Le projet tout entier de Yannick Haenel est contenu dans le titre de son ouvrage : il s’agit en effet d’un portrait de Jan Karski, une figure importante de la résistance polonaise durant la seconde guerre mondiale. Karski a notamment été chargé par des représentants juifs en 42, de transmettre aux Alliés les informations relatives au génocide qui se mettait alors en place.

   Pour traiter son sujet, Haenel, comme il s’en explique dès le prologue, relate la séquence de Shoah de Claude Lanzmann où Jan Karski témoigne. Ensuite, il fait un résumé commenté de Story of a Secret State, le livre que Karski a publié en 1944. Enfin, la dernière partie est une fiction où Haenel imagine le monologue intérieur du héros polonais.
   Evidemment, le sujet en soi est passionnant et souligne un aspect de la guerre et de l’histoire polonaise peu évoqué. Néanmoins, Haenel accomplit là bien plus un travail d’historien que d’écrivain. Les deux premières parties permettent en effet de connaître en détail les actions de Karski et de la résistance polonaise mais la troisième partie littéraire n’apporte pas grand-chose à l’ensemble. Le style m’a même gênée tant il m’a paru pompeux (ah, tous ces italiques qui soulignent lourdement ce que le lecteur aura compris de lui-même…). Quant au ton qu’Haenel prête à Karski, il m’apparaît sentencieux et finalement peu adapté à cette figure historique. Au final, cette dernière partie (qui ne fait que soixante pages) discrédite l’ensemble.

   D’ailleurs, à bien y réfléchir, le sujet qu’a choisi Haenel est inattaquable : en effet, comment critiquer un livre qui met en avant la résistance à la barbarie, comment remettre en cause un ouvrage qui met en lumière la figure d’un Juste ? Et c’est précisément cela que je reproche à Haenel : de s’être caché derrière un sujet et un personnage inattaquables pour en faire une œuvre de fiction qui n’a pas tout à fait l’ensemble des  qualités littéraires que lui prête l’ensemble (ou presque) de la critique française.

   A noter, qu’à la médiathèque, nous sommes quatre à l’avoir lu : deux ont été bouleversés et reconnaissent de réelles qualités littéraires au dispositif narratif de Haenel. Quant à la quatrième bibliothécaire, elle est tout à fait de mon avis et recommande bien plus la lecture des Sentinelles de Bruno Tessarech.

  L'avis de Chifonnette, qui a beaucoup aimé.

Yannick Haenel, Jan Karski, Gallimard, L'infini, 2009. 186 p., 16,50 €.