blogoclub   Avant Onitsha, j’avais lu de Le Clézio des textes qui ne me semblaient pas forcément représentatifs de son œuvre telle que je l’imagine : Le procès-verbal est son premier roman, en cela, il est singulier et pour ce que je m’en souviens, l’écriture était extrêmement distanciée. L’Africain, publié dans la collection "Traits et portraits" du Mercure de France est un portrait de son père et Ritournelle de la faim est une fiction qui emprunte à la biographie de sa mère. Trois romans, c’est de toutes façons bien peu en regard des nombreuses publications de Le Clézio.

   

   J’ai donc choisi pour ce Blogoclub un roman du voyage, du dépaysement, de l’ailleurs car j’ai eu le sentiment que c’était un aspect que je ne connaissais pas de Le Clézio. Onitsha est une ville des bords du fleuve Niger et le point de chute des trois personnages du roman. 1948 : Maou et son fils Fintan y rejoignent Geoffrey Allen, une figure paternelle et maritale totalement absente depuis des années.
   Maou rêve de ces retrouvailles avec l’homme aimé, Fintan redoute de rencontrer ce père qui, pour lui, n’existe pas. Une fois sur place, Maou se heurte à l’arrogance des colons anglais et s’ennuie profondément tandis que son mari est toujours aussi absent, occupé par son travail, obsédé par une quête improbable : retrouver la trace d’Arsinoë, la dernière descendante des pharaons. Seul Fintan s’épanouit à Onitsha avec son ami Bony qui l’initie aux secrets du fleuve africain.

 

   Onitsha a le goût amer des rêves déçus et la beauté de la terre africaine n’en est que plus violemment insupportable face à l’immense gâchis que connaissent les personnages. Les amours sont impossibles, les rapports familiaux délités et les relations entre les Européens et les Africains perverties par la colonisation. Il règne ainsi dans ce roman, une atmosphère à la fois nostalgique, envoûtante et cruelle. Tout semble aimanté par la puissance mythique de l’Afrique car Le Clézio ne se contente pas de réécrire en filigrane la destinée de la reine Arsinoë, il donne également à la destinée de ses personnages une dimension mythique et intemporelle.
   Certaines scènes admirablement décrites sont empreintes d’un onirisme très marquant. Il y a peut-être un peu de sorcellerie dans l’écriture de Le Clézio…

   Un moment de lecture hors du temps qui serre le cœur et ravit les sens.

Merci à Sylire et à Lisa pour le Blogoclub (tous les détails sur leurs blogs). Maintenant que j'ai posté mon billet, je vais aller voir ce qu'ont lu les autres participants!

Plus tard...Voici donc les billets des dix (quel succès!) autres lecteurs d'Onitsha :Praline, Grominou, Lisa, Julien, Midola, Thaisg, Emma, Martine, Stephie.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Onitsha, Gallimard, 1991. 250 p., 22,50 € .  Publication en poche chez Folio, 7€.