protagoras   « Un type s’enferme dans les chiottes et fait chier tout le monde. »Voila brutalement mais bien résumé par Mouawad lui-même le propos de cette pièce. Pour échapper à sa famille pesante, à ses voisins envahissants qui ont pris possession de l’appartement familial, Willy Protagoras s’enferme dans les toilettes.


   « Je suis chez moi et j’y reste. Je ne sortirai que lorsque les intrus seront partis. Intrus, tous ceux qui refusent le regard que je porte sur la mer. » (p.49) Willy ne revendique rien d’autre que la liberté de créer, la liberté d’être, la liberté aussi d’être différent de sa famille.  C’est rien et c’est trop à la fois. La pièce de Mouawad est une réflexion féroce et sans espoir sur les compromis auxquelles la famille nous oblige. L’ordure est dans nos intestins mais aussi dans nos cerveaux, comme dans notre bouche.  L’humain, en effet, est considéré dans sa crudité, avec sa merde, ses tripes et ses injures. (Si vous êtes en rade d’injures envers vos pires ennemis, lisez cette pièce ! « Cette couille molle, cet anus enflé, ce trou du cul fini, cette vergeture en marche. Cette enflure, bref, ce tas de merde…p 18)


   Si l’on s’abstrait du particulier pour arriver au général, Willy Protagoras peut aussi se lire comme le symbole de toute occupation illégitime, d’un territoire, d’un pays, où chacun revendique ses droits par la violence et la bêtise. L’humain s’abîme alors dans la revendication d’une terre, se perd et perd sa liberté. Willy, lui, résiste en s’enfermant, en faisant jaillir un cri : « Vous l’entendez ce cri d’amour ? Il est contenu en moi, il est contenu en tous ceux qui continueront à s’enfermer, pour perpétuer ce cri ! » (p. 89).

Pas rigolo, étouffant et surprenant.


Quelques critiques sur la mise en scène du texte : Culturopoing, Culturofil et Le blog de Jeremy Manesse.

 

Wajdi Mouawad, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, Actes Sud-Papiers, 2004. 89 p., 12, 50€. Illustration de couverture : Lino.

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