Pour les lecteurs de Philip Roth, Nathan Zuckerman est plus qu’un nom connu, c’est un familier dont ils ont pu suivre toute l’évolution à travers de nombreux romans. Exit le fantôme leur donne une dernière fois ( ? soyons optimiste, il ne meurt pas au cours du roman…) des nouvelles de l’écrivain.


   Après onze années de réclusions volontaires à la campagne, le voilà de retour à New York, confronté à ses contemporains qu’il ne comprend plus. Philip Roth aurait pu profiter comme à l’habitude de cette situation prometteuse pour une analyse de l’Amérique de 2004 : certes, il l’esquisse notamment par le bais de la réélection de Bush fils et des utilisations abusives du téléphone portable mais il s’attache davantage à la déchéance physique et intellectuelle de son héros. On pourra regretter donc cette impasse sur un sujet passionnant. Mais après tout, se questionner sur la société américaine, c’est ce que fait la majeure partie des écrivains américains traduits en France : on aura donc de quoi se mettre sous la dent avec d’autres romans.


   Exit le fantôme est plus le récit universel de la vieillesse et de ses ravages. L’être tout entier se trouve réduit aux contraintes d’un corps défaillant : difficile à vivre encore plus pour un esprit libre qui a toujours voulu se singulariser et que le déclin rapproche des autres. Comment continuer à écrire quand on ne se souvient plus de la page précédente ?

   Une tristesse désabusée traverse tout le texte et l’amertume qui atteint Zuckerman le fait douter de l’avenir même de la littérature. Mais, comme on ne se refait pas, il fantasme tout de même copieusement sur une jeune new-yorkaise et se sert de cette relation pour retrouver sa vigueur littéraire. Pour combien de temps néanmoins ?


« D’une façon ou d’une autre, comme une flèche ou errant sans but, on arrive toujours à la fin du chemin. » p.197

« Il mourut comme nous mourons tous : en parfait amateur » p. 297

Amis neurasthéniques, bonsoir !


Cathe, Gaélig de Seren dipity et Bartllebooth ont beaucoup aimé.


Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, Du monde entier, 2009. (Exit Ghost). Traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier. 326 p., 21 €.