« Dans ce pays, un enfant est assez grand pour travailler et suer comme un ouvrier adulte. Tout cela parce qu'il n'a personne pour le défendre quand ses parents sont trop occupés à survivre. Dans ce pays, il est assez grand pour être utilisé comme un objet, pour être battu et pour mourir de faim aussi. Et il ne serait pas assez grand pour se révolter contre ça? » (p 42, deuxième partie)

   Cette bande dessinée aborde la question des enfants esclaves indiens à travers la destinée de Chaabi. Comme beaucoup d’autres, il a été vendu par ses parents au propriétaire d’une mine de souffre de la province de Samastipur. Commence alors un long calvaire pour cet enfant sensible et encore naïf. Les conditions de vie épouvantables, la cruauté des surveillants et la loi du plus fort qui règne entre les enfants apparaissent immédiatement aux yeux de Chaabi comme un enfer désolant et injuste. Comment accepter une telle destinée ? Un groupe d’enfants solidaires organise une évasion à laquelle Chaabi est associé. Une longue errance s’ensuit dans les montagnes au cours de laquelle Chaabi devient le chef des révoltés : son intelligence et son charisme font le reste. Seulement, la révolte prend une telle ampleur que les autorités de la province de Samastipur cherchent à la contrer. Mais ces gamins animés par l’énergie du désespoir font parler d’eux jusque dans les villes et une journaliste de New Dehli vient les rencontrer pour un article.

   Chaabi, la révolte cherche vraiment à sensibiliser le lecteur aux atrocités subies par les enfants en Inde (et ailleurs…). Le récit est très prenant, bien mené et une grande empathie naît pour Chaabi et ses compagnons de lutte. La question de l’utilité et de la pérennité des révoltes est habilement évoquée : combien de révoltes et de morts mais combien de victoires ? Témoigner (ce que fait cette BD) est également important puisque cela permet de ne pas oublier et de toujours garder la foi en la justice sociale. Le personnage de la journaliste est en cela primordial. Peu de remarques à faire enfin sur le dessin qui s’avère, à mon avis, très classique, voire sans surprise mais efficace pour servir le propos de l’ouvrage.

Une bande dessinée engagée sur le travail des enfants, un témoignage qui interpelle et touche en plein cœur.

Laurent avait lu la première partie et attendait la seconde avec impatience.


Richard Marazano (scénario), Xavier Delaporte (dessins), Chaabi, la révolte, première partie, Futuropolis, 2007. 80 p., 15 €. Deuxième partie, 2009, 68 p., 15 €.