En 2010, s’il y a bien un pays dont on entendra parler, c’est l’Afrique du Sud. (Une certaine histoire de ballon rond, vous voyez ?) Zulu se passe là-bas à Cape Town, de nos jours. Caryl Férey utilise le polar pour dresser le portrait documenté d’un pays rongé par son histoire : l’apartheid a certes disparu politiquement mais elle existe toujours socialement. Les ghettos ultras surveillés des riches blancs côtoient les townships misérables d’où il est difficile de s’extraire. La société s’ouvre timidement (et même hypocritement) à la mixité, trop lentement en tous cas pour enrayer les violences et les meurtres. Puis, la réussite économique du pays attire de très nombreux réfugiés de l’Afrique subsaharienne qui viennent eux aussi s’entasser dans les townships. Férey ne s’arrête pas aux situations de surface et par la profondeur de son analyse, empêche tout manichéisme. La situation actuelle du pays est ainsi replacée dans une perspective historique, ce qui permet au lecteur d’en apprendre plus sur l’Afrique du Sud que tout ce que les médias focalisés sur le foot voudront bien nous dire !


   La tonalité générale du livre est très sombre et l’avenir du pays, voire du monde n’est pas spécialement réjouissant à entendre le narrateur qui a bien lu son petit Daniel Mermet illustré. L’extrême violence transparaît également dans le récit de l’enquête, et certaines scènes de torture sont difficilement soutenables. De toute façon, Ferey ne ménage pas son lecteur, notamment dans le dénouement et la conclusion d’une enquête qui met en cause des personnages influents, fortunés et surtout très pourris.


Un livre coup de poing qui marque durablement la mémoire.


Beaucoup de lectures de Zulu dans la blogosphère : Hannibal le lecteur, From the avenue, aBeiLLe, Amanda Meyre, JM Laherrère, Freude...

Caryl Férey, Zulu, Gallimard, Série Noire, 2008. 392 p., 19,50 €.