Berlin, 1945 : Bert Waldeck est un allemand opposant au régime nazi qui a passé la majeure partie de la guerre dans les camps. Après mille dangers, le voilà de retour dans sa ville natale. Bert est recruté par un officier américain pour rechercher un dignitaire nazi afin qu’il soit jugé. L’enquête qu’il mène semble le dépasser et il comprend peu à peu que d’autres enjeux que l’esprit de justice animent l’armée américaine. La Guerre Froide se profile au loin…

   186 marches vers les nuages est assurément un grand roman, à la fois historique, policier et testimonial. Bert déambule à travers Berlin détruite et déchue et les ruines ravivent ses souvenirs : l’avant-guerre, avec la montée inexorable du nazisme et son expérience des camps. Bert analyse la logique nazie et décrit l’effroyable avec une grande sobriété. Joseph Bialot est lui-même un rescapé des camps nazis (il raconte cette expérience dans C’est en hiver que les jours rallongent) d’où cette impression très forte et éprouvante d’un récit fait de l’intérieur.
   La condition de rescapé qui est décrite m’a rappelé le témoignage de Georges Hyvernaud, La peau et les os : revenir des camps de la mort oblige à vivre dans le néant ;  le rescapé a en effet vu qu’un être humain pouvait se résumer entièrement à ses entrailles et à son instinct de survie sans plus qu’aucune morale ou trace de civilisation ne subsistent.  Cette philosophie du néant qui ronge Bert trouve un écho dans les descriptions de la ville, immense champ de bataille en ruines où chacun tente de survivre. Le récit est fort bien mené, prenant et bouleversant.

Une lecture douloureuse mais nécessaire.

Beaucoup d'avis sur ce dernier Bialot : Moisson Noire, Carnets de Sel, JM Laherrère, A sauts et à gambades...

Joseph Bialot, 186 marches vers les nuages, Métailié, Noir, 2009. 171 p., 15 €.