turquetto   Le prix Page des libraires a cet année été attribué pour la sélection française au Turquetto de Metin Arditi. Je n’ai pas participé au prix cette année (rendez-vous l’an prochain !) et n’ai donc pas eu l’occasion de lire les autres titres sélectionnés mais je me réjouis de voir Metin Arditi couronné ! L’histoire du Turquetto m’a en effet passionnée et je ne m’étonne pas de ne pas être la seule.

   Suivre le Turquetto de Constantinople à Venise au 16ème siècle, c’est s’engouffrer dans les soubresauts de l’Histoire, respirer l’odeur âcre des grandes foules tumultueuses, admirer les esquisses et les tableaux des grands maîtres. Metin Arditi ne concentre pas son récit sur la peinture mais livre bien plus au lecteur des atmosphères, des lumières, des odeurs, une sensualité non pas purement sexuelle mais pleinement charnelle. Admirer les chairs des belles esclaves géorgiennes, sentir l’animalité du corps de l’autre, de l’ami ou de l’amante, faire jaillir l’expressivité des visages, voilà ce qu’offre l’écriture d’Arditi et ce, dans un style pourtant épuré mais précis, concis et imagé.

   Au-delà de cet aspect plastique et sensitif qui impressionne la rétine, le mémoire et l’imaginaire, le destin de ce peintre né pauvre et juif passionne par les questions posées : Elie Soriano, bien que doué et amoureux du trait, ne peut être portraitiste puisque sa religion, comme l’Islam, lui interdisent. A la mort de son père, il s’enfuit à Venise, la catholique débauchée, et dissimule sa judéité en devenant le Turquetto. Peintre exceptionnel et reconnu, proche du pouvoir, il n’a pourtant d’autres ambitions que son propre talent. Il est alors accusé d’avoir peint une Cène blasphématoire et surtout les vénitiens découvre qu’il est juif. 

   Déchu, poursuivi et vieillissant, le voilà de retour à Constantinople : la boucle est bouclée et la dernière partie du livre, loin de faiblir, décrit une histoire d’amitié qui clôt avec majesté le destin mouvementé de ce peintre imaginaire. Bravo l’artiste !

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Metin Arditi, Le Turquetto, Actes Sud, 2011. 280 p., 19,50 €. Couverture : détail de L'homme au gant, Le Titien. Musée du Louvre.