Le ciel de Bay City confronte le nouveau monde et son absence de passé, sa volonté d’amnésie à la vieille Europe, lourde des guerres et des atrocités perpétrées sur ces terres. Amy est une jeune américaine dont la famille maternelle a péri dans les camps nazis. La mère et la tante d’Amy ont décidé de ne pas transmettre la mémoire du génocide.
   Pourtant les nuits d’Amy sont peuplées des horreurs de la Shoah tandis que la vie américaine s’écoule dans l’ennui et le confort matériel. Cette confrontation presque indécente s’incarne dans l’apparition grotesque des fantômes des grands-parents d’Amy, morts à Auschwitz. Leurs corps décharnés et torturés s’immiscent dans la maison kitsch et proprette de la famille : pour le moins, le symbole s’avère incongru et dérangeant…Tout comme l’ensemble de ce récit nihiliste, difficile à lire à cause de toutes les horreurs qu’il charrie. 
   Si l’Europe n’a plus rien à apporter à Amy avec son ciel plombé par les cendres des corps brûlés, l’Amérique n’a même pas la capacité à pacifier la jeune fille : le ciel y est constamment mauve, asphyxié par les fumées toxiques des usines automobiles, les corps américains pollués et dénaturés par la société d’hyper-consommation.
   L’air et le feu sont les éléments destructeurs et c’est donc par l’eau qu’Amy tente de se purifier. Enceinte, elle se baigne dans le Gange qui lave de l’ignominie et l’enfantement de sa fille Heaven semble la sortir du marasme. Mais un enfant seul peut-il protéger des horreurs de l’humanité ?


   Si les questionnements soulevés à travers ce livre sont habilement traités, il n’en reste pas moins que les obsessions funestes de l’héroïne et son extrême pessimisme (compréhensible au demeurant…) rendent la lecture pénible. Il est certes du devoir de chaque humain de s’interroger sur la barbarie mais, à mon sens, ce roman est à ce point nihiliste qu’il ne laisse aucune place à l’espoir.


Pour résumer, une lecture éprouvante qui ne peut pas laisser indifférent.


Catherine Mavrikakis, Le ciel de Bay City, Sabine Wespieser Editeur, 2009. 294 p., 21 €.