Le_feu_sur_la_montagne___couvb   John Vogelin est un dur à cuire : vieux rancher du Nouveau-Mexique, il a passé toute sa vie sur une terre désertique et inhospitalière. Mais pour lui, ce désert peuplé de cougars et de coyotes est le paradis sur terre et rien ni personne ne pourra l’en chasser. Ainsi, lorsque l’Armée décide de l’exproprier pour y installer un champ de tir de missiles (nous sommes dans les années soixante et la Guerre Froide est à son plus fort), le vieux Vogelin, têtu comme une mule, s’accroche à sa terre et refuse de partir. Son petit-fils, Billy, présent pour les vacances d’été, l’admire et l’épaule dans son combat désespéré.

   Si le  rapport de force entre le pouvoir américain et le vieil homme amoureux du désert et de la solitude constitue le cœur du récit, Abbey n’en néglige pour autant pas le portrait d’un homme, certes entêté, mais admirable d’intégrité. Droit dans ses bottes, le rancher ne cède pas un pouce de terrain ; son côté bourru cache évidemment une sensibilité qui s’exprime dans les rapports qu’il entretient avec son petit-fils.

   Vogelin agit certes par intérêt personnel mais son attitude symbolise la vision critique d’un pays matérialiste qui néglige la splendeur de ses grands espaces. D’où, bien évidemment, de magnifiques descriptions de paysages lors des chevauchées à travers le désert. Une profonde sérénité émane de ces passages et la relation apaisée entre les hommes et la nature est considérée comme un art de vivre.

Une ode sans concession à la nature et à l’engagement : salutaire, encore (surtout?) de nos jours…

Edward Abbey, Le feu sur la montagne, Gallmeister, Noire, 2008. (Fire on the Mountain). Traduit de l'anglais par Jacques Mailhos. Première parution américaine : 1962. 211 p., 22 €.