Dans l'Angleterre de la détective Thursday Next, la littérature est une véritable religion : elle est à ce point essentielle que les atteintes qui lui sont faites sont considérées comme de véritables crimes. Ainsi, une horde d'agents, les OpSpecs veillent sur son intégrité : voleurs de manuscrits ou faussaires sont traqués sans pitié.

   Lorsque Hadès, un horrible bonhomme immortel, s'empare du manuscrit de Martin Chuzzlewitt de Dickens, les OpSpecs et Thursday Next sont sur les dents. Les frontières entre réalité et fiction étant très minces, Dieu (ou Shakespeare) sait ce qui peut arriver lorsqu'un affreux pénètre dans l'univers de Dickens ou Brontë. L'un des points forts de L'affaire Jane Eyre est de mélanger allégrement polar et fantastique, ce qui donne un récit original. L'idée également de ce monde qui idolâtre la littérature est tout à fait réjouissante, surtout pour ceux qui aiment les livres! J'ai été très amusée par exemple par les émeutes urbaines qui opposent les néosurréalistes aux Raphaélites.


   Jasper Fforde a donc créé un monde séduisant et cohérent qui offre de nombreuses possibilités narratives, possibilités qu'il exploite la plupart du temps avec talent. Néanmoins, certains éléments m'ont déçue : Hadès, le superméchant, est raté. Voldemort à la petite semaine, il n'a aucune envergure et ne m'a jamais vraiment effrayée. L'héroïne, Thursday, n'a pas énormément d'épaisseur non plus. Finalement les personnages secondaires sont plus réussis et échappent aux pôles Bien/Mal qu'incarnent Next et Hadès.


   Etrangement, voilà un livre qui célèbre la littérature, qui en parle à longueur de pages mais qui en manque dans sa matière première : le style et les personnages. Un univers original et attrayant qui ne parvient cependant pas à faire oublier les faiblesses du récit. 


   Le billet de Sylire (qui a encore abandonné sa lecture : la pauvre!) qui recense les différents participants du Blogoclub.


Jasper Fforde, L'affaire Jane Eyre, 10/18, Domaine étranger, 2005. (The Eyre Affair). Traduit de l'anglais par Roxane Azimi. 409 p., 9,40 €.