Les parents de Klara ont fui leur Hongrie natale en 1956, suite à la répression soviétique. De cet exil, de cette déchirure, ils ne diront rien à leur fille. Face à cette amnésie volontaire, Klara ne se résigne pas et part à la découverte de ses origines grâce au seul trait de la culture hongroise que ses parents n’ont finalement pas renié : la cuisine.

   Bazar Magyar est ainsi une succession d’épisodes marquants ou anodins de son existence, mitonnés à la sauce paprika. Première visite en Hongrie et Farsangi fànk (beignets d’abricots), escapade amoureuse à Budapest et Töltött Kàposzta (chou farci) : chaque plat est un pas de plus dans son enracinement affectif. C’est sa façon à elle d’être hongroise et de s’affirmer comme telle.

   Par la bouche, on mange et on parle aussi : Klara associe très souvent la nourriture et la langue hongroise, interdite à la maison et qu’elle s’efforce d’apprendre seule. Puis, une langue peut être sensuelle et réconfortante comme un beigli (biscuit roulé) : « Cette langue me touche. Physiquement. » p. 35.


   Bazar Magyar est la mise à nu de toutes ces émotions culinaires, culturelles, familiales, par petites touches délicates et émouvantes. Klara clame son amour de la Hongrie et nous la suivons, l’eau à la bouche, la tête grisée par le vin blanc (Fehér bor). Un voyage gastronomique qui est aussi une évocation historique puisque l’histoire du pays transparaît notamment à travers deux dates charnières : 1956 et 1989. Un très bel hommage aux origines dans un style sucré comme l’incroyable Rakott palacsinta, un gâteau composé de neuf crêpes empilées et garnies de noix et de sucre !


Les billets d'Emmyne, Saraswati, Sophie, Cathe.


Viviane Chocas, Bazar magyar, Editions Héloïse d'Ormesson, 2006. 117 p., 16 €. Existe en livre de poche.