une femme à berlin couv   Il est des livres qui sortent tout droit de l'histoire, qui nous donne à entendre de façon directe ce qui s'est figé dans les livres scolaires. Voici un témoignage brut, celui d'une jeune femme berlinoise qui a tenu son journal entre avril et juin 1945.

   Nous vivons, en la lisant, les bombardements sur Berlin, l'entrée des Russes dans la ville, la capitulation enfin et l'après-guerre déjà. Cette femme nous livre les faits avec distance et acuité, avec à chaque fois l'analyse de sa vive intelligence : il n'empêche, la distanciation ne peut être totale puisqu'il s'agit de ce qu'elle a vécu elle, dans son propre corps, de ce qu'elle a vu, de l'immense désordre de la ville, de la solidarité parfois mais de la mesquinerie souvent et à travers ses yeux, tout nous paraît d'un réalisme saisissant. Il ne s'agit plus de l'Histoire racontée depuis de mille façons par des historiens mais d'une Allemande comme tant d'autres, ce qui nous rend la guerre si proche, toujours possible.

   Cette femme a tenu a rester anonyme et le texte n'a pas été publié de suite en Allemagne : parce qu'il était dérangeant de parler des viols par les Russes, de l'ambiance de survivance si particulière dans une ville peuplée d'enfants, de femmes, de vieillards et de malades.

   Un très grand texte, à lire et à relire pour en saisir toute la profondeur.

Une femme à Berlin, Journal, 20 avril-22 juin 1945, Gallimard, Témoins, 2006. 259 p., 24,40 €. (Eine Frau in Berlin). Traduit de l'allemand par Françoise Wuilmart. Existe en Folio, 393 p., 8,10 €.