plateaux   Lieve Joris, belge flamande, parcourt le Congo depuis une vingtaine d’années, sur les traces de son oncle missionnaire. Une seule région lui est encore inconnue : les Hauts Plateaux, entre Minembwe et le lac Tanganyika, à l’est du pays. Cette région frontalière d’avec le Burundi est dominée par les Banyamulenge, un peuple réputé belliqueux qui a soutenu Kabila contre Mobutu.

   Lieve Joris décide de parcourir les Hauts Plateaux à pied, en compagnie d’un guide et de porteurs. Son projet suscite dans les villages traversés énormément de curiosité : il est déjà rare de voir des Européens sur les Hauts Plateaux mais plus encore une femme à pied. « Même [les vaches] s’étonnent de ta venue. » p.16. Chacun veut savoir ce que veut cette femme et comment elle vit en Belgique. Ses interlocuteurs ne sont pas sans malice et se moquent gentiment d’elle. La question des vaches est primordiale pour ce peuple d’éleveurs : Ruhuri, un vacher rencontré sur le chemin, lui demande si, en Belgique, « de bons amis s’offrent parfois une vache. » Lui-même avoue n’aimer que ses vaches : « La nuit, je rêve d’elles. » p. 85.

   Au cours de son périple, Lieve Joris se retrouve dans des villages très isolés, à plusieurs jours de marche d’une route asphaltée, et pourtant le matin, les habitants écoutent les infos sur RFI. Elle rencontre également d’autres peuples des Hauts Plateaux tels que les Fulero et s’aperçoit que la cohabitation avec les Banyamulenge n’est pas simple. L’honnêteté dont fait preuve Lieve Joris est surprenante : en effet, elle est parfois agacée par les personnes qu’elle rencontre et ne s’en cache pas ; à certains moments, elle se comporte en femme dominatrice, le reconnaît et le regrette. Après tous ses voyages au Congo, il semble subsister un gouffre culturel qu’il est parfois aisé d’oublier et parfois impossible à combler.

   

   Son récit reste souvent dans l’allusif et n’apporte qu’un éclairage succinct sur certains événements majeurs congolais : il s’agit d’un récit de voyage subjectif fait de rencontres et de souvenirs personnels qui m’a un peu laissée sur ma faim. Prix Nicolas Bouvier 2009.


Lieve Joris, Les Hauts Plateaux, Actes Sud, Aventure, 2009. (De hoogvlaktes). Traduit du néerlandais par Marie Hooghe. 132p., 15 €.