C

 

hocolat amer a pour sous-titre : « Roman-feuilleton où l’on trouvera des recettes, des histoires d’amour et des remèdes de bonne femme », ce qui constitue un parfait résumé du livre ! Du roman-feuilleton, Laura Esquivel a en effet conservé la structure, la multitude de personnages et l’enchaînement rocambolesque des évènements.


   L’histoire commence sous les meilleurs auspices du réalisme magique sud-américain : en plein Mexique révolutionnaire, Tila naît subitement dans la cuisine familiale à cause des oignons qu’on y épluche et qui la faisait déjà pleurer dans le ventre de sa mère. La vie de Tila sera ensuite toujours intimement liée à la nourriture. Elle confond en effet « le plaisir de vivre avec celui de manger » (p.15) et peut grâce à ses plats influer sur l’humeur de ses convives.

   Cuisine magique, cuisine dangereuse, cuisine qui ravit les sens et qui se conjugue à merveille avec le caractère explosif et gourmand de Tila. La pauvre doit subir toute sa vie le courroux de sa Folcoche de mère qui n’aura de cesse de faire son malheur, notamment en l’empêchant de se marier. Mais comment ne pas tomber amoureuse ? Lorsque Tila voit Pedro pour la première fois, elle comprend « parfaitement à cet instant ce que [doit] ressentir la pâte d’un beignet au contact de l’huile bouillante. » (p.23)


   Avec de tels ingrédients, Laura Esquivel concocte une marmite bouillonnante où les destins douloureux des êtres se répètent au fil des générations, où l’extravagance et l’exagération sont de mise. Des morts, des amours heureuses ou contrariées, des pleurs, des cris, des folies ! La marmite déborde ! Dans ce tourbillon, la psychologie des personnages est parfois quelque peu sacrifiée au profit de l’action mais rappelons nous qu’il s’agit avant tout d’un roman-feuilleton.


Un texte qui ne peut certes pas rivaliser avec les grands noms du réalisme magique mais qui s’avère léger, plaisant, palpitant, enlevé et gourmand.

Laura Esquivel, Chocolat amer, Robert Laffont, 1991. (Como agua para chocolate). Traduit de l'espagnol par Eduardo Jiménez et Jacques Rémy-Zéphir. 264 p., 16 €. Existe en poche chez Folio, 247 p., 6,60 €.