calet   1949. Henri Calet quitte son Paris familier pour l’Italie : un ami l’y invite comme journaliste à un congrès sur le méthane. Padoue, Venise, Rome : autant de noms sur-référencés, autant de villes sur lesquelles tout ou presque a été écrit. N’oublions pas en effet que le voyage en Italie était une étape incontournable pour la formation de l’artiste français, un certain Stendhal immortalisant même cette overdose culturelle.

 

   Calet, lui, absorbé par ses congrès gazeux, jette un regard oblique sur le pays et fait surgir une autre Italie, peut-être moins éternelle mais plus quotidienne. Les courses de lévriers plutôt que la chapelle Sixtine, les Vespas menaçantes plutôt que la magnificence du passé. De toutes façons, ce voyageur distrait se promène toujours de nuit : « Le Grand Canal dans les ténèbres n’a plus aucun secret pour moi. » p.99.

   Il est fatigué également par sa propre présence et n’arrive pas à s’en échapper : « Ce qui rend les voyages à peu près inutiles, c’est que l’on se déplace toujours avec soi, avec les mêmes pensées, le même passé, les mêmes ennuis, le même tour d’esprit, les mêmes appréciations sur les choses et les gens. Où que l’on se trouve, on n’est jamais seul. » p.184


   Le lecteur se trouve bien heureux pour sa part de sillonner nuitamment l’Italie en compagnie d’Henri Calet : nonchalant, anecdotique et chargé de regret, voilà son voyage personnel !


Henri Calet, L'Italie à la paresseuse, Journal de voyage, Le Dilettante, 2009. Première parution chez Gallimard en 1950. 186 p., 17 €. Couverture : Atelier Civard.