La situation de départ du Masque boiteux m’a paru extrêmement forte et évocatrice : au début des années quarante, un officier français vient dans un village africain enrôler les jeunes hommes. Il arrive lors d’une cérémonie où le masque (ou l’Ancêtre) officie. Il exige que lui aussi parte pour la guerre et demande à ce qu’on lui enlève son masque. « On ne fait jamais cela à un masque, mon capitaine. » Malgré l’avertissement, l’officier commet l’irréparable. L’affrontement, tout en simplicité, atteint l’universel et dénonce la bêtise et l’ignorance de l’européen.


   Après ce début plus que prometteur, interviennent différentes scènes qui symbolisent la guerre et surtout ses conséquences. Certaines m’ont semblé très réussies et une fois encore porteuse de sens ; je regrette seulement que Koffi Kwahulé se préoccupe parfois davantage de dispositifs théâtraux conceptuels qui amenuisent la portée de sa pièce. Il y a ainsi tout un jeu entre les personnages européens qui sont joués par les deux mêmes comédiens et ce fait même peut faire l’objet d’un échange assez long entre les personnages. A la lecture, je n’y vois pas d’intérêt immédiat mais peut-être qu’il en serait autrement sur le plateau.


   Kwahulé manie par ailleurs avec talent la dérision et la scène finale, à la Libération, où tous les tirailleurs déguisés en ministres dansent dans un tableau de comédie musicale ne manque pas de sel.


Une pièce politique à la mémoire des tirailleurs dont l’engagement n’a pas été justement reconnu par la France.


Une critique de la mise en scène d’Adama Diop sur le blog Les trois coups.th_atre_leiloona

Koffi Kwahulé, Le Masque boiteux, Histoires de soldats, Editions Théâtrales, Répertoire contemporain, 2003. 55 p., 12 €.