lannonceSouvenez-vous : dans Profils paysans : la vie moderne, Raymond Depardon filme le mariage d’Alain Rouvière, paysan lozérien avec Cécile, originaire du Nord-Pas-de-Calais, sous l’œil scrutateur et méfiant de Marcel et Raymond Privat, les oncles octogénaires. L’annonce reprend cette même situation (à deux ou trois détails près) et la développe : hommage à Depardon, coïncidence ou réalité maintes fois rencontrée chez les agriculteurs auvergnats ? Un peu de tout cela certainement.
   Ainsi, Paul, paysan du Cantal rencontre Annette de Bailleul par le biais d’une petite annonce. Tous deux ont déjà une vie derrière eux, faite de déceptions et d’échecs amoureux, une vie qu’ils veulent transformer peu à peu en quelque chose de plus doux et de plus serein. Marie-Hélène Lafon scrute cette relation naissante, cet arrangement pour éviter la solitude. Elle s’immisce avec délicatesse dans l’intimité des uns et des autres. Il en ressort une mélancolie diffuse, l’habitude de s’accommoder des déconvenues du quotidien.

   Si l’histoire se place sous le patronage de Depardon, le style lui, doit beaucoup à Pierre Michon et Pierre Bergounioux. La langue travaillée, ciselée même rappelle celle des deux Pierre et sa désuétude sied au monde qu’elle décrit. Difficile néanmoins d’égaler les maîtres. Certains passages atteignent en effet pleinement leur but : la précision des sentiments et la beauté des mots. D’autres au contraire apparaissent comme besogneux. Il n’empêche : le charme opère et l’on s’attache à ces personnages humbles qui composent un petit théâtre rural savoureux.

Un bonheur de lecture arraché à l’âpreté du monde.

Cathulu, les libraires des mots vagabonds et Aurore ont été très sensibles à cette histoire.

Marie-Hélène Lafon, L'annonce, Buchet Chastel, 2009. 195 p., 15 €.