Golo est manifestement un amoureux transi de l'Egypte en général et du Caire en particulier. Cette bande dessinée est une ode à la civilisation égyptienne et arabe : Golo y décrit ses pérégrinations à travers la ville, notamment dans les années 70. Il a pour guide un « artiste du hasard, un génial vagabond », Goudah, personnage débonnaire qui connaît toute la ville et une bonne partie de ses habitants. Ainsi, les deux compères déambulent au hasard des rues, au gré des rencontres. Chaque retrouvaille avec les amis de Goudah est l'occasion pour Golo de connaître une histoire d'afrite (selon l'utile glossaire à la fin de l'ouvrage, un 'afrite est un « être surnaturel malin, un démon ») ou une « nokta », c'est à dire une « histoire drôle, typique de l'humour égyptien ». La culture populaire s'allie à la culture savante pour donner du Caire une image bigarrée et passionnante : dans les cafés enfumés, on parle ainsi des origines possibles des Mille et une nuits, comme de la situation politique. La frontière entre imaginaire, fantasme et réalité est toujours poreuse.
   

   Le ton et l'approche adoptés par Golo rappellent les livres d'Albert Cossery et on ne s'étonnera pas de voir que ce dessinateur a adapté Mendiants et orgueilleux, chez Futuropolis et Les couleurs de l'infamie chez Dargaud. Son dessin très coloré, qui rappelle par moments celui de Cabu, sied bien à l'ambiance cairote des années 70 mais semble maintenant un peu daté. Cela reste néanmoins une faiblesse mineure dans une bande dessinée qui est une belle invitation à la découverte.


Golo, Mes mille et une nuits au Caire, Futuropolis, 2009. 92 p., 17 €.