« Hormis Dieu et les scénaristes, vous connaissez d’autres boulots où l’on façonne des destins ? » p. 71


   Ils sont quatre, ils sont prêts à tout pour (sur)vivre de leur imagination et de leur plume et ils vont rester enfermés dans un bureau miteux pendant des semaines. Leur mission ? Pondre une série française diffusée la nuit, uniquement destinée à remplir les quotas de création française. C’est bien simple, on les a exhortés à faire « n’importe quoi ». Certes, mais eux, ne le feront pas n’importe comment.

   Ainsi naît la Saga, fruit des quatre personnalités des scénaristes : tendance Hollywood efficace pour Jérôme, orientée amour passion, amour frisson pour Mathilde, tournée vers le patrimoine cinématographique pour Louis, personnelle et fantaisiste pour Marco. Ce qu’ils n’ont pas prévu (et la direction de la chaîne encore moins), c’est l’attrait de la liberté scénaristique, le pouvoir de l’originalité. En effet, sur le plan de l’Audimat, la Saga gagne du terrain.


   Evidemment, on pense aux années triomphantes de TF1 : omniprésence dans le paysage audiovisuel et cynisme décomplexé. Alors quand ces quatre oiseaux mettent leur grain de sable dans la machine à fric, on applaudit, on rigole et on apprécie de les voir agir à leur guise et trouver leur public. L’audace paye parfois ! Un tel défi ressert les liens et on assiste non seulement à la naissance d’amitiés indéfectibles mais aussi à la formation et à l’évolution de personnages borderline et foutraques. Car la Saga phagocyte peu à peu le récit et se met en place un inévitable jeu de miroir entre les différents niveaux de narration.

   Benacquista a mis en exergue un extrait de La tante Julia et le scribouillard et il est vrai qu’il doit beaucoup pour ce livre à Vargas Llosa. Personnellement, j’avais trouvé le récit de La tante Julia davantage maîtrisé et beaucoup plus fou. Saga reste néanmoins un moment de lecture plaisant mais pas de quoi crier au génie non plus…

Le billet de Sylire qui liste les participants au Blogoclub. A noter qu'elle n'a pas aimé Saga et l'a même abandonné au bout de 80 pages.


Tonino Benacquista, Saga, Gallimard, 1997. 353 p., 21 €. Existe en Folio à 7,70 €.