shibumi   Shibumi met en scène la figure fascinante d’un surhomme nietzschéen, qui conjugue intelligence, raffinement et intuition surnaturelle. Nicholaï Hel met l’ensemble de sa personnalité exceptionnelle au service de son propre sens de la justice en agissant comme tueur auprès de divers gouvernements, mouvements politiques sans jamais prendre pour autant parti. Hel n’a d’autre but en effet que d’atteindre le shibumi, « qualité ineffable » liée à la tradition japonaise.

   « Shibumi est compréhension plus que connaissance. Silence éloquent. Dans le comportement, c’est la modestie sans pruderie. Dans le domaine de l’art, […] c’est la simplicité harmonieuse, la concision intelligente. En philosophie, […] c’est le contentement spirituel, non passif ; c’est exister sans l’angoisse de devenir. […] On doit dépasser la connaissance pour atteindre la simplicité. » p. 83


   L’une des forces du récit est de se concentrer sur les années de jeunesse et de formation de Hel et sur sa retraite dans le Pays Basque, période de sa vie où lui est lancé un ultime défi qui constitue le noyau de l’intrigue. Car, pour un tel personnage, ce qui compte, c’est bien ce qui a déterminé ses choix originels et l’aboutissement de son cheminement vers le shibumi.

   Nicholaï Hel peut susciter la fascination, la peur, jamais la sympathie et le regard qu’il porte sur ses contemporains comme sur la civilisation occidentale l’éloigne d’un quelconque humanisme bon teint (ce qui peut rebuter et gêner). Publié en 1979, Shibumi se place dans un monde globalisé avant l’heure : l’action se déroule aux quatre coins du monde et en tant qu’être apatride, Hel est adepte de principes culturels et non nationaux.


   Mais il serait dommage de s’arrêter au seul charisme troublant de Nicholaï et de passer sous silence les personnages secondaires du récit : je pense notamment à l’incroyable Cagot, activiste basque truculent qui dénote avec la tonalité japonaise de l’ensemble. Car si ce livre paraît parfois très sérieux, l’humour noir et la fantaisie n’en sont pas absents, permettant de salutaires respirations.

   L’ensemble est extrêmement plaisant à lire puisque le récit jongle parfaitement avec les époques, les lieux et les nombreux personnages et l’attention du lecteur est toujours soutenue par cette multitude d’éléments.

   

   Un livre d’espionnage certes mais qui en utilise les poncifs (tels que je les imagine !) afin de mieux réinventer le genre. Impressionnant et atypique.


D'autres adeptes de Shibumi : Bernard, Guillome sur Bibliosurf, Moisson Noire, Emeraude, Aurore.


Trevanian, Shibumi, Gallmeister, 2008. Traduit de l'américain par Anne Damour. Nouvelle traduction révisée. 442 p., 24 €. Photo de couverture : Adastra/Getty Images. Graphisme : Valérie Renaud.