lebeauD’abord, il y a la volonté très forte de témoigner car comme le dit une citation de Primo Levi mise en exergue : « S’il est impossible de comprendre, il est impératif de savoir. » Il y aurait 500 000 enfants-soldats à travers le monde : au-delà de ce chiffre monstrueux, Suzanne Lebeau a voulu mettre en scène l’histoire de deux d’entre eux et poser la question de la résilience après cet innommable-là.


   Elikia, 13 ans et Joseph, 8 ans, sont deux enfants-soldats au solde de rebelles d’une guerre sans nom. Elikia décide de fuir et entraîne Joseph. Le texte fait se superposer le récit en direct de la fuite et les impressions après coup des personnages. A ces scènes s’ajoutent des scènes de comparution où Angelina, l’infirmière qui a recueilli les deux enfants, témoigne en leur nom et explicite l’enfer vécu par les enfants-soldats. Cette construction du texte permet donc de ressentir la peur et l’insécurité vécues par les enfants et en même temps de prendre du recul sur ce qu’ils ont vécu. Le tout est dit dans une langue simple qui va à l’essentiel et le résultat bouleverse affreusement.


   Le bruit des os qui craquent est avant tout un témoignage essentiel et pudique ; mais c’est également un très beau texte de théâtre. Il sera joué au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris du 11 au 18 mars 2011 dans une mise en scène d’Anne-Laure Liégeois.


Suzanne Lebeau, Le bruit des os qui craquent, Éditions Théâtrales Jeunesse, 2008. 92 p., 7 €. Image de couverture : Mathias Delfau.

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