Mon Amérique commence en Pologne est une exploration autobiographique où Leslie Kaplan se raconte à divers moments de son existence : l’enfance, les années de formation, l’âge adulte. Chaque période est fortement marquée par des questionnements, des motifs récurrents, entêtants.

   Grands-parents juifs polonais émigrés aux Etats-Unis, parents américains installés à Paris : le perpétuel équilibre ou déséquilibre de la famille s’incarne dans une langue française parsemée de mots, d’expressions américaines. Les extraits de comptines, de livres se juxtaposent aux souvenirs, composant un seul et même flux.

   Cette indifférenciation entre vie et art culmine lors des années estudiantines : la philosophie, l’histoire, le cinéma, les chansons de Dylan, tout se mêle, tout est mis au même niveau. Est-ce un souvenir de Kaplan ou une scène d’un film de Godard ? Qu’importe. Mai 68, alors que Kaplan est « établi » dans une usine, en est l’apogée : « il est de ces moments/rares, exemplaires/où ce qui s’invente dans la société/est aussi large/aussi vrai/que dans l’art. » (p.139) Années d’exaltation inquiète néanmoins puisqu’il y a la guerre d’Algérie, le Vietnam et l’impérieuse nécessité de se positionner.

   A l’âge adulte, Kaplan s’efface derrière le portrait d’une jeune femme borderline : une autre façon d’appréhender l’intimité ou un double perturbé et ombrageux de soi-même ? Difficile à dire…

   Les deux premières parties m’ont en tous cas beaucoup intéressée par la richesse de l’histoire familiale et les problématiques qui y sont liées : pourquoi retourner en Europe s’interroge la grand-mère exilée, le yiddishland a disparu jusque dans les mémoires, volontairement ou non ? Est-ce que la réalité américaine est plus exaltante ou ce sont seulement les mots américains qui font rêver? Voilà un texte autobiographique qui ne tombe jamais dans le nombrilisme et pour cause : la vie de Kaplan a constamment été ouverte sur le monde, nourrie jusqu’à la boulimie par les livres, la pensée des autres.
   Une approche tout à fait personnelle de la révélation de soi.


Leslie Kaplan, Mon Amérique commence en Pologne, Depuis maintenant, 6, P.O.L., 2009. 224 p., 18 €.