fasmanNelly Kaprièlian dans Les Inrocks de cette semaine, remarque une nouvelle manie des écrivains qui consiste à insérer plusieurs pages de remerciements à la fin de leur ouvrage, comme si le roman était une œuvre collective où tout le monde, du stagiaire bénévole de la maison d’édition à l’épouse abandonnée pendant la rédaction du livre, aurait mis son grain de sel.

   Fasman, dans son deuxième roman, n’y coupe pas et rajoute même une sorte d’explication de texte laborieuse détaillant son projet et ses intentions. Soit le livre est réussi et on comprend son projet en y ajoutant notre propre vécu, soit ce procédé est un aveu de semi-échec. Si durant 377 pages (quand même !), Fasman n’est pas parvenu à nous faire comprendre « tout le respect et tout l’amour qu’[il] porte à la ville de Moscou[…] », je doute qu’il y arrive en trois pages de remerciements !

   

   Revenez Italo Calvino et Umberto Eco et bâillonnez ces auteurs qui veulent nous imposer à nous, lecteurs, leur point de vue sur leurs œuvres ! Vive les lecteurs libres !!


   Je commence par cette référence à Nelly Kaprièlian car finalement ces pages de remerciements sont symptomatiques du ton général du livre. La ville insoumise ressemble à un travail d’étudiant en cours d’écriture, un travail certes brillant mais où l’on sent qu’il existe un cahier des charges qui doit être respecté. Puisque l’auteur veut se rappeler aussi brutalement à l’esprit du lecteur, je ne peux m’empêcher de lui reprocher de s’être tenu en tapinois durant tout le livre et je le sens qui souffre derrière ses longues descriptions de Moscou. Oui, en un sens, on ne perçoit pas de jubilation à écrire mais l’effort et la sueur. Certes écrire est difficile mais le résultat ne doit pas en garder les traces laborieuses. Après tout, on ne les force pas à écrire ces gens !


   Je m’énerve, je m’énerve mais je constate que j’ai malgré tout suivi le périple initiatique de Jim Vilatzer, gentil loser américain, à Moscou jusqu’au bout. Avec plaisir souvent, agacement parfois pour les raisons citées ci-dessus, ennui aussi (trop bavard Monsieur Fasman !) Car au fil des pages, on se sent dans « la ville insoumise » presque comme chez soi et on prend plaisir à y déambuler. L’appellation de « thriller » me semble un peu exagérée puisqu’il faut attendre au moins 200 pages pour qu’il y ait enlèvements, coups de fusils et mystères insondables.

   La ville insoumise est bien plus le parcours d’un homme qui se cherche et qui se heurte à la grandiloquence d’une ville sans pareil. Pas le livre de l’année, ni même du mois mais une lecture qui ne mange pas de pain (noir).


   Merci au site chez les filles.com pour cet envoi et comme je ne suis pas la seule à l'avoir reçu en cadeau, on trouvera beaucoup d'avis sur le livre de Fasman : Pickwick, Keisha et Blog-o-Book qui recense une vingtaine de lecteurs de ce livre!


Jon Fasman, La ville insoumise, Seuil, 2010. (The Unpossessed City). Traduit de l'anglais par Madeleine Nasalik. 380 p., 21,50 €. Couverture : P.Lopparelli/Tendance Floue.