Blog superflu

Les lectures d'une bibliothécaire

27 avril 2009

Jean-Yves Ferri, Manu Larcenet, Le retour à la terre, T5, Les révolutions, 2008.

   Est-il encore utile aujourd’hui de parler sur un blog du Retour à la terre et de cette « méga-star de la BD » qu’est Larcenet ? Beaucoup de lecteurs suivent assidument cette série qui a même paru en strip dans un journal gratuit et il n’y a plus à défendre les qualités certaines de cette BD. Mais bon, je ne résiste pas au plaisir d’écrire un petit billet vu que ce cinquième tome s’avère être un excellent cru !

   C’est la révolution aux Ravenelles : les élections municipales approchent, un hypermarché Krashdiscount veut s’implanter dans la région, Mariette a repris des études à la fac et Larssinet se questionne sur son identité et à toujours du mal à rendre ses planches à temps…J’oubliais que Speed, le chat, doit apprendre à reconnaître les bénéfices incommensurables d’une chatière (bénéfices pour le chat ou pour son maître ???)

   Ce tome « révolutionnaire » est particulièrement savoureux et hilarant. Larssinet paraît dépassé par les événements et observe le monde autour de lui qui change : le maire est une crapule prête à toutes les pressions pour se faire élire, l’épicier devient (presque…) gauchiste altermondialiste en lutte pour le petit commerce et Mariette semble indifférente aux affres dans lesquelles est plongé notre pauvre dessinateur-papa au foyer. La part belle est ainsi faite aux personnages secondaires déjà présents dans les autres tomes mais qui prennent ici une épaisseur nouvelle. Larcenet (ou Larssinet ? on ne sait plus !) excelle à brocarder les mœurs campagnardes avec un humour qui fait mouche.

Pour un moment assuré de bonne humeur, allez faire un tour aux Ravenelles !

Jean-Yves Ferri (scénario), Manu Larcenet (dessins), Le retour à  la terre, Tome 5, Les révolutions, Dargaud, Poisson-Pilote, 2008. 48 p., 10,40 €.


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20 avril 2009

Marguerite Abouet, Clément Oubrerie, Aya de Yopougon, Gallimard, Bayou, 2005-2008.

   Lire Aya, c’est aller avec bonheur à la découverte de Yopougon en Côte-d’Ivoire et faire connaissance avec Aya, une jeune fille sérieuse qui veut devenir médecin, et ses copines, Adjoua et Bintou, de vraies fêtardes. Lire Aya, c’est aller à la rencontre de l’ « Afrique enchantée », telle qu’elle est décrite dans l’émission de France Inter du même nom (Aya, c’est de toutes façons plus RFI que TF1...).
   Plongé dans le quotidien de familles ivoiriennes, le lecteur découvre les histoires de cœurs des jeunes et des moins jeunes ou la vie sociale et économique du quartier. Le ton est résolument léger même si certaines histoires, comme l’infidélité d’un papa, apporte une touche de gravité. Marguerite Abouet veut clairement donner une image différente de son pays sans pour autant faire l’impasse sur les difficultés.
   On se prend bien vite d’affection pour tous les personnages de Yopougon et on suit leurs aventures avec le même plaisir qu’un bon feuilleton ! Les dialogues sont particulièrement savoureux puisque le français parlé est truffé d’expressions locales ; quant au dessin de Clément Oubrerie, il parvient à rendre avec une grande finesse les expressions et le maintien des personnages : certains ont vraiment une sacrée classe !

Sourires et dépaysement assurés avec Aya de Yopougon !

L'avis de Florinette qui a lu les 4 tomes.

Marguerite Abouet (scénario), Clément Oubrerie (dessin), Aya de Yopougon, Gallimard, Bayou. 4 tomes publiés entre 2005 et 2008. Entre 15€ et 16,50€ le volume.


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03 avril 2009

Richard Marazano, Xavier Delaporte, Chaabi, la révolte, Futuropolis, 2007, 2009.

   « Dans ce pays, un enfant est assez grand pour travailler et suer comme un ouvrier adulte. Tout cela parce qu'il n'a personne pour le défendre quand ses parents sont trop occupés à survivre. Dans ce pays, il est assez grand pour être utilisé comme un objet, pour être battu et pour mourir de faim aussi. Et il ne serait pas assez grand pour se révolter contre ça? » (p 42, deuxième partie)

   Cette bande dessinée aborde la question des enfants esclaves indiens à travers la destinée de Chaabi. Comme beaucoup d’autres, il a été vendu par ses parents au propriétaire d’une mine de souffre de la province de Samastipur. Commence alors un long calvaire pour cet enfant sensible et encore naïf. Les conditions de vie épouvantables, la cruauté des surveillants et la loi du plus fort qui règne entre les enfants apparaissent immédiatement aux yeux de Chaabi comme un enfer désolant et injuste. Comment accepter une telle destinée ? Un groupe d’enfants solidaires organise une évasion à laquelle Chaabi est associé. Une longue errance s’ensuit dans les montagnes au cours de laquelle Chaabi devient le chef des révoltés : son intelligence et son charisme font le reste. Seulement, la révolte prend une telle ampleur que les autorités de la province de Samastipur cherchent à la contrer. Mais ces gamins animés par l’énergie du désespoir font parler d’eux jusque dans les villes et une journaliste de New Dehli vient les rencontrer pour un article.

   Chaabi, la révolte cherche vraiment à sensibiliser le lecteur aux atrocités subies par les enfants en Inde (et ailleurs…). Le récit est très prenant, bien mené et une grande empathie naît pour Chaabi et ses compagnons de lutte. La question de l’utilité et de la pérennité des révoltes est habilement évoquée : combien de révoltes et de morts mais combien de victoires ? Témoigner (ce que fait cette BD) est également important puisque cela permet de ne pas oublier et de toujours garder la foi en la justice sociale. Le personnage de la journaliste est en cela primordial. Peu de remarques à faire enfin sur le dessin qui s’avère, à mon avis, très classique, voire sans surprise mais efficace pour servir le propos de l’ouvrage.

Une bande dessinée engagée sur le travail des enfants, un témoignage qui interpelle et touche en plein cœur.

Laurent avait lu la première partie et attendait la seconde avec impatience.


Richard Marazano (scénario), Xavier Delaporte (dessins), Chaabi, la révolte, première partie, Futuropolis, 2007. 80 p., 15 €. Deuxième partie, 2009, 68 p., 15 €.


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Golo, Mes mille et une nuits au Caire, Futuropolis, 2009.

   Golo est manifestement un amoureux transi de l'Egypte en général et du Caire en particulier. Cette bande dessinée est une ode à la civilisation égyptienne et arabe : Golo y décrit ses pérégrinations à travers la ville, notamment dans les années 70. Il a pour guide un « artiste du hasard, un génial vagabond », Goudah, personnage débonnaire qui connaît toute la ville et une bonne partie de ses habitants. Ainsi, les deux compères déambulent au hasard des rues, au gré des rencontres. Chaque retrouvaille avec les amis de Goudah est l'occasion pour Golo de connaître une histoire d'afrite (selon l'utile glossaire à la fin de l'ouvrage, un 'afrite est un « être surnaturel malin, un démon ») ou une « nokta », c'est à dire une « histoire drôle, typique de l'humour égyptien ». La culture populaire s'allie à la culture savante pour donner du Caire une image bigarrée et passionnante : dans les cafés enfumés, on parle ainsi des origines possibles des Mille et une nuits, comme de la situation politique. La frontière entre imaginaire, fantasme et réalité est toujours poreuse.
   

   Le ton et l'approche adoptés par Golo rappellent les livres d'Albert Cossery et on ne s'étonnera pas de voir que ce dessinateur a adapté Mendiants et orgueilleux, chez Futuropolis et Les couleurs de l'infamie chez Dargaud. Son dessin très coloré, qui rappelle par moments celui de Cabu, sied bien à l'ambiance cairote des années 70 mais semble maintenant un peu daté. Cela reste néanmoins une faiblesse mineure dans une bande dessinée qui est une belle invitation à la découverte.


Golo, Mes mille et une nuits au Caire, Futuropolis, 2009. 92 p., 17 €.


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23 mars 2009

Shigeru Mizuki, NonNonBâ, Editions Cornélius, Collection Pierre, 2006.

   Voici une belle chronique familiale dans le Japon des années 1930. Shigeru est un petit garçon à l'imagination fertile, doué pour le dessin. Son quotidien, entre ses frères et ses parents, se trouve égayé par la rencontre avec la pittoresque NonNonBâ, une vieille femme indigente recueillie par la famille. NonNonBâ est une spécialiste hors pair des monstres de la mythologie japonaise, les "Yokaï", et des superstitions qui s’y rapportent. Les Yokaï sont rattachés à toutes sortes de situations, des plus exceptionnelles aux plus triviales : ainsi, le monstre Nuru-Nuru Bôzu vit au bord de la mer et se colle au dos des gens. Il se frotte contre eux parce que "ça doit le gratter" selon NonNonBâ. Sauf que les Yokaï ne vivent pas que dans les histoires que la vieille dame raconte à Shigeru et à ses copains : les monstres interviennent aussi dans le quotidien! Ainsi, Shigeru est la plupart du temps mort de peur face à ces terribles figures surnaturelles mais il parvient également à les apprivoiser. Les Yokaï le conseillent et se laissent même voir pour être dessinés.
   Ce manga est aussi un beau recueil de souvenirs d'enfance : l'ambiance, souvent tendre et amusante, se fait parfois douce-amère à l'évocation des bagarres entre gamins ou de l'enfance qui s'enfuit peu à peu.


   Les mangas de Shigeru Mizuki ont tous été traduits et publiés par les Editions Cornelius : 3, rue des mystères, Kitaro le repoussant, Opération mort. A noter également la parution chez Pika d'un dictionnaire des Yokaï qui recensent 500 démons et monstres japonais! Shigeru Mizuki est le digne héritier du savoir de NonNonBâ !

L'avis de Jean-François (avec une intéressante introduction sur les Yokaï) et celui de Florinette.


Shigeru Mizuki, NonNonBâ, Editions Cornelius, Collection Pierre, 2006. 420 p., 30 €.


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01 mars 2009

Alfred, Olivier Ka, Pourquoi j'ai tué Pierre, Delcourt, Mirages, 2006.

    Pourquoi j'ai tué Pierre est une BD coup de poing : on en sort suffoqué et également admiratif. Pas facile en effet d'aborder un sujet grave en réussissant à trouver le ton juste.

   Années hippies : Olivier est un petit garçon heureux dans une famille cool où l'on ne s'embarrasse pas des anciennes valeurs : fidélité, famille, religion, pudeur. En grandissant, Olivier est en pleine crise existentielle : faut-il rejeter la religion et tous ses simulacres, comme le font ses parents ou l'adopter et suivre ses préceptes, comme ses grands-parents? Pour compliquer la donne, Olivier est très copain avec un "curé " de gauche". Il est cool. Il est drôle. c'est pas un prêtre, c'est un bonhomme." Les premières pages baignent dans une atmosphère quasi-idyllique qui en devient inquiétante : le contraste avec le titre ("Pourquoi j'ai tué Pierre") interroge. Effectivement, le paradis est vicié dès lors qu'une main d'adulte libidineuse se referme sur le corps d'un enfant.

   

   Olivier Ka a écrit cette histoire en compagnie du dessinateur Alfred afin d'exorciser ce traumatisme longtemps caché et minimisé : "C'est sans importance juste une petite anecdote envers laquelle j'ai réagi avec maturité. C'est ma mère qui l'a dit." (p.68) Le résultat est bouleversant, tout de colère rentrée. Le dessin d'Alfred épouse parfaitement à la fois la douceur de l'enfance et la dureté des événements. Seul un ami d'Olivier Ka pouvait aussi bien comprendre son histoire.


Un témoignage fin et poignant qui a logiquement reçu le prix du public à Angoulême en 2007.

L'avis d'Enna sur son blog "Enna vit, Enna lit".
A suivre : Alfred vient d'adapter chez Delcourt un roman de Guillaume Guéraud, Je ne mourrai pas gibier.

Alfred (dessin et adaptation), Olivier Ka (texte), Pourquoi j'ai tué Pierre, Delcourt, Mirages, 2006. 111 p., 14, 95 €.


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30 décembre 2008

Kris, Vincent Bailly, Coupures irlandaises, Futuropolis, 2008.

  Eté 1987 : deux adolescents français partent en voyage linguistique en Irlande du Nord à Belfast. Insouciants, ils n’ont qu’une vague idée du conflit qui secoue le pays qui va les accueillir. Très vite, la guerre, la présence des soldats britanniques, la complexité des relations entre protestants et catholiques vont les faire mûrir en accéléré. Ce voyage est en effet une coupure dans leur vie : coupure d’avec le monde de l’enfance, d’avec le confort français où l’on ne risque rien. Il y a aussi et surtout les rencontres avec les Irlandais : chaleureux, solidaires, évidemment politisés. Puis, cette ambiance de plomb n’empêche pas les flirts avec les Jeunes Irlandaises !

   Kris, auteur avec Etienne Davodeau d’une autre magnifique bande dessinée politique, Un homme est mort, signe une émouvante et nostalgique plongée à la fois dans l’adolescence et dans un pays meurtri. A la fin de l’ouvrage, huit pages documentaires éclairent le contexte historique et politique. Une bonne introduction subjective au conflit irlandais.

La liseuse aime beaucoup cette BD : c'est l'un de ses coups de coeur 2008.

Kris (scénario), Vincent Bailly (dessins), Coupures irlandaises, Futuropolis, 2008. 80 p., 16 €.

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03 décembre 2008

Christophe Chabouté, Tout seul, Vents d'ouest, 2008.

 Par la destinée d’un être hors normes, « Tout seul », qui vit sur un caillou, Chabouté signe un hymne à l’imaginaire : quelle que soit la situation, même la plus extrême, la pensée reste l’ultime sortie de secours. Mais cette histoire souligne que l’esprit humain a aussi besoin d’être nourri, de mots, d’images, de rencontres.

 

   Ce qui me frappe en lisant la même semaine Quelques jours d’été et Tout seul, publiées à 9 ans d’écart, c’est la constance et l’affirmation de la patte chaboutienne : des qualités graphiques et narratives certaines, des personnages profondément attachants, des histoires simples et universelles. D’une BD à l’autre, les dialogues se sont raréfiés, ce qui donne plus de force narrative encore aux images. La bande dessinée, comme le cinéma à ses débuts, est un art de l’image où les mots sont parfois superflus ou redondants et Chabouté l’a bien compris.

   N’hésitez pas à rejoindre "Tout seul" sur son caillou et vous ne regarderez plus votre dictionnaire de la même façon !


   Un coup de coeur de Cathe également à lire sur son blog très complet et fort réussi Les routes de l'imaginaire.

 

Christophe Chabouté, Tout seul, Vent d'ouest, 2008. 368 p., 28 €.


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Christophe Chabouté, Quelques jours d'été, Editions Paquet, 1999.

  Quelques jours d’été relate une histoire toute simple et bouleversante : un petit garçon est confié à deux vieux villageois qui lui sont inconnus. La femme apprivoise le gamin par ses contes, l’homme en lui apprenant à pêcher à la mouche et à connaître la rivière.

 

   Un scénario effectivement ténu mais c’est précisément de sa simplicité que naît sa beauté. Chabouté excelle dans la maîtrise du noir&blanc : effets de lumière et contre-jours racontent à la perfection la naissance d’une complicité et l’épanouissement d’un enfant, malgré les difficultés.

   Les scènes de pêche sont particulièrement émouvantes et portent en elles les moments de joie fugace mêlés d’une douce mélancolie. La découverte du monde des adultes ne se fait pas sans douleur mais elle est adoucie par cette rencontre avec l’univers campagnard.

   Comme le petit garçon, on sait que l’on gardera toujours au fond de soi ces quelques jours d’été.


Christophe Chabouté, Quelques jours d'été, Editions Paquet, 1999. 30 p. 9€. Réédité chez le même éditeur en 2004, dans la collection Ink, 6€.

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