Demain les chiens est l’une de ces œuvres qui appartiennent à l’âge d’or de la SF américaine et qui a, paraît-il, marqué des générations de lecteurs. Après la lecture des huit contes qui composent le récit, je le crois aisément puisque Demain les chiens se révèle être un texte puissant qui reste longtemps à l’esprit.

   

   Ces contes canins relatent la destinée et surtout la disparition d’une créature mythologique contestée : l’humain. De nombreux chiens pensent que l’homme n’a jamais réellement existé puisque, à part ces contes, on n’en trouve aucune trace tangible. Voilà un dispositif de départ fécond qui renverse la place de l’humain et donne à réfléchir sur notre propre civilisation. Chaque conte relate en effet un fait fondamental qui transforme en profondeur la civilisation humaine : l’atomisation de la société, la perte du sentiment d’appartenance à une espèce ressentie par certains humains mutants, les conquêtes spatiales qui promettent plus que l’entendement ne pouvait espérer...Demain les chiens ne raconte jamais que la disparition progressive et inéluctable de l’humain sur Terre et l’avènement d’une nouvelle civilisation canine fondée sur le rejet de la violence.


   Comme il est poignant de voir ces humains qui n’ont que faire de leur identité et de la Terre où ils sont nés! Comme il est troublant de voir l’essence de l’humanité s’incarner et tenter de s’épanouir dans l’esprit des chiens! Au-delà des nombreuses questions philosophiques que soulèvent ces récits, il est étonnant de voir la force de l’émotion que ces interrogations suscitent. Demain les chiens s’adresse profondément à notre humanité et à notre intellect mais parvient également à toucher l’irrationnel et le primitif qui restent en nous. Une grande claque!


Les avis de Mr K depuis son capharnaüm éclairé, Chiffonnette dans son terrier et Droopyvert.


Clifford D.Simak, Demain les chiens, J'ai Lu, 2002. (City) Traduit de l'anglais par Jean Rosenthal. 310 p., 4,80 €.