D’entrée de jeu, Safranko se place sous le patronage artistique de ses maîtres : Henry Miller, Bukowski, John Fante et plus surprenant pour un auteur américain, le Philippe Djian des années 80 et de 37°2 le matin (Djian qui s’est lui-même largement inspiré, à cette période, des auteurs précédemment cités.)
   Putain d’Olivia réunit sans peine les ingrédients que l’on trouve habituellement dans cette littérature de la déglingue et du désespoir. Max le narrateur, apprenti-écrivain, tombe sous la domination d’Olivia, une femme fatale capricieuse, volcanique et imprévisible. Leur relation, essentiellement fondée sur le sexe, se heurte rapidement aux aléas du quotidien : comment trouver de l’argent et avoir assez de temps pour écrire ? Leurs conditions de vie se détériorent jusqu’au sordide mais ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre.
   Putain d’Olivia est une succession de scènes de sexe, d’enguelades avec chapelets d’injures et de descriptions de petits boulots alimentaires. Max déverse à longueur de pages son amertume, son désespoir et son incompréhension face à l’impuissance qu’il ressent à s’extirper de l’enfer dans lequel il s’est lui-même plongé. Le style, très oral, est relâché afin de rendre au mieux la désinvolture désenchantée du narrateur.
   Autant dire que si l’on a déjà lu Bukowski et les autres, Putain d’Olivia n’apporte aucune surprise, aucune nouveauté aux thématiques éculées des losers dépressifs. Pourquoi alors continuer à écrire ce genre de prose ? A lire la présentation de l’éditeur, on s’aperçoit que ce récit puise allègrement dans la vie même de l’auteur. A mon sens, néanmoins, rien de proprement littéraire ne vient transcender cette base autobiographique. Un style plus ouvertement argotique ou imagé aurait pu sauver le texte.
Putain d’Olivia pourra tout de même plaire à ceux qui sont fascinés par le cauchemar américain et ses chantres (même s’il me semble préférable de lire les originaux !...)

Mark Safranko, Putain d'Olivia, 13e Note Editions, 2009. Traduit de l'anglais par Nadine Gassie (Hating Olivia). 319 p., 19€.