gastronome

 

  Du basculement dans le communisme aux années 80, ce sont 30 ans d’histoire chinoise qui défilent sous nos yeux. A travers la destinée de deux individus que tout oppose, Lu Wenfu scrute les soubresauts de la Chine moderne.

   Zhu Ziye est un capitaliste, un rentier qui a pour passion dévorante la gastronomie. Il habite Suzhou, ville réputée pour sa cuisine raffinée. Dans son ombre, Gao, pauvre étudiant logé gracieusement aux frais de Zhu Ziye et qui en éprouve un profond ressentiment. Gao déteste les goinfres et l’injustice sociale et rejoint logiquement le parti communiste dès 1948. Zhu Ziye et Gao évoluent et s’accommodent chacun à leur manière des changements politiques et sociaux. Le ventre de Zhu Ziye devient dès lors « le baromètre de sa vie » (p. 111) et rend compte des difficultés ou des périodes fastes du régime communiste. « Un ventre qui avait jadis par deux fois eu la forme d’un ballon » devient un sac vide lors de la grande famine qui sévit de 1959 à 1961.  Ironie du sort, Gao a beau mépriser Zhu Ziye et sa gourmandise décadente, les événements n’auront de cesse de les rapprocher toute leur vie durant.


   Dans ce récit de vies irrémédiablement liées apparaît par petites touches discrètes mais tout à fait parlantes l’arrière-plan politique, culturelle et sociale. Ici pas de critiques virulentes du régime ou de longues plaintes mais des individus confrontés à leur choix et au courant de l’histoire. Ainsi, les tragiques événements survenus durant la Révolution Culturelle sont pudiquement évoqués mais un style allusif est parfois plus saisissant qu’un long discours.

   La cuisine de Suzhou insuffle une vraie légèreté à la dureté de la vie et les anecdotes du gastronome Zhu Ziye sont truculentes à souhait.


Un roman attachant et instructif.


Lu Wenfu, Vie et passion d'un gastronome chinois, Editions Philippe Picquier, Picquier poche, 1996. (Meishijia). Traduit du chinois par Annie Curien et Feng Chen. 187 p., 6,50 €