claude Seban. 597 p., 23 €.
Helene Hanff, 84, Charing Cross Road, Autrement, Littératures, 2001.
Voici
un livre déjà bien repéré par les amoureux des livres et des librairies (la quatrième de couv’ assure même que
c’est un « livre culte » !) Ma première surprise en le
découvrant est de voir qu’il s’agit d’un échange épistolaire entre deux
personnes réelles et non d’une fiction.
Helene Hanff est une scénariste américaine. Après-guerre, elle décide de se constituer
une solide culture classique mais les librairies new-yorkaises ne lui
conviennent pas. Elle répond alors à la petite annonce de Marks and Co,
vénérable librairie sise au 84, Charing Cross Road, London. S’ensuit une
correspondance entre Helene l’américaine et Frank, l’un des libraires
londoniens qui durera de 1949 aux années 60 ! Leurs courriers soulignent
avec malice les différences culturelles entre les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne : ils ont beau parler la même langue, leur rapport à
l’autre est bien différent. Helene est rigolote, exubérante et très directe
quand Frank conserve en toutes circonstances sa réserve, sa sobriété et son
flegme.
Évidemment, comme leur correspondance porte sur les livres, les
lettres sont truffées d’allusions et de références à la culture anglo-saxonne
classique que de nécessaires notes en bas de pages viennent éclairer.
Une touchante histoire d’amitié, pleine d’humour et d’érudition, entre deux amoureux des livres.
Helene Hanff, 84, Charing Cross Road, Autrement, Littératures, 2001. 113 p., 12,20 €. Existe en Livre de Poche à 5,50 €.
Laurie Colwin, Frank et Billy, Autrement, Littératures, 1999.
Pourquoi
tombe-t-on amoureux ? Parce que l’autre est notre alter ego ou au contraire
notre exact opposé ? Le sait-on un jour ?...Frank et Billy parle de
ce sentiment à la fois commun, mystérieux, futile et profond qu’est l’amour, à
travers l’histoire d’une relation adultérine. Frank a la cinquantaine, une vie
comblée, une femme raffinée. Pourtant, le voilà au lit avec Billy, sa
maîtresse. Elle, c’est tout l’inverse de Vera, la femme de Frank. Billy s’habille
comme l’as de pique, n’a que faire de la décoration intérieure et déteste les
mondanités. Comme Frank, elle s’épanouit dans son mariage. Pourtant, Frank et
Billy sont attachés l’un à l’autre. « Pour elle, notre liaison était
possible que parce que nous nous fréquentions à petites doses. Une tranche de
vie ordinaire nous serait fatale. » p. 23
Laurie Colwin cherche à capturer
l’insaisissable, les battements de cœur, dans une prose précise, nostalgique et
tendre. Elle y parvient justement en soulignant tout ce qui reste étranger chez
l’autre, tout ce qui peut encore surprendre. Dans le premier chapitre, Frank
parle de sa maîtresse et c’est là que le ton est le plus doux. Puis, le
narrateur devient extérieur et en prenant de la distance, on voit les nuances sentimentales
apparaître : l’inquiétude est permanente, l’agacement point parfois et la
dépendance à l’autre est obsédante. « Il
avait souvent l’impression qu’être amoureux, c’était avoir un oiseau pris dans
les cheveux. »p. 80 Le portrait de Billy, femme à la fois attachante et
revêche est aussi un aspect très réussi du roman.
Une lecture que l’on fait le
sourire aux lèvres et le cœur un peu serré.
Clarabel est une spécialiste de Laurie Colwin puisqu'elle a lit tous ses livres!
Laurie Colwin, Frank et Billy, Autrement, Littératures, 1999. (Another Marvelous Thing). Traduit de l'anglais par Elishéva Marciano. 146 p., 14,95 €. Existe en livre de poche à 6 €.

