Junior a 14 ans : il est né avec trop d’eau dans le crâne, il est myope, presbyte, il zozote et bégaye. Pour ne rien arranger du tout à l’histoire, Junior est un Indien Spokane qui vit dans une réserve où il se fait tabasser quotidiennement en se faisant traiter de gogol. alexie

   Ouh là une histoire de vilain petit canard, oui certes, mais racontée avec une pêche, un sens profond de l’auto-dérision et un optimiste qui laisse admirateur. Junior raconte comme personne la vie dans la réserve et même si son quotidien est fait de violence, d’alcool, de désespoir et de pauvreté, il parvient à éviter la description sordide. Junior se met en scène dans le rôle taillé sur mesure de la victime qui n’a pas de bol mais cet acharnement du destin, commun à tous ses proches, est contrebalancé par son énergie hors du commun.

   Le premier qui pleure a perdu est aussi le récit d’une émancipation : Junior quitte la réserve pour aller dans un lycée de blancs, ce qui est diversement perçu par les siens (victoire ou trahison ?).

   Loin des clichés ou des atermoiements faciles, Sherman Alexie dessine un portrait tendre, rigolo et lucide des siens et vous passerez du rire aux larmes en un seul chapitre !

D'autres lecteurs : Audouchoc, Reno, Cécile.

Sherman Alexie, Le premier qui pleure a perdu, Albin Michel Wiz, 2008. (The Absolutely True Diary of A Part-Time Indian). Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec. 280 p., 13 €. Illustration de couverture : Olivier Balez. Illustrations : Ellen Forney.