laitnoir Elif Shafak, après être devenue maman pour la première fois, a vécu dix mois au côté de Lord Poton, le djinn de la dépression post-partum. Suite à cette douloureuse expérience, Elif Shafak essaie de comprendre sa mélancolie avec ses propres moyens : l’écriture et l’imagination.

   

   Ainsi, Lait noir est tout d’abord une autobiographie centrée sur ces moments particuliers où la jeune auteure s’interroge sur son désir d’enfant, sur la possibilité ou non de concilier maternité et écriture et sur sa dépression. Autobiographie plaisante où le lecteur fait connaissance avec Elif par le biais de son « Chœur de voix intérieures » : un cortège de six femmes miniatures qui représentent chacune un aspect de la personnalité de l’auteure. Les conflits entre les petites femmes sont cocasses et traduisent avec humour les contradictions d’Elif : comment vivre avec le caractère affirmé de Miss Ego Ambition, comment être heureuse avec la manie de tout analyser de Miss Cynique Intello et comment faire que ces deux là supportent Maman gâteau et son côté exagérément maternel ?


   A l’expérience personnelle de l’écrivain turque s’ajoute une réflexion plus générale sur le statut des femmes écrivains : l’écriture et la création semblent en effet difficilement compatibles avec la maternité, surtout lorsque le père laisse toute la responsabilité de l’enfant à la mère ! Elle évoque donc en autres Virginia Woolf, Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald et de nombreuses auteures turques qui dessinent chacune un rapport singulier à la maternité et à l’écriture.

   

  Un texte sincère, écrit dans une belle langue riche de métaphores, pour tous ceux qui s’intéressent aux processus de création et qui donne envie de découvrir les romans d’Elif Shafak traduits en français : La bâtarde d’Istanbul et Bonbon palace.


Amanda, après quelques réticences, ne regrette vraiment pas de l'avoir lu! Bookomaton a bien aimé, un coup de coeur pour Sylvie de Passion des livres, idem pour une autre Sylvie, celle de Sylvie-lectures.


Elif Shafak, Lait noir, Phébus, Littérature étrangère, 2009. Traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy. 352 p., 22 €.