Faux_livre_Karoo+

Hâbleur, égocentrique, pénible, pédant…voici Saul Karoo ! Docteur de scénarios pour Hollywood, capable de transformer un film anodin en film à succès, Saul Karoo est très doué pour réécrire et fantasmer sa propre vie et celle des autres. Quant à vivre vraiment sa vie d’homme, de mari et de père, c’est une autre histoire. Une histoire sacrément difficile à ordonner où rien ne se passe comme il l’avait prévu. Sur le point de divorcer, incapable d'avoir une quelconque relation avec son fils adoptif, Karoo n’a même plus le refuge ultime de l’alcool puisqu’une étrange maladie l’empêche d’être saoul.

Karoo pourrait être le fils parfait de Philip Roth et de Bret Easton Ellis : une vie entière de faux-semblants, noyée dans un aveuglement cynique. Malgré tout, Karoo parvient à être attachant pour une raison que l’on s’explique difficilement. Lorsqu’il se transforme en démiurge prêt à tout pour réécrire son histoire familiale, l’imminence de la tragédie qu’il se refuse à voir nous le rend particulièrement fragile. La grâce irrésistible du loser en somme.

Un colosse aux pieds d’argile, voilà ce qu’est Karoo qui n’aura que la fiction pour sauver son histoire impossible et en faire son meilleur scénario. Vertigineux et tortueux, nihiliste et passionnant, Karoo restera quasiment unique dans son genre puisque Steve Tesich est mort peu de temps après l’avoir achevé.

Steve Tesich, Karoo, Monsieur Toussaint Louverture, 2012. traduit de l'américain par Anne Wicke. 606 p., 22 €.